mercredi 16 septembre 2009

Sarane Alexandrian


Sarane Alexandrian en route pour le Surréel

Notre ami Sarane Alexandrian nous a quitté le 11 septembre 2009. C’est le dernier des grands surréalistes qui rejoint ainsi le Grand Réel.
Spécialiste des avant-gardes et de la littérature érotique, biographe de Victor Brauner, cet homme exceptionnel, érudit incarnant l’élégance intellectuelle et spirituelle, fut aussi, c’est moins connu, un hermétiste de talent, ce qui apparaît clairement à travers la revue Supérieur Inconnu qu’il dirigea brillamment.
Le communiqué de presse de Christophe Dauphin et Marc Kober :
La présentation du livre de Christophe Dauphin consacré à Sarane Alexandrian :

Symbolique martiniste

Eléments de symbolique martiniste, B. de M., préface de Jean Iozia, Editions Arqa.
Ce texte anonyme d’un martiniste membre d’un « groupe saint Jean » fut rédigé en 1961. Il a pu servir d’instruction. Si aujourd’hui les études abouties et les essais érudits sur le martinisme et le martinézisme sont courants, nous manquons paradoxalement d’ouvrages introductifs. Ce livre est donc le bienvenu, il pourra être utilement confié à toute personne ignorante du martinisme qui désirerait le découvrir.
Le texte signé B. de M. traite du symbolisme martiniste. Il est complété par une longue préface de Jean Iozia qui rappelle l’historique du martinisme depuis Saint-Martin et Martines de Pasqually comme la genèse de l’ordre martiniste au beau milieu de l’occultisme agité de la Belle Epoque.
Éditions ARQA, 29 bd de la Lise, 13012 Marseille.
http://thot-arqa.org/

mercredi 26 août 2009

Le nouvel Esprit des Choses

L’Esprit des Choses, Nouvelle Série, n°4. Septembre 2009.
Sommaire :
Dossier Emmanuel Swedenborg : Emmanuel Swedenborg par Claude Bruley - La vie de Swedenborg. L’homme de science par Howard. W. Haggard - Les Correspondances par le Cercle Swedenborg - La Nouvelle Eglise Chrétienne fondée sur les écrits de Swedenborg par Claude Bruley.
Documents : Bibliographie chronologique établie par Claude Bruley - Claude Bruley diplômé de la Swedenborg School of Religion.
Etudes : A la recherche de l’esprit maçonnique par Thierry Bécourt - Etude cabalistique schématique par Armand Toussaint.
15 Euro l’unité à l’ordre du CIREM, BP 08, 58130 GUERIGNY-FRANCE.

mercredi 19 août 2009

Le Manuscrit d'Alger ou Cahier Vert

Magie et Franc-Maçonnerie au XVIIIe siècle. Manuscrit de l’Ordre des Elus Coën. Le Cahier Vert – Tome 1, par Georges Courts. Préface de Rémi Boyer. Arqa Editions. ISBN 2 - 7551 – 0042-7.




