mercredi 23 mai 2012

Eve et Marie


Marie, la nouvelle Eve de Jean Hani, Editions Arma Artis.
La théologie classique oppose souvent Eve et Marie. Les deux femmes sont antithétiques et manifestent les deux temps des mystères du christianisme que sont la chute et la rédemption. Dans cet essai bref mais de grande qualité, Jean Hani traverse la dualité  Eve/Marie pour identifier les fonctions opératives essentielles et complémentaires dont elles sont porteuses.
Pour cela, il identifie les traits partagés ou parallèles entre Marie et Eve avant d’insister sur Marie comme Co-rédemptrice. Marie est la Sophia, la Sagesse. Femme absolue, originelle et ultime, elle manifeste l’Eternel Féminin.
« Marie, précise Jean Hani, est la « Nouvelle Eve », parce que, en sa manifestation terrestre, elle est le principe féminin resté pur et vierge, parfaitement uni à son prototype éternel, et par là, elle est devenue le signe visible et efficace de la réintégration, dans ce principe féminin supérieur, du principe féminin dégénéré.
On voit par là que la régénération d’Adam ne pouvait se faire qu’avec et par la régénération d’Eve, qui avait été la cause de sa propre chute. »
Jean Hani cite alors le Père Boulgakov pour qui « la théanthropie est réalisée, non par Jésus seul, mais par Jésus et Marie ; la Rédemption, dit-il, ne peut se faire que par l’Homme et la Femme, afin de reprendre l’état d’avant la Chute et le redresser. »
La co-rédemption est une co-création. Jean Hani invite à une lecture métaphysique du mythe et va encore plus loin dans le non-dualisme, à la recherche de « l’état où homme et femme ne sont pas séparés ».
Il livre ainsi une clef des opérativités inscrites dans les liturgies :
« Si on envisage les choses du point de vue métaphysique, on constatera que le couple théanthropique est le reflet, dans l’ordre cosmique, qui est celui de la Rédemption, de la Dyade divine ou Bi-unité divine, c’est-à-dire le Dieu créateur et la Nature universelle, désignés en Inde sous les noms de Purusha et Prakriti, Bi-unité qui se reflète dans l’Androgynie primordiale, l’image de Dieu en l’homme (Gn 1, 27), qui s’explicite, en sa manifestation dans l’ordre visible, dans le couple virginal de l’Homme et de la Femme. (…)
Ce parallèle n’est pas sans rapport avec la doctrine hébraïque de la Shekhina, qui se réfère autant à Marie qu’au Christ. La Shekhina désigne essentiellement en Dieu le Principe féminin actif de la manifestation et, par là, correspond au concept hindou de Shakti. Comme telle la Shekhina est appelée la « Mère d’En-Haut », la « Matrona » et la « Reine ». Comme « Reine », elle s’unit au « Roi », le Principe masculin, pour établir, ou rétablir, l’ordre cosmique… »
Jean Hani note le double aspect de cette puissance, gracieuse, tendre, joyeuse et bienveillante mais aussi terrible, rectifiant ce qui doit l’être.
Cet essai, très synthétique, démontre en quoi il n’y a pas d’initiation sans l’intervention de la puissance du Féminin.
Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.


