vendredi 11 novembre 2016

Heterodoxia Masonica

Heterodoxia Masonica, Cultura Masonica n°27.
La très belle revue de culture maçonnique de langue espagnole, consacre ce numéro, sous la direction de José Miguel Jato, aux Francs-maçons hétérodoxes, Guénon, Cagliostro, Reghini, Casanova, Sade, Pasqually, De Maistre, Kremmerz, Telmo…




Ces personnalités, fort différentes par leur histoire personnelle et initiatique comme par leur œuvre, ont en commun de transcender les limites forgées par les institutions dites initiatiques qui, trop souvent, figent plutôt qu’elles ne soutiennent les procès initiatiques.
Il n’est pas anodin que ces penseurs « hétérodoxes » de l’initiation soient présentés par des auteurs tout aussi hétérodoxes : Alfonso Marcuello, Denis Labouré, Diego Cerrato, Eva Riestra, José Miguel Jato, Nicola Lococo, Rémi Boyer, Rodrigo Sobral Cunha, Urko Cuesta Gutiérrez.
Ce numéro fera date dans l’histoire de la revue Cultura Masonica déjà reconnue comme une revue de référence dans le domaine maçonnique.

dimanche 23 octobre 2016

La naissance de la Province d'Auvergne du RER

La naissance de la Province d’Auvergne du Régime Rectifié d’après la correspondance de Jean-Baptiste Willermoz (1772 – 1775) par Loïc Montanella, Editions de la Tarente.

Cet ouvrage reprend le mémoire de master 2 de Loïc Montanella sur la naissance de la Province d’Auvergne du Régime Ecossais Rectifié, travail pour lequel il reçut le prix de l’IDERM, Institut d’Etudes et de Recherches Maçonniques.

La matière analysée est la correspondance entre Jean-Baptiste Willermoz et le baron Georg August Von Weiler entre 1772 et 1175, correspondance très riche, fruit d’une collaboration intense qui devait aboutir à l’émergence du RER.



Loïc Montanella fait appel à Jurgen Habermas et à sa théorie de la sphère publique bourgeoise pour traiter de la question de la construction du Régime Ecossais Rectifié :
« Le prolifique chercheur allemand, nous dit Loïc Montanella, s’était lancé dans une analyse de ce processus singulier au cours duquel le public, constitué par une somme d’individus faisant usage de la raison, s’est approprié un espace public, une sphère auparavant contrôlée par une autorité (étatique, royale ou religieuse) ou un modèle faisant autorité, comme celui de la société de cour. Espace que l’on pourrait parfaitement définir comme un territoire qui acquiert progressivement une certaine forme d’autonomie. Territoire au sein duquel se tissent des liens, émergent et se constituent des réseaux, apparaissent des formes nouvelles de sociabilité, se nouent des relations (notamment épistolaires) naissent des discussions, devient en d’autres termes, un espace polarisé de communications. »

Cette approche sociologique renouvèle les méthodologies de la maçonnologie contemporaine et ouvre de nouvelles perspectives, un autre rapport aux sources et l’usage de nouveaux outils. Ainsi par exemple, ce que nous appelons désormais les « ego documents », « les écrits du soi, les correspondances, les récits de voyage, les journaux intimes ou les Mémoires » sont « interrogées selon des modalités différentes ».

« La loge maçonnique d’un côté, l’univers urbain de l’autre, deviennent ainsi des observatoires privilégiés pour l’historien des réseaux et des lieux de sociabilité d’Ancien Régime. De quelle manière, la Franc-maçonnerie en particulier, marque l’espace public et l’espace privé (transformation de la sociabilité des salons en sociabilité de loges) ou, construit cet espace par ce jeu des réseaux communicationnels ? »

Cette approche redonne vie à ce qui est souvent desséché par la critique historique classique. La vie des loges, des rites et des ordres s’inscrit totalement dans l’expérience humaine et dans des mutabilités sociétales, subies ou co-créées.