C’est fait ! Après bien des péripéties, le fameux Manuscrit d’Alger, mieux qualifié par le titre de Cahier Vert, est enfin disponible, du moins partiellement, avec ce premier tome. Le tome 2 est attendu pour 2010.
Cette publication est importante de deux manières. Elle démystifie un document qui était devenu une légende, au sein de l’histoire déjà complexe de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, un objet commercial pour certains opportunistes et même un enjeu de pouvoir dans certains groupes. Elle met à la disposition des chercheurs et surtout des pratiquants un outil de travail qui vient parfois enrichir, mais surtout préciser, les documents disponibles et notamment ceux du fonds Z.
Le Cahier Vert s’adresse à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de cet ordre si particulier fondé par Martines de Pasqually, aux chercheurs qui se consacrent à l’étude de la théurgie et en priorité aux opératifs avertis qui seuls sauront mettre en oeuvre et saisir ce dont il est question ici.
Robert Amadou, à qui tout martinéziste, tout martiniste et, plus largement, tout franc-maçon, doit beaucoup, a souvent mis en garde contre une pratique prématurée de la théurgie, une impréparation ou une incompréhension de sa nature et de sa finalité. La théurgie et l’alchimie ne doivent être mises en oeuvre que dans la zone de silence, hors concept, hors croyance, hors représentation. Comme leur étymologie le suggère, la théurgie et l’alchimie ne s’adressent pas à des « personnes », mais à des « individus », à la part indivisible de nous-même, notre réalité originelle et ultime, l’Un. La personne conditionnée n’est pas concernée par l’affaire de la « Réintégration », pas plus que par la « Chose ». Elle en est même le seul obstacle. D’où la nécessité d’une pragmatique du silence au quotidien, renforcée par des périodes d’ascèse pour approcher au plus près l’axe de la pure présence.
L’expérience théurgique présente plusieurs degrés, depuis un dualisme forcené jusqu’à la subtilité non-duelle. Tout d’abord le pratiquant est enclin à penser que les hiérarchies célestes, les entités avec lesquelles il s’associe par l’invocation, existent à l’extérieur de lui. Progressivement, il découvrira l’étrange relation qui le lie à ces entités qu’il nourrit autant qu’elles le nourrissent. Plus tard, il comprendra que les hiérarchies n’existent qu’en lui, qu’il en est le créateur. Enfin, rejoignant le Centre de toute chose, il saisira qu’il n’y a rien de tout cela. L’ange du renversement, comme le nomme si bien Jean Canteins, aura fait son oeuvre pour conduire l’être à l’Être, au sein du Réel.
Ce chemin vers le simple, qui caractérise l’initiation, est celui qu’emprunta Louis-Claude de Saint-Martin qui, après avoir opéré avec succès selon la théurgie des Elus Coëns, intériorisa celle-ci en une voie cardiaque, entendons une voie du Centre. Mais, souvenons-nous qu’on ne peut abandonner que ce que l’on détient, renoncer qu’à ce que l’on maîtrise.
Le Cahier Vert est l’une des pièces d’un ensemble théurgique remarquable. Il contribue à la reconstitution de cet ensemble qui, à l’époque de Martines de Pasqually, ne fut jamais mis en oeuvre dans sa totalité et dans sa cohérence, Martines continuant jusqu’au bout à rédiger, reprendre, réorganiser les éléments de ce « culte primitif ». Sans la rigueur de Louis-Claude de Saint-Martin, qui joua le rôle salutaire pour l’ordre de secrétaire de Martines de Pasqually, nous n’aurions pas une connaissance si juste aujourd’hui de la doctrine et des pratiques des Elus Coëns.
Cette belle édition en grand format, si attendue, vient donc répondre à des intérêts divers, intellectuels et opératifs.
Éditions ARQA, 29 bd de la Lise, 13012 Marseille.
http://thot-arqa.org/

