vendredi 26 août 2016

La Charte pour le XXIème siècle des Eglises Gnostiques

A l’occasion, en 2003,  de la célébration du bicentenaire de la disparition de Louis-Claude de Saint-Martin (1743 – 1803), le Centre International de Recherches et d’Etudes Martinistes a publié une Charte pour le XXIème siècle des Ordres Martinistes. Ce document destiné à rappeler les principes propres au courant martiniste et ses œuvres connut une large diffusion. De nombreux ordres martinistes, loges ou cercles, ont su s’approprier ce document comme outil de travail.

A la même époque, le CIREM décida de rédiger un document similaire pour le mouvement des églises gnostiques. Le projet, longtemps mis de côté, fut repris ces derniers mois pour aboutir à une Charte pour le XXIème siècle des Eglises Gnostiques que vous trouverez ci-dessous. La charte est également disponible en anglais, espagnol, portugais, italien.


Charte pour le XXIème siècle
des Églises gnostiques

En hommage à T. Jacques (Robert Amadou[1])

Introduction


Tout au long du siècle passé, l'histoire des Églises gnostiques demeura riche et mouvementée. En marge de l’Ordre martiniste fondé par Papus et tout comme lui, l’Église gnostique se ramifia en de nombreuses branches, cette arborescence fut le fruit du principe même du mouvement gnostique composé de communautés libres.
Les Églises et Cercles gnostiques furent tout au long du siècle passé des creusets qui permirent aux courants illuministes, occultistes et hermétistes de perdurer ou de s'épanouir. La liberté, la tolérance, l'esprit de recherche qui dominèrent, malgré quelques inévitables vicissitudes, ce mouvement sans cesse renouvelé, permirent à de nombreux questeurs de se retrouver, indépendamment de leurs chemins particuliers, dans un véritable compagnonnage.
Le mouvement gnostique des Églises sut aussi accueillir en son sein d'autres courants pour les préserver et les aider à connaître un nouveau développement.
Aujourd'hui, afin que cet état d'esprit demeure, pour que ce qui est vivant ne devienne pas figé, sont inscrits dans cette Charte pour le XXIème siècle des Églises gnostiques, les principes simples qui ont contribué à leur rayonnement.
L'adoption de cette Charte est libre, elle ne confère aucun droit, seulement les devoirs qui découlent de l'éthique. Nul n'aura à en rendre compte, si ce n'est à soi-même et à la Providence.

Source : CIREM. Copie encouragée.


1- Est gnostique, celui qui a reçu le Saint Esprit, ce vent féminin, à la fois souffle et feu.
2- Est chrétien, donc « vivant », celui qui baigne dans le feu de l’Esprit, et en qui oeuvre ce feu. Se laissant travailler par lui, il se dirige vers l’homme total, l’homme achevé, c’est-à-dire l’Homme.
3- La Gnose ou Connaissance est antérieure à l’apparition du christianisme. Elle peut être définie comme « la connaissance de Dieu en moi et de moi, en Dieu », ou « de la transcendance dans l’immanence et de l’immanence dans la transcendance ».

4- La Gnose n’est par nature ni dualiste ni non-dualiste même si les expressions gnostiques temporelles sont nécessairement marquées par un dualisme fonctionnel.

5- L’Église présente un aspect communautaire et un aspect individuel. Elle est la communauté des hommes et des femmes en marche vers leur déification. Elle est simultanément une réalité intérieure, expérience de l’action déifiante de chaque être par l’Esprit Saint.

6- L’Église réelle préexiste en Christ avant toute expression institutionnelle. Qu’il s’agisse des « grandes » églises ou d’organisations plus discrètes, ces manifestations visibles sont des églises de désir, et non des lieux humains qui détiendraient une vérité exclusive. 