Si le RER comme objet d’études historiques a donné de beaux travaux, cette approche qui laisse davantage de place aux acteurs eux-mêmes dans leur complexité, en premier Jean-Baptiste Willermoz, permet de mieux comprendre l’influence du jeu, subtil ou grossier, des relations humaines, individuelles, groupales ou collectives, sur les procès qui ont abouti, sur plusieurs années, à la constitution du Régime Ecossais Rectifié.

Editions La Tarente, Mas Irisia, Chemin des Ravau, 13400 Aubagne.


jeudi 20 octobre 2016

Belle Rose de Renée de Brimont

Belle Rose de Renée de Brimont, Editions de la Tarente.
Mme de Brimont (1880 – 1943) publia Belle Rose en 1931 dans Les Cahiers Libres, une maison d’édition consacrée tant aux avant-gardes, notamment surréalistes qu’aux ésotérismes ou aux auteurs classiques. Cette maison participa pleinement, en son temps, à l’alliance entre traditions et avant-gardes, une alliance dans laquelle Belle Rose a toute sa place. Oublié, ce texte méritait une belle réédition. C’est chose faite avec en appui du texte des études de Serge Caillet, Michelle Nahon & Maurice Friot, et enfin Francis Laget, qui, chacun en leurs domaines, replace l’œuvre de Renée de Brimont dans les contextes historiques, culturels et initiatiques qui ont contribué à sa naissance.



Renée de Brimont dépeint le Bordeaux aristocratique, intellectuel et spiritualiste du XVIIIème siècle dans lequel apparaissent deux personnages fondateurs du courant martiniste en général, Martines de Pasqually et Louis-Claude de Saint-Martin.
Michelle Nahon et Maurice Friot introduisent le lecteur auprès d’une grande dame, femme du monde, mais aussi artiste, musicienne, peintre, auteur et militante féministe. En 1926, elle créa une association de femmes bibliophiles, Les Cent Une, qui eut une certaine influence. Elle étudia l’astrologie et le spiritisme, s’intéressa à l’alchimie et croisa entre autres la route de James Chauvet, Eugène Canseliet et surtout O. V. de Lubicz Milosz, qu’elle fascina et qui en fit sa muse, toute spirituelle.
« On sait, nous dit Francis Laget, que c’est elle que Milosz appelait « Renaissance », dans la dédicace de ses poèmes et de ses textes métaphysiques les plus importants et que son rôle auprès du poète a pu être comparé à celui de Béatrice auprès de Dante ! Leur intimité de recherches et de pensée peut être déduite et confirmée par le soin apporté, par chacun des deux à occulter la nature de leurs échanges spirituels : ils sont parvenus à faire disparaître la quasi-totalité de leur correspondance ! »
C’est probablement par Milosz que Renée de Brimont s’intéressa à Martines de Pasqually et à Louis-Claude de Saint-Martin mais l’histoire de sa famille n’est pas sans lien avec ces deux figures. Son témoignage est donc aussi rare que précieux.
Renée de Brimont, conclut Serge Caillet, la baronne amazone, la « Renaissance » « saintement aimée » de Milosz, l’amie de Saint-Martin et de Martines de Pasqually, communiant dans l’Occulte avec l’un comme avec les autres, nous offre une esquisse, presque un portrait, historique et philosophique, du Philosophe inconnu et de son premier maître. Esquisse authentique, quoique réinventée ; esquisse fidèle, par conséquent, par une femme de Lettres qui n’en fut pas moins une femme d’Esprit. »
Indépendamment de l’intérêt historique de cette réédition bienvenue, l’écriture, très juste et fluide, de Renée de Brimont, qui donne vie et force aux personnages et aux ambiances, emportera le lecteur dans ce Bordeaux des mystères qui se laisse découvrir peu à peu.
Editions La Tarente, Mas Irisia, Chemin des Ravau, 13400 Aubagne.


samedi 24 septembre 2016

L'abbé Julio et ses pratiques

Les pratiques de l’abbé Julio de Denis Labouré, Editions Spiritualités Occidentales.