lundi 23 avril 2012

Les Nombres



Lumières des nombres dans le Nouveau Testament de Luc de Goustine, Editions Arma Artis.
Nous savons l’importance que le philosophe Louis-Claude de Saint-Martin accordait aux nombres. Luc de Goustine remarque que « le nombre oscille entre deux statuts : celui qui le répute anodin ou décoratif, et celui qui l’intègre sans sourciller dans la formulation essentielle des plus hauts mystères. « Purement «  symboliques en esprit et en vérité, les nombres seraient alors les plus purs symboles que délègue vers nous la Sagesse éternelle… »
La finalité de ce livre tout à fait remarquable est le retour à l’Un, la permanence de l’Un, l’évidence de l’Un malgré l’apparence multiple : « La logique de Dieu, c’est d’abord cela : le retour au un, la priorité du UN, celle de l’être sur tous les avoirs du monde, fussent-ils riches à myriades. »
La puissance de ce livre réside dans la mise à l’écart des codes préétablis, traditionnels ou philosophiques, fussent-ils issus des hautes sagesses comme la kabbale. Luc de Goustine invite le lecteur à avancer vierge dans le monde des nombres en mettant côte-à-côte le bon sens et la métaphysique dans une attention soutenue de ce que propose l’Ecriture, sans rien en exclure et notamment ce qui semble anodin.
« La lecture du Nombre dans l’Ecriture commence donc tout au début comme l’enfant qui apprend le calcul compte sur ses doigts, et ce début met aux prises avec es plus hautes questions de la métaphysique de l’être –l’ontologie’ tout en restant empreint du bon sens immédiat qui permet d’approcher le réel comme un trésor à la fois donné et caché. »
Cela passe par une restauration du rapport direct avec le langage, alors que nous sommes le plus souvent dans un rapport indirect, différé, inconscient.
« L’unité, par exemple, nous dit l’auteur, n’aurait rien pour surprendre. Qu’il y ait ici ou là un lépreux, un démoniaque guéri par le Christ ; que Lui-même, Fils unique de Dieu selon le Credo, rencontre chacun de ses frères humains comme un être unique en son genre, dont son amour renforce encore l’élection particulière, voilà bien la matière première, non seulement de la Bonne Nouvelle, mais ce qui relie tous les êtres à l’existence : chacun est avant tout sensible à l’honneur d’être reconnu, individuellement identifié, constitué en personne à part, voire, comme souvent dans l’Evangile au passage de Jésus, appelé, convoqué… »
Cette reconnaissance de notre singularité annonce, et manifeste tout à la fois, la reconnaissance de notre non-séparation d’avec le Seigneur.
L’auteur guide le lecteur dans un apprentissage renouvelé du nombre. Il faut d’abord désapprendre, abandonner nos conditionnements numériques pour « entendre » :
« Mais avant d’oser comprendre, sans doute faut-il apprendre à entendre. Laissons donc un à un les premiers nombres tinter comme autant de notes d’un solfège, avant de les déchiffrer dans les phrases bibliques où ils résonnent. Ensuite, écoutons-les chanter de l’intérieur de composition plus complexes où ils se répondent en concerto ou s’harmonisent en symphonie. »
Cette praxis essentielle, qui vaut aussi pour les sons, permet de se dissocier des sens «plaqués » pour accéder au sens interne. C’est le chemin proposé par Luc de Goustine pour entendre et comprendre les douze premiers nombres  avant de relire, muni de ce nouveau rapport, six paraboles : Les talents, Le semeur, Les ouvriers envoyés à la vigne, Les vignerons homicides, Le festin nuptial, Le bon Samaritain et le cycle de la multiplication des pains.
Cette lecture spirituelle, lecture de l’Esprit par l’Esprit, invite à s’affranchir de la lettre figée pour retrouver un esprit vivant.
Editions Arma Artis, BP 3, 26160 La Bégude de Mazenc, France.

dimanche 22 avril 2012

Irène Mainguy : le grade de Compagnon


La Franc-maçonnerie clarifiée pour les initiés, le Compagnon par Irène Mainguy, Editions Dervy.
Irène Mainguy poursuit son travail de renouvellement sur les traces d’Oswald Wirth. Après l’actualisation particulièrement réussie du manuel d’Apprenti, elle poursuit, avec la même pertinence, celle du manuel du Compagnon.
C’est d’autant plus important et nécessaire que, nous l’avons souvent signalé et regretté, ce grade maçonnique est souvent négligé alors qu’il fonde le principe et l’opérativité du voyage initiatique.
Irène Mainguy s’appuie sur l’initiation professionnelle pour dégager le sens interne du grade à travers la notion de chef-d’œuvre. Elle analyse le rituel : examen du candidat, réception, symbolique des cinq voyages, de L’Etoile flamboyante, du Pentagramme, de la Lettre G, insiste sur le travail du Compagnon. Elle pointe les valeurs et les concepts philosophiques qui orientent le grade et dessinent un plan vers la réalisation de l’être. Tout au long de l’ouvrage, elle établit un dialogue entre l’externe et l’interne à travers la puissance des symboles de ce grade particulièrement riche pour qui s’y intéresse vraiment.
« Contrairement à l’enseignement profane, nous dit Irène Mainguy, celui de la chambre de compagnon ne consiste pas en une accumulation de savoir, mais en l’étude et l’approfondissement de moyens et outils symboliques pour accéder à la connaissance en pénétrant la nature des êtres et des choses avec subtilité. L’enseignement initiatique, à caractère ésotérique, a pour vocation de faire du cœur de tout initié une cité sainte ou une cité spirituelle. Il contribue à l’ouverture progressive de l’entendement et de la conscience aux plus hautes valeurs du Beau, du Bien, du Vrai et du Juste. Cela correspond à l’appréhension, à l’approche et à l’acquisition d’une conscience universelle. Cette phase de développement doit permettre au compagnon de se défier de toute subjectivité, de toute partialité de sentiments et de jugements qui sont trop souvent troublés par des conditionnements extérieurs. »
Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