7- Les ministères, ordonnés dans l’Esprit Saint, transmis dans la succession apostolique, légitimés par la communauté, assurés par la continuité des œuvres des Apôtres et des disciples, hommes et femmes, représentent l’unique pasteur et prêtre, le Christ. Il n’y a donc ni « nouvelle église », ni « église détentrice de rites secrets ».
8- Si L’Église réelle est invisible, elle fait signe à travers la prière, les sacrements, le baptême, l’Eucharistie et les Ecritures.
9- L’Église se réalise à travers la célébration de l’Eucharistie dans toutes ses dimensions (symbolique, alchimique, métaphysique, théurgique, sacramentelle…)
10- L’Ancien Testament et le Nouveau Testament sont intimement liés en une unité porteuse de sens. La Bible, complétée par des Évangiles apocryphes, doit être lue comme ouvrant un chemin vers le Christ.
11- Au-delà des langues et par les langues, les Écritures s’offrent en quatre sens, littéral (ou historique), allégorique (ou typologique), tropologique (ou éthique) et anagogique (ou mystique), ce dernier, transcendant et infini.
12- Les dogmes sont entendus, tout comme pour les premiers chrétiens, non comme vérités exprimées mais comme véhicules privilégiés des mystères.
13- Marie est « forma dei » (moule actif de Dieu). En méditant le mystère de Marie, le gnostique atteint l’état du métal en fusion et se jette en son sein. Ainsi s’opère la gestation de sa vie nouvelle qui annonce la déification par la grâce.
14- En Christ, Homme complet, pur et simple, tout chrétien est uni à tous les êtres et toutes les formes de vie qu’il reconnaît comme non séparés de lui-même.
15- Les Églises gnostiques constituées sont une expression éphémère, à la fois écho lointain et célébration, de L’Église réelle ou Corps mystique du Christ.
16- Le chrétien se réintègre, et en mieux, durant que s’édifie son corps de gloire par la liturgie, secondée de la théurgie et de l’alchimie, selon le protocole astrologique. Chaque jour de cette vie, son homme intérieur est renouvelé : semé psychique, il se transfigure spirituel, tandis que son âme se corporise. Il touche dès maintenant les arrhes de la vie future. Il transmue de même la matière du monde.[2]
17- Le Christ demeure en ce monde par le sang et l’eau jaillis de son flanc. Caché au monde dans le monde même qu’ils transfigurent, le calice qui les recueillit apparaît aux cœurs purs.



Écu représentant la Crucifixion du Christ
 Vitrail de la salle du Chapitre à Batalha (Portugal)
1514

Dessin Lima de Freitas




[1] Robert Amadou a largement contribué à la réflexion sur les missions des Eglises gnostiques notamment par le texte Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?, établi en collaboration avec T. Antoine et publié en 1996 par le Centre International de Recherches et d’Etudes Martinistes. Ce document a servi de base à la rédaction de la présente Charte, construite sur le même principe collaboratif que la Charte des Ordres Martinistes pour le XXIème siècle, proposée par le CIREM à l’occasion du bicentenaire de la disparition de Louis-Claude de Saint-Martin.
[2] D’après un passage du livret De la Sainte Science de Robert Amadou.

vendredi 19 août 2016

La Stricte Observance Templière

Le baron de Hund et la Stricte Observance Templière d’André Kervalla, La Pierre Philosophale Editions.

La Stricte Observance Templière constitue l’un des vecteurs de la création par Jean-Baptiste Willermoz du Régime Ecossais Rectifié.
Le baron allemand Charles de Hund, à l’origine de la Stricte Observance Templière, dans une période complexe de l’histoire maçonnique et de l’histoire tout court, est une personnalité particulièrement intéressante, très controversée, parfois accusée, à tort, de tous les vices.
André Kervella, auteur de nombreux travaux historiques sur la Franc-maçonnerie cherche à répondre à cette question : pourquoi les membres de la Stricte Observance Templière furent amenés à se prétendre « héritiers des anciens chevaliers du Temple, sous l’autorité de Supérieurs Inconnus ». On sait que Willermoz trancha radicalement, et avec sagesse, cette question en renonçant à cette prétention dans le cadre du Régime Ecossais Rectifié.
Le travail d’André Kervella est important non seulement pour la période considérée, la deuxième partie du 18ème siècle, mais elle le demeure jusqu’à nos jours pour au moins deux raisons. L’idéal templier, indépendamment de la référence à l’Ordre du Temple historique perdure en Franc-maçonnerie. Le fantasme pernicieux de la prétention à une filiation historique avec l’Ordre du Temple n’a jamais cessé de polluer la scène ésotérique européenne et mondiale.