Denis Labouré poursuit son travail de mise à disposition et de clarification de l’œuvre de l’abbé Julio. Après Les pentacles de l’abbé Julio, Les prières de l’abbé Julio voici Les pratiques de l’abbé Julio.
De manière très intéressante, Denis Labouré replace l’œuvre de l’abbé Julio dans son contexte temporel, entre héritiers de la Révolution et autorités catholiques, afin de mieux comprendre l’importance de l’héritage, héritage qui, loin de s’essouffler, emprunte de multiples formes, certaines dégradées certes, mais le plus souvent bénéfiques.



Denis Labouré évoque longuement dans ce livre une source méconnue ayant influencé Julio, Léonce de Larmandie (1851 – 1921), homme de lettres et ésotériste. Il fut proche de Joséphin Péladan, participa activement aux Salons de la Rose-Croix organisés par le Sâr, collabora à diverses revues dont le Voile d’Isis et publia deux ouvrages importants, Magie et religion, en 1898 et L’aventure hermétique en 1907. Dans Magie et religion, il développe « l’idée que les rites et sacrements de la religion catholique ont une portée magique », ruinée par les crispations théologiques. Léonce de Larmandie enseigna à Julio qu’une prêtrise véritable selon le Christ s’accompagne de dons spéciaux, notamment de guérison.
Denis Labouré consacre la plus grande partie de l’ouvrage aux pratiques selon l’abbé Julio : l’usage du Bénédictionnal Romain, l’usage des psaumes, la bénédiction des malades, la magie copte, les huiles saintes, le recours aux pentacles, les croix d’herbes, les neuvaines, et autres.
En fin d’ouvrage, il rappelle l’importance de la messe pour l’abbé Julio sans laquelle ces pratiques seraient vaines. « La messe, dit Julio, est la prière toute-puissante, par laquelle on obtient tout. »
« Nous cherchons à comprendre l’abbé Julio, ajoute Denis Labouré, ses textes et ses procédés. Pour obtenir ses résultats, il nous faut respecter ses enseignements. Pour consacrer nos huiles et nos pentacles, pour dynamiser nos neuvaines, il nous faut participer intelligemment à cette opération de haute théurgie qu’est la messe. »
Avec l’abbé Julio, nous approchons de ce que serait un véritable catholicisme, au service de tous ceux qui sont dans le besoin, efficace par la mise en œuvre des mystères dans une opérativité où la magie fait alliance avec la mystique.
Editions Spiritualité Occidentale, 16 A rue Lingolsheim, 67540 Ostwald, France.

dimanche 11 septembre 2016

La Grande Profession du Régime Ecossais Rectifié

La Grande Profession : documents et découvertes, le fonds Turckheim, Renaissance Traditionnelle, n° 181-182, janvier-avril 2016.
Cette livraison de Renaissance Traditionnelle consacrée à la « classe secrète » du Régime Ecossais Rectifié, fondé par Jean-Baptiste Willermoz sur la double matrice de la doctrine de la réintégration de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers de Martinès de Pasqually et de la Stricte Observance Templière, est incontournable par son apport historique. C’est en effet la publication la plus complète disponible aujourd’hui sur le sujet de la Grande Profession.
Les pièces publiées ici proviennent du Fonds Bernard-Frédéric de Turckheim principalement ou du fonds Jean-Baptiste Willermoz de la Bibliothèque municipale de Lyon. Le fonds Turckheim fut découvert par Antoine Faivre et constitue un complément considérable du fonds Willermoz.