lundi 17 août 2009

La voie du Coeur

Jacqueline Kelen vient de publier un très beau livre sur la voie du Coeur aux Editions La Table Ronde sous le titre La puissance du coeur.
Ce texte aborde avec poésie, érudition et profondeur, cette voie du coeur, si mal comprise en ce monde qui exacerbe l’émotion déplacée et conditionnée. Si la voie du coeur, voie de liberté, est essentielle à nombre de traditions depuis l’illuminisme jusqu’au bouddhisme en passant par le soufisme, elle ne saurait se limiter à une forme quelle qu’elle soit.
Approchons l’expérience à laquelle Jacqueline Kelen nous introduit avec son talent habituel :
« ...dans les traditions spirituelles et chez les mystiques tout particulièrement, le coeur désigne le centre de l’être, sa conscience profonde et le lieu de la connaissance transcendante. C’est en cette chambre secrète, en cette caverne ou ce miroir que la Divinité se dévoile, se donne à connaître et à contempler. Une parole sainte de l’islam fait dire à Dieu : « Ni le ciel ni la terre ne me contiennent, mais le coeur de mon serviteur me contient. »
Ainsi, le coeur – symbolique, invisible - , où palpite la Présence, devient le lieu des révélations, des intuitions fulgurantes, des visions et de l’union mystique. C’est « l’oeil du coeur » qui perçoit le Seigneur, les mondes invisibles, les secrets intérieurs ; c’est « l’oreille du coeur » qui accueille la Parole éternelle, vivifiante, et les messages prophétiques. Grâce au coeur-conscience, l’être humain peut accéder à la contemplation des vérités éternelles et à la connaissance spirituelle qui est « intelligence du coeur ». (...)
La confusion est grande, et nombreuse les illusions, lorsqu’on parle de « la voie du coeur » ou de « l’ouverture du coeur ». Contrairement aux niaiseries et aux mièvreries dont l’accablent de pseudo-spirituels, cette voie est d’une terrible exigence et elle n’implique pas particulièrement de pratiques dévotionnelles, mais encore moins de bons sentiments : ici, la question n’est pas de croire, de s’adonner à un culte, ni d’être gentil, tolérant ou solidaire, mais bien de s’éveiller.
La voie du coeur, qui s’arrache à tout émotionnel, à tout usage du pathos, est celle de la connaissance spirituelle, avec ce que cela suppose de recherche, d’étude, de réflexion, de silence, de discernement, d’écoute, et d’expression intérieure personnelle. Cette démarche requiert non point l’intellect, mais une intelligence vaste et fine que la béguine Marguerite Porète nommait « entendement subtil », et Hildegarde de Bingen « les fines oreilles du sens intérieur ». Cette intelligence spirituelle reçoit les aspirations divines et la grâce de compréhension des choses cachées dans la mesure où elle s’y est longuement préparée et où elle persévère dans son ascèse. »
Bien des paroles de Jacqueline Kelen font écho à l’enseignement du Philosophe Inconnu qui conduit l’Homme de désir jusqu’au Ministère de l’Homme-Esprit :

« Dans le domaine de la connaissance spirituelle, qu’on appelle aussi connaissance du coeur, il existe des affinités évidentes entre le silence, le secret et le désir. En effet, pour user de métaphores, voici comment on approche de la maison du coeur :
- le désir ouvre la porte
- le silence permet d’y demeurer
- le secret protège l’habitation intérieure. »

La table Ronde, 14 rue Séguier, 75006 Paris.