André Kervella note d’emblée que l’incapacité de la littérature maçonnique a distingué entre l’histoire des faits et l’histoire des idées, deux niveaux logiques différents exigeant des méthodologies et des analyses différentes, même si complémentaires, a exacerbé les polémiques quant aux motivations et aux références du baron von Hund.
Le projet du baron est presque concomitant à  l’apparition des grades dits écossais au début du 18ème siècle or cette apparition reste difficile à analyser en raison d’une documentation encore insuffisante et d’un contexte socioculturel et politique mouvementé. La naissance de la Stricte Observance Templière ne peut être séparée de la question stuartiste alors épineuse.
On sait aujourd’hui qui a remis au baron Charles de Hund sa patente et d’où lui venaient ses prétentions templières. André Kervella démontre aussi que qi la question stuartiste ne peut être ignorée, la SOT ne participe pas d’un complot stuartiste. Il met en évidence le rôle obscur et très politique du comte Marischal dans cette aventure. Il cerne la question de l’influence jacobite.
L’un des grands intérêts de l’ouvrage, outre l’apport historique très étayé est de contribuer à la compréhension de la construction du mythe ou à ses glissements et de poser les bonnes questions.
« A l’analyse conclut-il, c’est plutôt la notion de filiation qui suscite des difficultés. Dès qu’une institution est fondée, d’ailleurs sans avoir eu le temps de parachever son discours sur la pseudo-tradition dont elle se réclame, elle peut en créer d’autres et ainsi de suite, selon le système des loges filles qui a connu une belle expansion dans la première moitié du dix-huitième siècle ; elle peut aussi s’exposer à des vicissitudes diverses, avec d’éventuels sommeils, des discontinuités plus ou moins brutales. Quand un réveil ou un redressement se produit, ceux qui le provoquent ont tendance à se dire autorisés. Mais au nom de quoi et de qui ? Surtout, après de longues décennies, puisque l’époque a changé, ils ne sont plus dans l’imitation pure et simple de leurs prédécesseurs allégués. Ont-ils cependant des archives, des documents, qui se lisent comme un testament ? Dans l’affirmative, on les reconnaît effectivement comme des héritiers. Dans la négative, ils attirent le soupçon. D’où l’importance des patentes et autres chartes de constitution. (…)
On en conclut que, de métamorphose en métamorphose, la tradition templière, notamment dans sa composante éthique, peut fort bien avoir des émules aujourd’hui, les qualités chevaleresques étant érigées en paradigme. En revanche mieux vaut laisser aux illusionnistes l’argument de la filiation. Il était jugé capital à l’époque de Hund. C’est pourquoi on faisait grand cas de la liste fournissant sans interruption le nom des grands maîtres supposés avoir dirigé l’Ordre après la mort de Jacques de Molay. Rien ne permet aujourd’hui de lui accorder la moindre valeur. Tout porte à penser que les jacobites n’y croyaient pas non plus, et sans doute le facétieux Marischal dont les excursions dans le romanesque suffisaient à combler les libertés de son imagination. »
Cette nouvelle contribution à l’histoire de la maçonnerie templière clarifie nombre de points historiques mais aussi les enjeux tant sur le plan des communautés maçonniques concernées que sur la possibilité d’un rapport individuel lucide et créatif à la question templière.

mercredi 25 mai 2016

Le Mystère de l'Eglise intérieure

Le mystère de l’Eglise intérieure de Jean-Marc Vivenza, Editions La Pierre Philosophale.

Une nouvelle fois, Jean-Marc Vivenza vient explorer la théosophie saint-martinienne en sa dimension la plus intime. Comme souvent dans les travaux de Jean-Marc Vivenza, il y a deux livres en un, le premier fait d’une mise en perspective ou en écho de textes de référence et en premier lieu ceux du Philosophe Inconnu, Louis-Claude de Saint-Martin, le second constitué d’un appareil de notes où domine le regard origéniste de l’auteur.
Ce livre prolonge et approfondit trois livres précédents de l’auteur, disponibles chez le même éditeur : L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin – Le culte « en esprit » de l’Eglise intérieure et Pratique de la prière intérieure. Ce quatrième volume aborde la dimension métaphysique et ontologique de l’œuvre du Théosophe d’Amboise. Au centre de sa doctrine, cette question : « faire naître Dieu en nous », fondement d’une mystique de l’interne ou de l’intime qui n’est pas sans rappeler la divinisation de l’être humain chère à l’orthodoxie.