Voici le sommaire de ce numéro : Avant-propos de Pierre Mollier –   Histoire d'une découverte par Antoine Faivre – La carrière d'un Grand Profès à travers les documents du fonds Bernard-Fréderic de Turckheim, complétés de documents de la B.M.L. par Thierry Boudignon et Jacques Rondat –  Une vue des pratiques occultes à travers l'odyssée des Archives de J.B. Willermoz (1756-1956) par Paul Paoloni – La Grande Profession dans l'histoire du Régime Écossais Rectifié, par Roger Dachez – Notes de lecture par Pierre Lachkareff.
L’étude des documents permet de mieux comprendre la genèse du Régime Ecossais Rectifié et la fonction, plus ou moins établie, de la Grande Profession. Jean-Baptiste Willermoz voulait clairement préserver la doctrine de la réintégration mais il demeure ambivalent sur les pratiques conduisant à cette réintégration. S’il reste finalement attaché à la théurgie des élus coëns, il est aussi conscient que cette théurgie, si complexe et difficile à mettre en oeuvre, n’est ni accessible à tous, ni une panacée. La question des praxis reste ouverte et c’est tant mieux.
Paul Paoloni essaie de cerner avec beaucoup de nuances les contextes traversés par la Grande Profession, en tant que classe ultime du RER, mais aussi, les archives, qui ont leur propre vie, ce qui lui permet d’interroger la notion de légitimité et de filiation dans un milieu où règne l’hypertrophie de la filiation historique et linéaire au détriment du travail initiatique, affranchi lui de chronos.
On ne peut que regretter la condamnation, peu nuancée cette fois, de Robert Ambelain par Roger Dachez qui lui reproche son « esprit d’amalgame si caractéristique (…) empilant sans vergogne les filiations les plus diverses et les structures initiatiques les plus dissemblables », évoquant un « maître de la confusion ». C’est oublié le contexte de cet amalgame qui a permis de sauvegarder nombre d’ordres aujourd’hui de nouveau séparés et autonomes, grâce à l’action insistante de Robert Amadou, et les grandes qualités de ritualiste et d’opératif du Frère Ambelain. Il faudra un jour écrire un hommage de réparation à Robert Ambelain comme il fallut le faire pour Papus, comme il fallut le faire aussi pour Philippe Encausse, le fils de Papus.
Cette remarque mise à part, l’apport de ce numéro de RT à l’histoire du Régime Ecossais Rectifié est indéniable et il convient de souligner la proposition très pertinente de Roger Dachez quant à l’avenir de la Grande Profession :
« L’énoncé du problème se pose donc en termes simples, aujourd’hui comme hier : ni grade « sommital », ni ordination sacerdotale, ni consécration épiscopale, comme quelques ignorants et quelques égarés l’ont cru, prétendu, ou ont tenté de le faire accroire, la Grande Profession, très dépouillée dans sa forme, a été conçue pour exercer une fonction essentielle et même exclusivement doctrinale. Willermoz et ses amis, el leur temps, ont estimé qu’il revenait à un groupe d’hommes choisis à cet effet, soigneusement préparés, dûment instruits, de la conduire dans le plus rigoureux secret. L’avenir leur a-t-il donné raison ? 
Force est de constater que ce projet, à la lumière d’une histoire que nous connaissons désormais assez bien, s’est clairement soldé par un échec. »
Robert Amadou voyait dans les Grands Profès des « veilleurs » et Roger Dachez lui emprunte le pas :
L’étude des textes fondamentaux (…) devrait devenir, sous l’impulsion des Grands Profès rendus à leur véritable vocation, un aliment essentiel des travaux maçonniques rectifiés au sommet de l’édifice des grades symboliques qu’ils concernent au premier chef – soit au grade de Maître Ecossais de Saint-André. C’est la méconnaissance de ces sources essentielles qui a souvent entraîné le dépérissement du RER. Ainsi la sève vive de la doctrine, naturellement ouverte aux multiples adaptations que chacun peut ou veut en faire, irriguerait à nouveau tous les échelons du régime qui a été fondé sur elle. Les Grands Profès, sans revendiquer d’autorité magistrale, devraient en être dans les Loges les promoteurs spontanés et les répondants naturels, ostensiblement mais sans ostentation. (…) Des éveilleurs modestes et des artisans de paix : tels devraient être avant tout les nouveaux Grands Profès ».
La clarification historique, largement avancée désormais, la recherche, non plus historique cette fois, mais opérative, le tissage spirituel, sont les clefs du futur du Régime Ecossais Rectifié. Ce numéro de Renaissance Traditionnel, « beau » et « bon » numéro, nous invite à mettre en œuvre ce qui fonde et anime le Régime Ecossais Rectifié.

