dimanche 30 mars 2014

Le Temple de Salomon



Le Temple de Salomon de Xavier Tacchella, collection Les Symboles maçonniques MdV Editeur.
Xavier Tacchella, à qui nous devons l’indispensable ouvrage intitulé Signification des mots hébreux en Franc-maçonnerie, réalise une excellente synthèse sur le Temple de Salomon basée sur le référentiel kabbaliste.
En fin d’ouvrage, l’auteur pose la question : « Que serait la Franc-maçonnerie sans le Temple de Salomon ? » à laquelle il répond en ces termes :
« Symbole emblématique de la Franc-maçonnerie, le Temple de Salomon est l’essence même de toutes les légendes maçonniques. Il en est l’inspirateur comme le but. Il est tellement présent qu’il est parfois source d’erreurs d’interprétation. »
C’est pourquoi Xavier Tacchella livre au lecteur une organisation de pensée pour investir le Temple de Salomon, symboliquement et opérativement afin de reconstruire le Temple.
« Comme l’explique Jean-Baptiste Willermoz, nous rappelle l’auteur, en recevant la lumière le profane devenu Apprenti passe de l’entrée du parvis à la partie de celui-ci la plus proche du Temple, appelée le Porche ou Oulam. C’est là que nous travaillons. Au quatrième grade du Rite Ecossais Rectifié, le Maître Maçon est reçu sur les ruines du premier temple. C’est là que le Martinisme prend son essor mais le Maçon, comme son nom l’indique, se limite à la construction.
Mais quelle construction !
La réédification mystique du Temple intérieur en vue de la création d’une société idéale, une société de Frères ! »
Xavier Tacchella commence son travail par l’étude des données bibliques sur le Temple puis des données historiques avant d’aborder sa symbolique : les parvis, la mer d’Airain, l’Oulam, le Hekal avec la Ménorah, la table des pains de proposition, l’autel des parfums, le Debhir ou Saint des Saints et l’Arche d’Alliance…
Il évoque le Temple de Salomon comme représentation du corps de l’homme appelé à une divinisation glorieuse.
« Aborder le Temple, dit l’auteur, c’est comme se préparer à une nouvelle Création :
Tout comme le dit le Bereshit de la Genèse :
Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre.
Or la terre n’était que solitude et chaos ; des ténèbres couvraient la face de l’abîme, et le souffle de Dieu planait à la surface des eaux.
L’Oulam où nous séjournons correspond aux eaux primordiales, nous sommes en gestation, nous nous préparons à naître au nouveau monde. Comme un fœtus se développe dans le sein de sa mère, le Maçon se développe au sein de la Loge jusqu’à atteindre la perfection.
Parfaits, nous évoluerons dans le Hekal, sur la terre nourricière et, à la fin de notre séjour, nous pénétrerons dans le Saint des Saints, les cieux demeure des Dieux. (…)
C’est pourquoi nous nous réunissons dans le porche et non dans le Temple. Celui-ci n’existe pas encore. Il n’existera que le jour de la pose de la dernière pierre.
Ce jour-là l’édifice deviendra Temple, ce jour-là, le lieu sera sacralisé.
Jusqu’à ce moment, il ne sera que chantier. »
L’étude des noms hébreux et de la valeur des lettres introduit à une connaissance du Temple de Salomon en rendant vivant le symbolisme du Temple et de ses différentes parties.
MdV Editeur, 16 bd Saint-Germain, 75005 Paris, France.