Il est d’abord question du mystère de « l’Eglise intérieure », cette « communauté de lumière » qui, nous dit Jean-Marc Vivenza, « a été révélée au Christ lors de sa venue en ce monde, quoique cette assemblée soit demeurée cachée et préservée bien avant l’Incarnation, et dans laquelle se trouvent conservées la vraie religion, la pratique du culte, la prière silencieuse d’abandon, l’oraison passive de recueillement, et, principalement, les connaissances mystérieuses réservées aux élus de l’Eternel ».
Il existe ainsi un « dépôt primitif de toutes les révélations » à la fois source et phare des petits et grands mystères et, avec plus de précision encore, un « double mystère qui nous lie aux choses divines, et qui lie les choses divines avec nous » (…) qui débouche sur la réalisation d’un troisième mystère, le « Grand Mystère », qui est celui de la « génération de Dieu en nous », par un processus méta-ontologique absolument saisissant, dont la sublimité relève des plus hautes régions de l’Esprit », ces trois mystères formant une « triple Croix » à laquelle, d’ailleurs, correspond également une « triple couronne ». »
« Ce « Grand Mystère » ajoute Jean-Marc Vivenza, ouvre donc sur une dimension proprement « ontologique », car en fait l’ordre au sein duquel se situent les questions relatives au sacerdoce « en esprit », participe d’une région où « l’Être » et le « non-Être » entretiennent, depuis toujours, un rapport étroit, ce qui a pour conséquence de placer l’âme au cœur d’un enjeu considérable qu’il n’est pas évident de déceler derrière le rideau opaque des apparences de la réalité matérielle. »
Cette approche non-duelle et même, in fine, ni duelle ni non-duelle, pointe vers la finalité de toute initiation, de toute tradition.
La pensée de Jean-Marc Vivenza au sujet de cet impensable se déploie en trois grands moments : La substance du mystère – La doctrine de l’Eglise intérieure – La naissance de la Divinité dans l’âme à partir du « néant ». Les nombreuses annexes proposent des regards croisés sur ce sujet essentiel, ceux d’Origène, de Lamennais, de Franz von Baader de Jacob Boehme, de Saint-Martin bien sûr.
La matière est dense, les entrées nécessairement multiple, pour un unique objet : la Réintégration, un unique moyen, le Silence. La voie saint-martinienne appelle, avec l’élégance et la discrétion insistante si coutumières dans l’œuvre de Louis-Claude de Saint-Martin, à un renversement, une conversion, un saut (et un sceau) salutaire dans le vide qui n’est que plénitude.

samedi 23 avril 2016

Mystérieux Baphomet

Mystérieux Baphomet, tête magique des Templiers de Jean Chopitel et Christiane Gobry, le Mercure Dauphinois.
C’est l’un des sujets les plus fantasmés de l’ésotérisme occidental. Le mythe protéiforme du Baphomet cristallise les peurs, les rumeurs, les manipulations et les pires préjugés qui jaillirent lors du célèbre procès des Templiers orchestré par Philippe le Bel et le pape Clément V pour des raisons très politiciennes. L’existence même du Baphomet, idole supposée, est incertaine tant les descriptions divergent. L’origine du nom même est difficile à établir. Il semble qu’à l’origine, si origine il y a, l’idole en question ne portait aucun nom.