vendredi 26 août 2016

La Charte pour le XXIème siècle des Eglises Gnostiques

A l’occasion, en 2003,  de la célébration du bicentenaire de la disparition de Louis-Claude de Saint-Martin (1743 – 1803), le Centre International de Recherches et d’Etudes Martinistes a publié une Charte pour le XXIème siècle des Ordres Martinistes. Ce document destiné à rappeler les principes propres au courant martiniste et ses œuvres connut une large diffusion. De nombreux ordres martinistes, loges ou cercles, ont su s’approprier ce document comme outil de travail.

A la même époque, le CIREM décida de rédiger un document similaire pour le mouvement des églises gnostiques. Le projet, longtemps mis de côté, fut repris ces derniers mois pour aboutir à une Charte pour le XXIème siècle des Eglises Gnostiques que vous trouverez ci-dessous. La charte est également disponible en anglais, espagnol, portugais, italien.


Charte pour le XXIème siècle
des Églises gnostiques

En hommage à T. Jacques (Robert Amadou[1])

Introduction


Tout au long du siècle passé, l'histoire des Églises gnostiques demeura riche et mouvementée. En marge de l’Ordre martiniste fondé par Papus et tout comme lui, l’Église gnostique se ramifia en de nombreuses branches, cette arborescence fut le fruit du principe même du mouvement gnostique composé de communautés libres.
Les Églises et Cercles gnostiques furent tout au long du siècle passé des creusets qui permirent aux courants illuministes, occultistes et hermétistes de perdurer ou de s'épanouir. La liberté, la tolérance, l'esprit de recherche qui dominèrent, malgré quelques inévitables vicissitudes, ce mouvement sans cesse renouvelé, permirent à de nombreux questeurs de se retrouver, indépendamment de leurs chemins particuliers, dans un véritable compagnonnage.
Le mouvement gnostique des Églises sut aussi accueillir en son sein d'autres courants pour les préserver et les aider à connaître un nouveau développement.
Aujourd'hui, afin que cet état d'esprit demeure, pour que ce qui est vivant ne devienne pas figé, sont inscrits dans cette Charte pour le XXIème siècle des Églises gnostiques, les principes simples qui ont contribué à leur rayonnement.
L'adoption de cette Charte est libre, elle ne confère aucun droit, seulement les devoirs qui découlent de l'éthique. Nul n'aura à en rendre compte, si ce n'est à soi-même et à la Providence.

Source : CIREM. Copie encouragée.


1- Est gnostique, celui qui a reçu le Saint Esprit, ce vent féminin, à la fois souffle et feu.
2- Est chrétien, donc « vivant », celui qui baigne dans le feu de l’Esprit, et en qui oeuvre ce feu. Se laissant travailler par lui, il se dirige vers l’homme total, l’homme achevé, c’est-à-dire l’Homme.
3- La Gnose ou Connaissance est antérieure à l’apparition du christianisme. Elle peut être définie comme « la connaissance de Dieu en moi et de moi, en Dieu », ou « de la transcendance dans l’immanence et de l’immanence dans la transcendance ».

4- La Gnose n’est par nature ni dualiste ni non-dualiste même si les expressions gnostiques temporelles sont nécessairement marquées par un dualisme fonctionnel.

5- L’Église présente un aspect communautaire et un aspect individuel. Elle est la communauté des hommes et des femmes en marche vers leur déification. Elle est simultanément une réalité intérieure, expérience de l’action déifiante de chaque être par l’Esprit Saint.

6- L’Église réelle préexiste en Christ avant toute expression institutionnelle. Qu’il s’agisse des « grandes » églises ou d’organisations plus discrètes, ces manifestations visibles sont des églises de désir, et non des lieux humains qui détiendraient une vérité exclusive. 