samedi 15 août 2009

Nouvelles Instructions aux Hommes de Désir

Vous trouverez ci-dessous la présentation de deux ouvrages indispensables de Jean-Marc Vivenza, que l'on peut qualifier de Nouvelles Instructions aux Hommes de Désir :
*
La « Sophia » et des divins mystères de Jean-Marc Vivenza, Editions Arma Artis.
« Il faut que dans l’opérant, comme dans nous, l’idée et le mot de chair et de sang soient abolis, c’est-à-dire qu’il faut que nous remontions, comme le Réparateur, à la région de l’élément pur qui a été notre corps primitif, et qui renferme enfin l’éternelle SOPHIE... »
Cette citation de Louis-Claude de Saint-Martin clôt le travail précieux de Jean-Marc Vivenza sur un sujet aussi essentiel que mal compris. Novalis, Pascal, Maître Eckhart, Jacob Boehme, Saint-Martin, sont quelques-uns des grands auteurs convoqués par Jean-Marc Vivenza, pour, au côté des grands textes sacrés, éclairer cette sagesse qui se refuse à la conscience duelle. Ce n’est que dans l’interne, selon Louis-Claude de Saint-Martin, dans la conscience non-duelle, que Sophia « s’exerce ».
Il est incontestable que Louis-Claude de Saint-Martin fut particulièrement à même d’approcher l’insaisissabilité de la Sagesse, une insaisissabilité qui est elle même Sagesse, et, non de l’exprimer, mais d’en évoquer subtilement la permanence et l’essence dans son oeuvre. Si Sophia tient une place centrale au coeur de la Tradition chrétienne et tout particulièrement de l’hermétisme chrétien, ce centre- là se découvre bien souvent dans les marges. Il est donc fort utile de poser quelques jalons afin de ne point se perdre. Jean-Marc Vivenza dans cet essai aussi érudit que subtil nous rappelle au secret même de la fonction du Nouvel Homme, secret que Saint-Martin a su clairement indiquer.
Une nouvelle fois, Jean-Marc Vivenza nous offre, après La Prière du coeur selon Louis-Claude de Saint-Martin dit le « Philosophe Inconnu », paru chez le même éditeur en 2007, une forte, profonde et belle leçon aux Hommes de désir.
Thèmes : La sagesse dans l’intimité originelle de Dieu – La Sagesse et le Verbe de Dieu – La présence de la Sophia chez les kabbalistes chrétiens de la Renaissance – La Sophia chez Jacob Boehme – La place de la Sophia au sein de la Sainte Trinité – Le Philosophe Inconnu et la Sophia – La prière du Nouvel Homme – Les mystères de l’éternelle Sophia.
Ne manquez pas ce livre qui, très certainement, aurait comblé Robert Amadou.
*
La Prière du Cœur selon Louis-Claude de Saint-Martin par Jean-Marc Vivenza, Editions Arma Artis.
Nous savons la place essentielle que la prière du cœur tient dans le christianisme et dans le martinisme qui se veut une voie cardiaque. Ceux qui ont travaillé avec Robert Amadou savent combien il insistait sur cet aspect de la quête lié particulièrement au silence.
L’étude de Jean-Marc Vivenza éclaire particulièrement le rapport qu’entretenait Saint-Martin avec la prière, fort éloigné de celui du plus grand nombre, qui englue sa prière dans l’avoir et le faire.
« Saint-Martin, à ce stade de son discours, va aller jusqu’à employer une image d’une rare profondeur métaphysique, puisqu’il nous invite à devenir un « véritable rien », et ceci pour nous enjoindre à nous rendre conformes à la volonté de Dieu. L’expression peut surprendre, bien qu’elle soit d’un usage qui se rencontre assez régulièrement dans les écrits des mystiques, mais pourtant elle traduit parfaitement, chez le Philosophe Inconnu, le caractère propre de l’œuvre qui nous incombe, elle exprime, à merveille, l’état auquel nous devons aspirer pour nous permettre de recevoir Dieu en nous, pour lui faire place nette, lui offrir la totalité de l’espace dont nous disposons, pour le recevoir complètement et entièrement, afin qu’il puisse établir son séjour en notre intime et s’unir à nous. »
Jean-Marc Vivenza met en évidence la spécificité de la voie cardiaque, purifications préalables, présence, vide et « sublime abandon » :
« L’œuvre de prière pour Saint-Martin, comme nous le découvrons, est donc préalablement une voie d’anéantissement, car elle est, en son étonnante perspective, un chemin au bout duquel Dieu vient prier lui-même en nous, nous faisant passer de l’assujetissement face à la mort aux promesses de la résurrection. Accepter de se faire un « véritable rien », selon l’expression du Philosophe Inconnu, c’est permettre l’éclosion divine, c’est assister en soi à la transformation des éléments mortels en une substance d’immortalité. Voilà le véritable abandon, nous révèle Saint-Martin, voilà cet état où notre être est continuellement et secrètement amené de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, et si on ose dire, du néant à l’être ; passage qui nous emplit d’admiration, non seulement par sa douceur, mais bien plus encore parce que cette œuvre reste dans la main divine qui l’opère, et qu’heureusement pour nous, elle nous est incompréhensible, comme toutes les générations dans toutes les classes le sont aux êtres qui en sont les agents et les organes… ». »
Etude indispensable, le travail de Jean-Marc Vivenza affirme une nouvelle fois le véritable martinisme, voie d’éveil occidentale qui se peut vivre dans la même intensité et la même nudité que les grandes voies orientales.