Les auteurs nous proposent d’approcher le Baphomet dans la perspective de l’entendement spirituel, en évitant aussi bien la fantaisie que le scandale.
Jean Chopitel et Christiane Gobry notent que « les représentations répertoriées comme Baphomets sont ultérieures à cette époque et parfois même datées de quelques siècles seulement avant la nôtre ». S’ils privilégient l’étude des représentations sous la forme d’une tête barbue et cornue et de ses variations c’est parce que les représentations de têtes coupées et miraculeuses comme symboles de régénération ou d’immortalité sont une constante des traditions grecques, latines, pré-celtes et celtes notamment, et ceci bien avant l’avènement de l’Ordre du Temple.
« Nous assimilons, précisent-ils, notre poursuite du Baphomet à la recherche du secretum templi ou du « trésor du Temple », appelée également quête du Graal ou de la Parole Perdue. » Le Baphomet se présente pour eux comme une puissance favorisant la métanoïa.
Jean Chopitel et Christiane Gobry rappellent tout d’abord l’exigence initiatique qui caractérisait probablement les templiers au tout début de leur mission, exigence bien difficile à mettre en place et maintenir de nos jours si agités :
« Il faut avouer néanmoins que l’exigence d’autrefois, à propos du choix des postulants (en Chevalerie et en Franc-maçonnerie, par exemple) est actuellement très difficilement envisageable à cause de l’affaiblissement global de la conscience spirituelle. (…)
Dans un tout autre registre, on rencontre de nos jours de puissantes organisations pseudo-initiatiques (sans aspiration traditionnelle et spirituelle d’ailleurs), qu’il faut simplement considérer comme des sociétés d’imposteurs. L’anarchie qui règne en leur sein se manifeste par des aménagements fantaisistes, des compromis et des abus de pouvoir proprement scandaleux. »
Lucides donc sur l’état de la scène ésotérique occidentale, ils reprennent la distinction classique entre chevalerie profane, chevalerie spirituelle temporelle, une chevalerie célestielle et initiatique, johannite, véhicule de l’ésotérisme chrétien et d’une gnose. Ils rendent compte de la règle secrète du Temple dite Règle de Rocelin dont l’authenticité reste incertaine mais qui est intéressante par ses références gnostiques et johanniques justement. Cette règle est un élément du mythe templier et des intrications néo-templaristes actuelles.
En recensant les très nombreuses origines possibles du mot baphomet, étymologiques ou cryptologiques, Jean Chopitel et Christiane Gobry veulent montrer qu’elles pointent souvent vers la Sophia, la Sagesse, l’aspect « féminin » de Dieu. De même, les multiples représentations et leurs interprétations allant du diabolique au divin, font lien pour certains chercheurs avec la Sainte Face du Christ.
En s’orientant vers l’analyse de l’acéphalité, de la bicéphalité ou d’autres polycéphalités, les auteurs ouvrent une perspective passionnante. Nous approchons là en effet des dimensions essentielles de l’imaginal qui s’inscrivent dans le symbolisme traditionnel, symbolisme des cornes, de la barbe, de l’androgynat, etc.
L’acéphalité reste un symbole de dé-mentalisation, « thérapeutique supérieure des désordres de l’âme et du corps » et ouvre vers les voies d’éveil :
« La raison de l’initiation étant justement l’abandon du corps grossier, physique et psychique, au profit du corps glorieux, il est évident que celui qui s’engage dans cette voie doit prendre les moyens de se dé-mentaliser effectivement. Cet acte est tout particulièrement figuré par la décapitation symbolique contenue dans le signe essentiel de l’initié Apprenti franc-maçon. »
Enfin le Baphomet, notamment pour et par Fulcanelli a à voir avec l’alchimie. Fulcanelli voit dans le Baphomet, bapheus mete, une référence à la teinture alchimique. Ses représentations symboliques renvoient également aux principes alchimiques.
Au fil des pages, c’est l’impossibilité à dire, à représenter, à penser le Baphomet qui s’impose. Comme indicible et insupportable à la vue, il renvoie aussi bien au Saint Graal qu’à la Sainte Face de Dieu. Plus important que l’objet, forcément éphémère et de la nature du vide, c’est bien le procès initiatique qu’il induit qui importe.
Cet ouvrage aux multiples facettes vise aussi bien à éloigner des représentations trompeuses qui polluent le templarisme qu’à ouvrir vers le simple.
Editions Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble – France.

samedi 19 mars 2016

Arcana Arcanorum

Trésor des trésors. Testament alchimique de la Fraternité de la Rose-Croix d’Or. Sesheta-Publications.
Ce Thesaurus Thesaurorum et Testamento Fraternitat Rosae et Aureae Crucis, texte fondamental de l’hermétisme européen, est publié pour la première fois dans une version complète. Ce corpus, intitulé parfois Arcana Aracanorum, utilisé partiellement ou complètement par quelques rares collèges encore aujourd’hui, constitue une somme exceptionnelle dans le domaine des alchimies métalliques comme des alchimies internes.
Fred MacParty a réalisé un travail considérable à partir des quatre manuscrits de Darmstadt, Hambourg, Stuttgart et Vienne. Ces quatre manuscrits, remarquons le, typifient la nature et les praxis des sociétés rosicruciennes traditionnelles.
Ce corpus est constitué de quatre parties. Les deux premières parties remonteraient à la fin du XVIIe  siècle, les parties trois et quatre pourraient être antérieures par certaines allusions mais le contenu semble avoir été rajouté ultérieurement.