7- Les ministères, ordonnés dans l’Esprit Saint, transmis dans la succession apostolique, légitimés par la communauté, assurés par la continuité des œuvres des Apôtres et des disciples, hommes et femmes, représentent l’unique pasteur et prêtre, le Christ. Il n’y a donc ni « nouvelle église », ni « église détentrice de rites secrets ».
8- Si L’Église réelle est invisible, elle fait signe à travers la prière, les sacrements, le baptême, l’Eucharistie et les Ecritures.
9- L’Église se réalise à travers la célébration de l’Eucharistie dans toutes ses dimensions (symbolique, alchimique, métaphysique, théurgique, sacramentelle…)
10- L’Ancien Testament et le Nouveau Testament sont intimement liés en une unité porteuse de sens. La Bible, complétée par des Évangiles apocryphes, doit être lue comme ouvrant un chemin vers le Christ.
11- Au-delà des langues et par les langues, les Écritures s’offrent en quatre sens, littéral (ou historique), allégorique (ou typologique), tropologique (ou éthique) et anagogique (ou mystique), ce dernier, transcendant et infini.
12- Les dogmes sont entendus, tout comme pour les premiers chrétiens, non comme vérités exprimées mais comme véhicules privilégiés des mystères.
13- Marie est « forma dei » (moule actif de Dieu). En méditant le mystère de Marie, le gnostique atteint l’état du métal en fusion et se jette en son sein. Ainsi s’opère la gestation de sa vie nouvelle qui annonce la déification par la grâce.
14- En Christ, Homme complet, pur et simple, tout chrétien est uni à tous les êtres et toutes les formes de vie qu’il reconnaît comme non séparés de lui-même.
15- Les Églises gnostiques constituées sont une expression éphémère, à la fois écho lointain et célébration, de L’Église réelle ou Corps mystique du Christ.
16- Le chrétien se réintègre, et en mieux, durant que s’édifie son corps de gloire par la liturgie, secondée de la théurgie et de l’alchimie, selon le protocole astrologique. Chaque jour de cette vie, son homme intérieur est renouvelé : semé psychique, il se transfigure spirituel, tandis que son âme se corporise. Il touche dès maintenant les arrhes de la vie future. Il transmue de même la matière du monde.[2]
17- Le Christ demeure en ce monde par le sang et l’eau jaillis de son flanc. Caché au monde dans le monde même qu’ils transfigurent, le calice qui les recueillit apparaît aux cœurs purs.



Écu représentant la Crucifixion du Christ
 Vitrail de la salle du Chapitre à Batalha (Portugal)
1514

Dessin Lima de Freitas




[1] Robert Amadou a largement contribué à la réflexion sur les missions des Eglises gnostiques notamment par le texte Qu’est-ce que l’Eglise gnostique ?, établi en collaboration avec T. Antoine et publié en 1996 par le Centre International de Recherches et d’Etudes Martinistes. Ce document a servi de base à la rédaction de la présente Charte, construite sur le même principe collaboratif que la Charte des Ordres Martinistes pour le XXIème siècle, proposée par le CIREM à l’occasion du bicentenaire de la disparition de Louis-Claude de Saint-Martin.
[2] D’après un passage du livret De la Sainte Science de Robert Amadou.

vendredi 19 août 2016

La Stricte Observance Templière

Le baron de Hund et la Stricte Observance Templière d’André Kervalla, La Pierre Philosophale Editions.