jeudi 22 mars 2012

Aurea Catena Homeri

La Chaîne d’Or d’Homère. La Nature dévoilée ou la Théorie de la Nature, édition intégrale, attribuée au Docteur Anton Joseph Kirchweger, Sesheta Publications.

Voici une très belle édition de ce classique indispensable de la littérature hermétiste qu’alchimistes et rosicruciens opératifs se doivent de s’approprier. Plusieurs traductions incomplètes de cet ouvrage en trois parties furent proposées aux francophones, nous avons là le texte complet

L’Aurea Catena Homeri constitue une référence depuis l’antiquité. Echelle qui relie le Ciel et la Terre, le monde des dieux et le monde des hommes, elle exprime le fondement des voies opératives et nourrit un axe philosophique et métaphysique présent dans les différents courants traditionnels de l’Occident.

L’ouvrage est composé de trois parties, la première est accessible aux débutants qui abordent l’alchimie, la deuxième s’adresse à ceux qui travaillent au laboratoire et la troisième aux opératifs avancés qui sauront découvrir dans leurs échecs répétés les savoirs qui ne sont pas immédiatement accessibles dans les écrits.

Dans son introduction, l’éditeur décrit les spécificités de l’ouvrage :

« Une autre grande nouveauté est que cet enseignement est transmis dans les deux premiers livres, sous la forme d’une cosmogonie, et non dans le cycle traditionnel des textes Alchimiques, avec un fond radicalement Chrétien.

La structure de la Chaîne d’Or ressemble à des cours magistraux dispensés à des élèves studieux. Chaque partie du livre est une évolution théorique finissant par une ou des pratiques. Le texte est progressif et didactique, tout en étant abordable pour le plus grand nombre. C’est cet ensemble de faits qui fit dire aux descendants de la Tradition Rosi-Crucienne, qu’il s’agissait d’un cours mis par écrit pour des disciples. Tout comme le fait que des manuscrits circulèrent dans des milieux bien spécifiques pendant des années avant d’être enfin publiés. Ce cours a peut-être été écrit par plusieurs personnes à travers le temps comme le suggèrent les différentes parties. L’ensemble de ces parties formant ensuite un cursus clair et complet qui fut réécrit afin de produire ce livre.

Même s’il ne s’agit pas de la même main qui écrivit les trois parties de ce livre, il s’agit bien de la même école, du moins pour la version que nous présentons ici. »

De fait, les trois parties présentent une grande cohérence tant doctrinale qu’opérative. L’ensemble constitue l’une des pierres angulaires de l’hermétisme rosicrucien des XVIIème et XVIIIème siècles.

L’Aurea Catena Homeri eut un grand rayonnement et une grande notoriété dans les milieux opératifs germanophiles. Cette influence s’étendit jusqu’à des personnalités comme Goethe ou Jung. Cette édition française contribue ainsi au renouvellement de l’étude de ces documents de référence.

Sesheta Publications, 2 bis rue Damiette, 76000 Rouen, France.

www.sesheta-publications.com/

lundi 19 mars 2012

Franc-maçonnerie, spiritualité vivante

La Franc-maçonnerie, une spiritualité vivante de Rémi Boyer, Editions Le Mercure Dauphinois.