La première partie, appelée généralement Thesaurus ThesaurorumTrésor des trésors, retrace l’histoire de la Fraternité, donne les règles de l’Ordre avant de décliner, sous forme d’iconographie et de textes brefs, onze « Mystères » ou « Extases » qui abordent les pratiques alchimiques dans les divers règnes.
La deuxième partie en est le prolongement par développement des pratiques de réalisation des différentes Pierres Philosophales.
La troisième partie est également un prolongement de certains des onze Mystères mais dans une autre veine, chymique ou spagyrique.
La quatrième partie provient d’un texte inédit de Thomas Norton. Les pratiques présentées concernent les voies de l’Antimoine, du Sang, de la Sueur, de l’Urine, du Régule, du Mercure, de la Silice et autres. Cette partie aborde aussi la question des trois Médecines.
Ces pratiques ne trouvent leur opérativité que dans le rayonnement de l’Esprit Saint. Elles nécessitent le silence, pas seulement celui de la discipline de l’arcane, mais celui qui laisse toute sa place à l’Être.
Cette publication rendra un grand service aux praticiens de l’Art. Elle peut aussi égarer les non avertis.
Sesheta Publications, 5 côte de Brumare, 27350 Brestot - France.

dimanche 6 mars 2016

Le Grand Orient de France et les rites maçonniques égyptiens



Le Grand-Orient de France et les rites maçonniques égyptiens

Lorsque le Grand Orient de France profitant de la confusion de la scène maçonnique égyptienne avait relancé il y a quelques années en son sein un rite maçonnique égyptien, nous avions parlé d’une « O.P.A. » sur une tradition dont le Grand Orient, qui s’interdit statutairement des recherches dans le domaine de l’hermétisme, fondement et finalité des rites maçonniques égyptiens, ignore tout.
Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que la dérive annoncée se concrétise.
Lors de débats récents au sein de commissions paritaires du Grand-Orient de France, une position très réductrice est apparue puisque le Grand Orient de France demande aux obédiences maçonniques égyptiennes qui voudraient passer un accord avec le Grand Orient d’adopter l’échelle en 33 grades dite de Yarker.
Cette échelle a toujours été considérée comme ridicule du point de vue traditionnel et opératif par ceux qui connaissent la nature et la spécificité des rites maçonniques égyptiens. Elle est une de ces « terribles simplifications », introduites par des personnes ignorantes, qui nuisent à la scène initiatique occidentale en voulant imposer leurs vues étriquées contre leur propres valeurs affichées de tolérance, de laïcité ou de liberté.
Le Grand Orient de France est devenu le promoteur d’une pensée unique maçonnique anti-traditionnelle particulièrement toxique pour le procès initiatique mais il est vrai que l’initiation n’est pas le premier souci de l’appareil politique et administratif du Grand Orient au grand dam d’une majorité de ses membres. Il suffit de constater le pourcentage anormalement élevé d’apprentis du Grand Orient qui ne deviendront jamais maîtres dans le cadre de cette obédience préférant renoncer ou chercher une obédience plus respectueuse des philosophies initiatiques.
Les obédiences maçonniques égyptiennes, qui par souci de reconnaissance de la part d’une obédience, le Grand Orient de France, illégitime en matière de tradition maçonnique égyptienne, ou qui, par intérêt stratégique ou politique, souhaiteraient se plier aux exigences du Grand Orient, rompraient de fait avec la tradition maçonnique égyptienne, ses valeurs, ses travaux, sa finalité, sa métaphysique.
Ce n’est certes pas la première fois dans l’histoire maçonnique que le Grand-Orient de France porte atteinte à la nature des rites maçonniques égyptiens. Elle a déjà au 19e siècle contribué à leur interdiction. Cette fois, l’attaque est plus pernicieuse. En cherchant à normer de manière réductrice les rites maçonniques égyptiens, le Grand-Orient de France s’attaque à l’essence même d’une tradition.

jeudi 28 janvier 2016

La prière intérieure selon Louis-Claude de Saint-Martin



Pratique de la prière intérieure de Jean-Marc Vivenza, Editions La Pierre Philosophale.