La Stricte Observance Templière constitue l’un des vecteurs de la création par Jean-Baptiste Willermoz du Régime Ecossais Rectifié.
Le baron allemand Charles de Hund, à l’origine de la Stricte Observance Templière, dans une période complexe de l’histoire maçonnique et de l’histoire tout court, est une personnalité particulièrement intéressante, très controversée, parfois accusée, à tort, de tous les vices.
André Kervella, auteur de nombreux travaux historiques sur la Franc-maçonnerie cherche à répondre à cette question : pourquoi les membres de la Stricte Observance Templière furent amenés à se prétendre « héritiers des anciens chevaliers du Temple, sous l’autorité de Supérieurs Inconnus ». On sait que Willermoz trancha radicalement, et avec sagesse, cette question en renonçant à cette prétention dans le cadre du Régime Ecossais Rectifié.
Le travail d’André Kervella est important non seulement pour la période considérée, la deuxième partie du 18ème siècle, mais elle le demeure jusqu’à nos jours pour au moins deux raisons. L’idéal templier, indépendamment de la référence à l’Ordre du Temple historique perdure en Franc-maçonnerie. Le fantasme pernicieux de la prétention à une filiation historique avec l’Ordre du Temple n’a jamais cessé de polluer la scène ésotérique européenne et mondiale.



André Kervella note d’emblée que l’incapacité de la littérature maçonnique a distingué entre l’histoire des faits et l’histoire des idées, deux niveaux logiques différents exigeant des méthodologies et des analyses différentes, même si complémentaires, a exacerbé les polémiques quant aux motivations et aux références du baron von Hund.
Le projet du baron est presque concomitant à  l’apparition des grades dits écossais au début du 18ème siècle or cette apparition reste difficile à analyser en raison d’une documentation encore insuffisante et d’un contexte socioculturel et politique mouvementé. La naissance de la Stricte Observance Templière ne peut être séparée de la question stuartiste alors épineuse.
On sait aujourd’hui qui a remis au baron Charles de Hund sa patente et d’où lui venaient ses prétentions templières. André Kervella démontre aussi que qi la question stuartiste ne peut être ignorée, la SOT ne participe pas d’un complot stuartiste. Il met en évidence le rôle obscur et très politique du comte Marischal dans cette aventure. Il cerne la question de l’influence jacobite.
L’un des grands intérêts de l’ouvrage, outre l’apport historique très étayé est de contribuer à la compréhension de la construction du mythe ou à ses glissements et de poser les bonnes questions.
« A l’analyse conclut-il, c’est plutôt la notion de filiation qui suscite des difficultés. Dès qu’une institution est fondée, d’ailleurs sans avoir eu le temps de parachever son discours sur la pseudo-tradition dont elle se réclame, elle peut en créer d’autres et ainsi de suite, selon le système des loges filles qui a connu une belle expansion dans la première moitié du dix-huitième siècle ; elle peut aussi s’exposer à des vicissitudes diverses, avec d’éventuels sommeils, des discontinuités plus ou moins brutales. Quand un réveil ou un redressement se produit, ceux qui le provoquent ont tendance à se dire autorisés. Mais au nom de quoi et de qui ? Surtout, après de longues décennies, puisque l’époque a changé, ils ne sont plus dans l’imitation pure et simple de leurs prédécesseurs allégués. Ont-ils cependant des archives, des documents, qui se lisent comme un testament ? Dans l’affirmative, on les reconnaît effectivement comme des héritiers. Dans la négative, ils attirent le soupçon. D’où l’importance des patentes et autres chartes de constitution. (…)
On en conclut que, de métamorphose en métamorphose, la tradition templière, notamment dans sa composante éthique, peut fort bien avoir des émules aujourd’hui, les qualités chevaleresques étant érigées en paradigme. En revanche mieux vaut laisser aux illusionnistes l’argument de la filiation. Il était jugé capital à l’époque de Hund. C’est pourquoi on faisait grand cas de la liste fournissant sans interruption le nom des grands maîtres supposés avoir dirigé l’Ordre après la mort de Jacques de Molay. Rien ne permet aujourd’hui de lui accorder la moindre valeur. Tout porte à penser que les jacobites n’y croyaient pas non plus, et sans doute le facétieux Marischal dont les excursions dans le romanesque suffisaient à combler les libertés de son imagination. »
Cette nouvelle contribution à l’histoire de la maçonnerie templière clarifie nombre de points historiques mais aussi les enjeux tant sur le plan des communautés maçonniques concernées que sur la possibilité d’un rapport individuel lucide et créatif à la question templière.