Nous nous demandons parfois si la Franc-maçonnerie peut encore être ou redevenir, initiatique au sens d’une quête de l’être ? En effet, la Franc-maçonnerie demeure un formidable outil potentiel de travail par le cadre qu’elle garantit.

Une enquête lancée auprès de Francs-maçons de diverses obédiences francophones a livré des résultats intéressants. Les réponses ont montré qu’une majorité de sœurs et de frères attendaient de leur obédience un projet et un étayage initiatiques, que c’était une priorité même si pour plus de la moitié d’entre eux, le projet social et humaniste lui était adjacent. Les réponses indiquaient également que les sœurs et les frères étaient en attente d’une pratique, à la fois personnelle et de loge, qu’un nombre croissant, sans renier leur engagement maçonnique initial pour la plupart, se tournaient vers de petites obédiences maçonniques plus fermées, vers le bouddhisme, l’orthodoxie, les arts martiaux… pour trouver cet axe pragmatique susceptible de les conduire au-delà des colonnes.

Le chantier est ouvert d’une construction ou d’une reconstruction d’un processus initiatique maçonnique, une spiritualité vivante, et ce livre en relève le défi.

L’auteur a longuement exploré le monde des avant-gardes, des traditions initiatiques et des philosophies de l’éveil. Il œuvre notamment, dans le cadre de la Maison des Surréalistes de Cordes sur Ciel, à une nouvelle alliance entre traditions, philosophies de l’éveil et avant-gardes artistiques.

Considérant la littérature comme une forme de métaphysique, il s’est inscrit activement dans le mouvement des revues dès les années 80 et collabore depuis à diverses revues de tradition en Europe. Il est l’auteur d’une vingtaine d’essais spécialisés, notamment sur les mouvements initiatiques occidentaux, ouvrages traduits en plusieurs langues. Depuis 1992, il anime la revue L’Esprit des Choses, fondée avec Robert Amadou, spécialisée dans la philosophie de Louis-Claude de Saint-Martin, le martinisme et la Franc-maçonnerie. Il est régulièrement convié à donner des conférences et animer des séminaires sur des thèmes relatifs à l’initiation dans la plupart des pays d’Europe.

Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.

mardi 21 février 2012

Le rituel initiatique

Le rituel initiatique, outil de création et art de vivre par André Quémet, collection Les Symboles maçonniques, Maison de Vie Editeur.

Remarquable travail que cet essai sur la nature, la fonction et l’essence du rituel initiatique. Au début de l’ouvrage, l’auteur rappelle cette affirmation de l’Inde ancienne : « seul le dieu peut rendre le culte du Dieu », cette reconnaissance, double en réalité, justifie l’établissement « des liens et une circulation entre les puissances qui président à la création du monde et des hommes. »

Bien des points essentiels de l’œuvre initiatique sont identifiés par l’auteur, ainsi il identifie le passage essentiel dans le processus initiatique de « l’imitation » à « l’invention » :

« « Par le rituel di P. Dangle, on remet au présent la « Première fois », le jaillissement de la création en esprit qui engendre l’Être. »

Le rituel est un art en ce qu’il implique une expérience remontant aux origines de l’humanité et une créativité permanente : la « reproduction » de l’acte créateur primordial, le renouvellement de l’instant de l’inexplicable émergence du dieu créateur venu à l’existence de lui-même, la ré-expérimentation de l’instant de l’origine. Pour les anciens, si la création a lieu lors d’une « Première fois », elle n’est cependant pas fixée dans le temps. Il s’agit à la fois d’une création continue et répétitive, cet événement se répétant de smillions de fois, notamment lors de chaque lever de soleil. Cependant, dans le processus de création, rien n’est mécanique ni automatique ; lorsque la Lumière réapparaît au matin à l’orient, il ne s’agit ni d’un fac-similé ni de la reproduction d’une forme amoindrie, il s’agit bien de la « Première fois ».