Jean-Marc Vivenza poursuit son travail saint-martinien avec ce nouvel ouvrage consacré à la prière et à l’oraison.
Pour comprendre la démarche, à la fois dans sa profondeur et dans sa pédagogie, nous pouvons examiner le sommaire, très révélateur. Une première partie, introductive, traite de La doctrine de l’oraison intérieure en plusieurs temps : La nécessité de l’oraison intérieure selon le Philosophe Inconnu (Louis-Claude de Saint-Martin) – Le Temple de Dieu – Nous ne devons pas faire « mourir » Dieu en nous – La prière intérieure « opère » la génération divine – La prière intérieure est supérieure aux « prières de formules » - La prière « secrète » ininterrompue active dans le « fond de l’âme ».
Nous sommes bien ici dans l’interne et dans l’approfondissement de l’interne qui nous fait passer de la forme au silence, de la formule au spontané pour retrouver le priant permanent qui est en nous, Dieu lui-même. Il s’agit bien de laisser Dieu prier en nous, de libérer la place si encombrée. La prière selon Louis-Claude de Saint-Martin évoque la prière du cœur des hésychastes. Le chemin qui va de l’externe à l’interne est un retour à Dieu par le simple, le silence et le spontané.
Jean-Marc Vivenza rappelle cette pensée de Saint-Martin :
« Je préfère infiniment la voie douce, simple et intérieure par laquelle la racine intime même peut se réveiller; car si cette racine intime et divinement centrale peut se réveiller elle doit apporter tout avec elle, et sa reproduction universelle ne doit plus pouvoir s'interrompre; voilà pourquoi il est si avantageux de marcher par cette voie, parce qu'alors nous n'avons pour ainsi dire plus rien à faire. Aussi dans mes moments de bien-aise me suis-je dit souvent que le commerce de la vérité finirait par être un vrai commerce de paresseux attendu qu'elle faisait tout pour nous. » (Portrait, 701).
La seconde partie de l’ouvrage est consacrée à la pratique de l’oraison intérieure, méthode et manière : Comment prier selon Saint-Martin ? – Poursuivre l’œuvre de prière – L’oraison de simple présence – S’avancer dans la « Présence de Dieu » - Unir le cœur à l’esprit – Laisser agir Dieu par la « vraie foi » – La nuit de l’esprit – Le repos en Dieu.
Nous voyons le mouvement, l’effort qui va de l’externe à l’interne, du monde au cœur, s’estomper pour laisser venir cette vague du « vrai » qui émane de Dieu. C’est un chemin de dépouillement et d’abandon pour « se laisser remplir de « l’effusion divine » ».
Jean-Marc Vivenza débute ainsi sa conclusion « Nous sommes ciel, faits pour le ciel ». Il s’agit de retrouver notre nature originelle et ultime permanente en réalité. Ce chemin de réintégration de notre vraie nature demande cependant quelques conseils très pratiques : Comment entrer en oraison ? Que faudra-t-l faire ensuite ? Est-ce cela contempler ? Comment agir contre les distractions ? Se laisser reconquérir par notre vraie nature ne va pas de soi, il faut affaiblir les conditionnements qui nous maintiennent dans la mondanité.
En annexes le lecteur retrouvera Les dix prières de Louis-Claude de Saint-Martin précédées de La prière du cœur est le vrai culte agréable à Dieu, un texte du marquis de Dampierre, écrit au XVIIIème siècle et des extraits d’un texte de J. Petit publié en 1686 à Grenoble : Le moyen court et très facile de faire oraison, que tous peuvent pratiquer et arriver par-là à une haute perfection.



Ce bref et dense traité qui aborde un grand sujet permettra à celui qui cherche à retrouver l’intimité avec Dieu, et l’intimité même de Dieu, de se consacrer à l’essentiel.