samedi 22 mars 2014

Rose-Croix d'Or d'Ancien Système



Initiations, instructions et pratiques alchimiques des Rose-Croix d’Or d’Ancien Système introduits par Fred MacParthy, Sesheta Editions.
Tous ceux qui ont eu l’opportunité d’étudier le Thesaurus Thesaurorum des Rose-Croix d’Or connaissent l’importance de ce courant hermétiste qui connut une profonde influence. Aujourd’hui encore.
En 1710 paraît à Breslau un ouvrage de Samuel Richter, disciple de Paracelse et de Boehme, qui signe Sincerus Renatus. Cet ouvrage se termine par les 52 règles de La Profession des Rose Croix d’Or, antérieure à Samuel Richter. L’ouvrage s’inscrit d’ailleurs dans une continuité traditionnelle, empruntant à des écrits rosicruciens antérieurs. Les Rose-Croix d’Or furent présents dans de nombreux pays européens et semblent avoir été particulièrement tolérants en matière religieuse.
Les descendants de la Rose-Croix d’Or considèrent, non sans raison, que les célèbres manifestes de 1614, et 1615, autour du personnage mythique de Christian Rosenkreutz, attribués au cercle de Tübingen, furent écrits par des dissidents des cercles de la Rose-Croix d’Or. Kabbale, théurgie, alchimie, externe et interne, comme le montre le Thesaurus Thesaurorum, tiennent une place importante dans cet enseignement.
Il y a souvent confusion entre ce courant ancien et l’Ordre des Rose-Croix d’Or d’Ancien Système qui apparût au milieu du XVIIIème siècle, sans doute la première organisation rosicrucienne empruntant le modèle structurel maçonnique. Ce système se développe en Allemagne à travers la Stricte Observance Templière. L’enseignement est proche de celui de L’ordre des Philosophes Inconnus du Baron Tschoudy (1727-1769) et puise aussi dans les enseignements alchimiques des Rose-Croix d’Or du XVIIIème siècle. L’ordre est structuré en 9 gardes, structure qui inspirera nombre de sociétés rosicruciennes postérieures même si celles-ci ne peuvent prétendre, comme la Golden Dawn, à une quelconque filiation. Le positionnement conservateur et nationaliste de l’Ordre engendra nombre de conflits, extérieurs mais aussi internes. Ils s’opposèrent à une Franc-maçonnerie moderniste pour défendre une vision traditionnelle du monde.
Ces conflits et ces évolutions donnèrent naissance à deux mouvements  très intéressants, Les Frères de St Jean l’Evangéliste d’Asie et d’Europe, autour de Hans Heinrich von Ecker und Eckhoffen (1750-1790) et Franz Thomas von Schoenfeld (1753-1794). Ce courant sera plus kabbaliste, proche de la kabbale d’Isaac Louria qu’hermétiste. Très intéressant également sera La Rose-Croix d’Or d’Ancien Système Russe ou Degré Théorique, autour de Nicolas Novikov (1744-1818). Leur activité culturelle sera considérable et leur visibilité leur vaudra de nombreuses hostilités dont celle de l’Eglise Orthodoxe Russe. Novikov et ses amis seront à l’origine de ce que l’on appellera plus tard le martinisme russe.
Après l’introduction historique détaillée de Fred MacParthy, le livre rassemble le texte de l’Initiation au second degré de Theoreticus II° et les instructions du grade, à caractère principalement alchimiques. Suivent Le Grand-Œuvre Minéral de l’Ordre des Rose-Croix d’Or d’Ancien Système. Instructions spéciales concernant les Opérations du Grand-Œuvre minéral aux grades de Practicus III°, Philosophus IV° et Minor V° puis Instructio Mysterii Magni Descriptio Hoc Est : Lapidus Mineralis Praeparatio in Via sicca. Ex Philosophica Deisciplina cum Concordia Fratrum Roseae Aureae crucis qui traite de la Pierre minérale par la Voie Sèche.
Sesheta Publications, 2 bis rue Damiette, 76000 Rouen.

lundi 24 février 2014

L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin



L’Eglise et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin de Jean-Marc Vivenza, Editions La Pierre Philosophale.

C’est un travail considérable que nous propose Jean-Marc Vivenza, peut-être le meilleur, tout au moins le plus nécessaire, du côté des traditions occidentales et de cet illuminisme qu’il défend depuis des années, parfois même avec véhémence.
Il y a deux livres en un, qui se distinguent d’ailleurs physiquement, l’un se trouvant en dessous de l’autre, page après page, dans un appareil de notes impressionnant.
Le premier livre éclaire la conception et l’expérience du sacerdoce chez Louis-Claude de Saint-Martin d’après les écrits du Philosophe Inconnu. Le second livre consiste en un commentaire érudit et personnel de l’auteur sur ce sacerdoce interne, finalité de la queste chrétienne. Les deux ouvrages sont dignes d’intérêt. Leur juxtaposition donne à penser. Nous connaissons tous, le lieu intellectuel et spirituel, souvent origèniste mais pas seulement, d’où écrit Jean-Marc Vivenza, à travers l’ensemble de ses livres et à travers les très nombreux blogs qu’il anime sur la toile. Si nous ne le suivons pas toujours, notamment sur ses condamnations excessives et passionnées de la théurgie, simple temps, ni obligatoire, ni nécessaire mais parfois utile comme toute forme, dans un procès initiatique qui conduit au dépouillement et au sans forme, nous reconnaissons l’apport qu’il réalise au courant illuministe qui, disons-le, se porte plutôt bien de nos jours, dans ses constances et dans ses éclats.