Arma Artis, 26170 La Bégude de Mazenc, France.
A l'occasion du
BICENTENAIRE
DE
LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN

le CIREM a publié la


Charte pour le XXIème siècle
des Ordres martinistes
[1]
Copie encouragée


Introduction

Tout au long du siècle passé, l'histoire de l'Ordre et des Ordres martinistes demeura riche et mouvementée. Si l'Ordre fondé par Papus se ramifia en de nombreuses branches, cette arborescence fut le fruit du principe même de l'initiation martiniste, initiation libre, en lignée, d’individu à individu.
Les cercles, groupes, loges et ordres martinistes furent tout au long du siècle passé des creusets qui permirent aux courants illuministes, occultistes et hermétistes de perdurer ou de s'épanouir. La liberté, la tolérance, l'esprit de recherche qui dominèrent, malgré quelques inévitables vicissitudes, le mouvement martiniste, permirent à de nombreux questeurs de se retrouver, indépendamment de leurs chemins particuliers, dans un véritable compagnonnage sous l'égide du Philosophe Inconnu.
L'Ordre martiniste sut aussi accueillir en son sein d'autres courants pour les préserver et les aider à connaître un nouveau développement.
Aujourd'hui, afin que cet état d'esprit demeure, pour que ce qui est vivant ne devienne pas figé, sont inscrits dans cette Charte pour le XXIème siècle des Ordres martinistes, les principes simples qui ont contribué au rayonnement du martinisme depuis Papus.
L'adoption de cette Charte est libre, elle ne confère aucun droit, seulement les devoirs qui découlent de l'éthique. Nul n'aura à en rendre compte, si ce n'est à soi-même et à la Providence.


I – Selon Saint-Martin

1- « Ma secte, c’est la Providence, mes prosélytes, c’est moi ; mon culte, c’est la justice. »

« … je suis étonné que vous m’ayez jugé assez infatué de mon faible mérite pour que j’aie pu donner mon nom à mon ancienne école ou à aucune autre. Les établissements servent quelquefois à mitiger les maux de l’homme, plus souvent à les augmenter, jamais à les guérir. »

« La seule initiation que je cherche de toute l’ardeur de mon âme est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble, qui nous rend l’ami, le frère et l’époux de notre divin réparateur. Il n’y a d’autre mystère pour arriver à cette sainte initiation que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être et de ne pas lâcher prise, que nous ne soyons parvenus à sentir la vivante et vivifiante racine, parce qu’alors tous les fruits que nous devions porter selon notre espèce se produisent naturellement en nous et hors de nous, comme nous voyons que cela arrive à nos arbres terrestres, parce qu’ils sont adhérents à leur racine particulière et qu’ils ne cessent pas d’en pomper les sucs. »

2- Louis-Claude de Saint-Martin dévoua une grande part de sa vie aux ordres initiatiques qu’il fréquenta, il n’en fonda aucun et garda une juste réserve envers tous. Par son œuvre, il initia un courant de pensée illuministe chrétien majeur et invita à s’assembler en fraternité d’esprit. A l’article de la mort, Louis-Claude de Saint-Martin « exhorta tous ceux qui l’entouraient à mettre leur confiance dans la Providence, et à vivre entre eux en frères, dans les sentiments évangéliques ».


II – Selon Papus

1- Papus a fondé l’Ordre martiniste en plusieurs étapes :
- 1884-1885 : premières initiations.
- 1887 : première loge.
- 1887-1890 : établissement de l’Ordre Martiniste, rédaction des statuts et cahiers d’instruction.
- 1891 : constitution du premier Suprême Conseil.