André Quémet insiste sur la cohérence du corpus rituel, cohérence qui traduit une structure absolue :

« Une loge doit avoir une immensité de rituels, les développer, les nourrir, pour qu’à chaque moment de la vie initiatique corresponde un type de rituel. chaque rituel, ensemble complet, « jeu des perles de verre » dirait Herman Hesse, est un outil très précis pour travailler la Lumière, et doit être relié à d’autres rituels pour constituer un ensemble cohérent. L’ensemble des rituels d’une loge, fruit de longues années de recherches et d’un travail, de formulations et d’expérimentations, constitue son corpus rituel, autour duquel la pratique de l’initiation crée un véritable « esprit de corps »

« Chaque rituel est un moment de naissance communautaire. Etant un perpétuel voyage, une loge initiatique, par ses travaux, se déplace dans l’espace de la conscience. Lorsque ses membres sacralisent leur travail par un rite, ils se placent dans l’instant primordial, à la racine du Verbe. »

Le rite est vivant. Le temple vivant. Y compris en l’absence des initiés.

La reconnaissance de la discontinuité du temps, le passage du temps profane linéaire au temps circulaire du mythe, puis la traversée du temps vers le non-temps, l’ici et maintenant insaisissable sauf à l’esprit libre sont véhiculés par le rythme du rite qui va de la périphérie au centre.

Sa fonction ultime est non-humaine, hors des crispations de la personne :

« Nul pouvoir personnel ne peut être retiré de l’incarnation d’une puissance de création, car le rituel est toujours au-delà de l’humain, et personne ne peut l’accomplir pour soi. Le rite est donc précisément l’anti-pouvoir par excellence, car en accomplissant un rite, démarche fonctionnellement impossible à l’individu, on s’intègre à l’Être universel. Même si ce n’est que pendant quelques instants, cela dépasse totalement l’individu. En tant que ritualiste, les ambitions, le désir de développement personnel, la recherche du pouvoir, « briller », tout cela est dépassé puisque l’on est au service du rite, et c’est pourquoi les rites doivent être accomplis en humilité avec une grande ponctualité. »

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint Germain, 75005 Paris

mercredi 15 février 2012

La jauge, symbole maçonnique

La jauge ou la clef du chantier de Xavier Tacchella, Maison de Vie Editeur.

Il peut être considéré comme révélateur qu’à notre époque de grande confusion, la jauge, outil essentiel des bâtisseurs de cathédrale soit largement ignorée en Franc-maçonnerie. Xavier Tacchella nous rappelle qu’elle fait pourtant partie de la boîte à outils du Franc-maçon.

L’auteur nous invite d’abord à éviter une erreur commune. La jauge n’est pas la règle à vingt-quatre pouces.

La jauge, ou quine, était un outil commun aux compagnons d’un chantier. Changer de chantier c’était changer de jauge. Une nouvelle jauge était remise au compagnon à son arrivée afin que tous les compagnons d’un chantier œuvre bien à partir d’une même mesure. La jauge diffère également de la canne du maître d’œuvre même si nous y retrouvons les mêmes cinq mesures basées sur la paume, le palme, l’empan ou pan, le pied et la coudée, chaque mesure égale à la précédente multipliée par le nombre d’or, chaque mesure égale à la somme des deux précédentes (empan = palme + paume).

Cette mesure commune est pour l’auteur comme « une mémoire collective du chantier » qui garantit la construction.

Après avoir replacé la fonction de la jauge dans ses contextes historiques, Xavier Tacchella s’intéresse à la symbolique de chacune de ses mesures, main, paume, palme, empan, pied, coudée, en puisant dans la kabbale. Elle est pour lui un symbole multiple :

« Symbole de l’Inconnu car seuls les initiés peuvent la détenir.

Symbole de la Connaissance car seuls ceux qui « savent le métier » se la verront remettre.

Symbole de la Découverte car en passant de la paume à la coudée c’est l’univers entier qu’elle permet de mesurer et de découvrir. En le mettant à la mesure de l’homme, il pourra le contempler à la mesure de sa connaissance.

Symbole du Secret car celui qui la détient ne peut la « prêter » ou la donner. Il ne peut s’en défaire qu’en la détruisant ou en la remettant au Maître d’œuvre.

Elle est enfin symbole de l’Ordre car qu’est-ce qu’un ordre si ce n’est un groupement d’hommes ou de femmes acceptant de vivre selon une règle commune ? »

Maison de Vie Editeur, 16 boulevard Saint Germain, 75005 Paris.