Nous le savons, Louis-Claude de Saint-Martin est un être d’exception par ses écrits certes, plus encore par sa vie. Il a vécu en théosophe. Jean-Marc Vivenza nous rappelle la place essentielle qui est la sienne au sein du courant illuministe :

« Le Philosophe Inconnu fut pénétré, apparemment avec une réelle constance, d’une vision singulièrement originale, vision certes nourrie par ses propres analyses qu’il eut largement le temps de méditer depuis sa première initiation à Bordeaux, et d’exposer en différentes occasions, mais également, significativement inspirée par une volonté de retour à un christianisme purifié et authentique. Et, à cet égard, Saint-Martin, à la suite de Pasqually (+ 1774), Nicolas Antoine Kirchberger, Karl von Eckhartshausen (1752-1803), Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) et bien d’autres encore, est le pur héritier, à divers titres de ce courant invisible présent depuis des siècles au sein du christianisme, et ce dans l’acception de sa vocation johannique, silencieuse, discrète et réservée, qui, de par sa secrète et intérieure présence, est en sympathie avec les multiples tendances prônant une relation directe avec les régions célestes, un cœur à cœur immédiat et intraduisible entre l’homme et Dieu, cœur à cœur que l’on peut définir, sans forcer les règles de la rigueur terminologique, comme étant de nature « ésotérique », c’est-à-dire voilé et inconnu du plus grand nombre… »

Il existe chez Saint-Martin une voie directe qui passe par l’affranchissement des dogmes, des enseignements, des organisations, des formes et des considérations de toute nature, une Sagesse :

« Cette « Sagesse », précise Jean-Marc Vivenza, que le Philosophe Inconnu avait nommée « Sainte Sophie », celle qui fait de chacun d’entre nous des « amis de Dieu », se dévoile dans l’interne, dans le cœur de l’homme, là où elle enfante en ce centre mystique, et il l’est de par sa relation au mystère, le Verbe. On comprend donc l’importance de se recentrer sur cette « région » essentielle, d’où prend sa source et son développement, la voie d’union avec le Ciel, car c’est là, en ces domaines éclairés seulement par la lumière incréée, que l’âme réalise son union avec le divin, et célèbre, loin des formes et des cérémonies externes, le culte de l’Eternelle Alliance. »

Jean-Marc Vivenza met en évidence les principes qui véhiculent cette Sophia. Si « Le sacerdoce réel est en relation avec le Culte invisible » pour Saint-Martin, cela s’accompagne d’une « constante critique du sacerdoce visible ». Il y a chez Saint-Martin « une théologie de la grâce » qui prend tout son sens quand l’homme se trouve, consciemment, face à « deux abîmes : d’un côté l’abîme de la miséricorde, de l’autre l’abîme du péché ». En effet, « la grâce divine opère l’œuvre de régénération de l’âme. (…) L’homme doit naître, ou plus exactement renaître en grâce, il doit être transformé, et surtout, et en premier lieu, se laisser renouveler et purifier par la grâce… ». Il existe pour Saint-Martin, une doctrine intérieure vivante, à laquelle les ministres de l’Eglise n’ont plus accès, qui ne peut être énoncée, puisqu’elle relève exclusivement de l’interne et de l’intime, mais dont on peut témoigner. Là réside le christianisme originel. Cette « doctrine occulte » est notamment inscrite, en creux, dans certains passages obscurs de l’Ecriture. Ceux qui peuvent, savent, accéder à cette dimension interne constituent l’Eglise intérieure, informelle, et participent au véritable sacerdoce. Sévère envers l’Eglise visible, Saint-Martin n’aura de cesse d’appeler au « Ministère de l’homme-esprit », un ministère libre, réponse à « une magnifique invitation faite à l’homme, de vivre dans l’intime communion de Dieu et du ciel ».

Après avoir mis en évidence « les cinq dégradations successives de l’Eglise », Jean-Marc Vivenza caractérise, autant que faire se peut, « l’Eglise intérieure ou la communauté de la lumière ». Elle est « fondée », ce qui peut surprendre, par la Parole, qui résonne dans le cœur de l’homme, selon une « opération de l’Esprit ». « L’Eglise intérieure forme la communauté des âmes régénérées en Christ, la « communauté de la lumière », selon l’expression que Karl von Eckhartshausen (1752-1803) emploie dans La Nuée sur le sanctuaire (…) c’est cette Eglise qui avait été annoncée par le Christ, c’est cette assemblée qui s’était cachée et préservée en son cœur évidemment, dans laquelle se trouvent conservées la vraie religion, la pratique du culte et les connaissances mystérieuses réservées aux élus de l’Eternel. »

Remarquons ici la parenté de pensée entre Saint-Martin et Swedenborg, le savant et voyant suédois, dont la Nouvelle Eglise (qui n’était pas destinée dans sa pensée à devenir une organisation) évoque bien l’Eglise intérieure.