2- L’initiation de 1882 à laquelle fait référence Papus et celle qu’Augustin Chaboseau situe en ce qui le concerne en 1886, initiations qu’ils se sont transmis respectivement en 1888, restent incertaines dans leur nature et quant aux circonstances. Elles revêtent une forme différente et guère rituelle. C’est l’initiation de Papus, non de Papus-Chaboseau, qui constitue depuis la fondation de l’Ordre Martiniste, l’initiation « martiniste ».


III – Selon l’Ordre


1- Papus a conçu et défini l’Ordre martiniste à la fois comme un ordre initiatique et une école de chevalerie morale
[2] et d'occultisme chrétien.
Le christianisme de l’Ordre martiniste est marqué par la doctrine de la Réintégration universelle de Martinès de Pasqually comme par la voie cardiaque de transmutation interne de Saint-Martin et l’occultisme est « l’ensemble des doctrines et des pratiques fondées sur la théorie selon laquelle tout objet appartient à un ensemble unique et possède avec tout autre élément de cet ensemble des rapports nécessaires, intentionnels, non-temporels, et non-spatiaux »
[3], théorie dite des correspondances.

2- Papus et les Compagnons de la Hiérophanie furent animés par l’esprit de recherche, la spéculation non dogmatique trouvant ses fondements comme ses aboutissements dans l’opératif.
3- Fidèle à son titre, l’Ordre martiniste s’attache principalement à étudier et à appliquer l’enseignement original de Louis-Claude de Saint-Martin et à comprendre l’influence de son premier maître, Martinès de Pasqually et de Jacob Böhme, sur sa doctrine.[4]

a) Première conséquence : l’Ordre martiniste est attaché à la simplicité des formes rituelles, dont l’Ordre martiniste primitif donne l’exemple.
b) Deuxième conséquence : La fraternité et le compagnonnage sont au cœur de l’expérience martiniste : « Ne vous faîtes point appeler Maître. Car vous n’avez qu’un seul Maître ; et vous êtes tous frères.
[5] ».
c) Troisième conséquence. Un Ordre martiniste est indépendant de toute Eglise comme de tout autre ordre initiatique ; les membres restent libres d’établir toutes appartenances compatibles dans l’esprit. Des équivalences entre les grades de l’Ordre martiniste et ceux d’autres ordres initiatiques ont existé. Elles sont dépourvues de sens initiatique.
d) Quatrième conséquence. L’Ordre martiniste invite ses membres à s’engager sur le chemin de la Réintégration. Cela sous-entend qu’il les prépare à se libérer de toute forme d’aliénation y compris de l’appartenance à tout ordre initiatique dont l’Ordre martiniste.


IV – De la fraternité


1- Après la mort de Papus, l’Ordre martiniste se ramifia et le processus ne s’est pas interrompu. Toute controverse entre Ordres martinistes portant sur la préséance de l’un par rapport aux autres est inconvenante, sous réserve que tout ordre qualifié de martiniste souscrive aux principes généraux énoncés ci-dessus. Entre les ordres martinistes comme entre les membres de chaque ordre martiniste, la fraternité fait la règle, et la concurrence n’est admissible que sous le rapport de la vertu.

2-Tous les Ordres martinistes dispensant la même initiation, un membre de tout Ordre martiniste peut et doit être reçu en visiteur dans une réunion conduite sous les auspices d’un autre Ordre martiniste.





[1] Ordre martiniste signifie tout Ordre dit martiniste, quelle que soit sa qualification subsidiaire.
[2] Papus. Martinésisme, willermozisme, martinisme et franc-maçonnerie. Paris. Chamuel. 1899.
[3] L’Occultisme, esquisse d’un monde vivant. Saint Jean de la Ruelle. Éditions Chanteloup. 1987.
[4] «C’est à Martinès de Pasqually que je dois mon entrée dans les vérités supérieures. C’est à Jacob Böhme que je dois les pas les plus importants que j’aie faits dans ces vérités» Portrait, n° 418.
[5] Mt. XXIII, 8.