Nous avons, dit Jean-Marc Vivenza, à enfanter cette Eglise intérieure, « Eglise selon l’Esprit », dans la continuité du sacerdoce primitif, par un pur abandon. Il s’agit de laisser libre la place et nous retrouvons ici certains présupposés des voies du Corps de Gloire. Nous sommes bien aux fondements de la Tradition quand l’auteur insiste sur « cette possible régénération accomplie dès maintenant, non dans un état qui doit succéder à la mort, mais à chaque heure de notre vie présente ». L’eucharistie est donc intérieure, tout comme le baptême, « baptême de régénération reçu intérieurement, uniquement par le biais du compagnon fidèle, de l’ami angélique, qui nous accompagne dans notre chemin en ce monde ».

Cet imposant travail (plus de 500 pages) est une opportunité pour tous ceux qui cherchent cette voie directe saint-martinienne, caractéristique du christianisme primitif, de l’approcher comme « un sacerdoce spirituel selon l’esprit du christianisme ».

Editions La Pierre Philosophale, C3 Les Acacias, 17 avenue Eisenhower, 83400 Hyères, France.

700ème anniversaire du martyr de Jacques de Molay



700ème anniversaire du martyr de Jacques de Molay, dernier Grand-Maître de l’Ordre du Temple.



Le 18 mars 2014, à l’occasion du 700ème anniversaire du martyr de Jacques de Molay, Grand-Maître de l’Ordre du Temple, de nombreuses commémorations et autres manifestations se répéteront sur tous les continents. Cette date signe pour beaucoup la disparition de l’Ordre du Temple mais le souvenir templier demeure entre histoire, nostalgie et fantasme.


Certains rites maçonniques templiers profiteront de cette date pour répéter leur attachement à l’idéal chevaleresque. Rappelons que l’hypothèse d’une filiation templière historique au sein de la Franc-maçonnerie, hypothèse écossaise, n’a jamais été établie scientifiquement. Quand bien même, elle le serait, il faudrait se poser la question de son intérêt initiatique, très contestable.


Jean-Baptiste Willermoz a parfaitement synthétisé la situation lors du Convent de Wilhelmsbad en 1782 :


 Acte de «Renonciation» de restauration de l’Ordre du Temple (Convent de Wilhelmsbad – 1782)

Dans la dixième séance du 29 juillet du Convent de Wilhelmsbad, revenant sur les questions par lui soulevées lors de la huitième séance du 25 juillet, Jean-Baptiste Willermoz déclara solennellement :


« Je conclus de tout ce que j’ai avancé dans ce Mémoire sur les trois premières questions qui font partie de ma motion du 25 ou de la 8e séance :


 I – Que nous n’avons aucun intérêt à la restauration de l’Ordre des Templiers relativement aux possessions & richesses qui lui ont été enlevées ; mais qu’en qualité de Maçons désireux de participer aux connaissances scientifiques dont il paraît avoir été possesseur, nous avons grand intérêt à établir notre filiation avec lui.


II – Que le Système de filiation & de restauration relativement aux titres, richesses & possessions quelconques de cet Ordre est absurde, ridicule & illicite, que nous n’avons pas le moindre titre à produire pour le soutenir.


III – Que, quand même ce Système serait fondé sur des titres incontestables, il serait imprudent, nuisible aux progrès de l’Ordre maçonnique, & même très dangereux pour ledit Ordre & les individus qui le composent, d’avouer, soutenir & favoriser en aucune manière la continuation de ce Système, qu’au cas qu’aucune Société particulière connue ou inconnue voulût tenter de réaliser en aucune manière le Système de restauration effective, nous ne devons y prendre absolument aucune part, & même que nous devons rompre toute espèce de liaison avec cette Société s’il en existait quelqu’une.


IV – Que le Convent Général de l’Ordre devra faire insérer dans ses actes une déclaration obligatoire pour tous ceux qui y seront représentés, nette & précise sur cet objet.


V – Que la filiation des Maçons avec l’Ordre des T. relativement aux connaissances scientifiques de la Maçonnerie étant établie par une tradition constante & universelle, & prouvée par des monuments & témoignages authentiques, il est utile & nécessaire de conserver ou d’établir une connexion intime entre l’Ordre maçonnique & l’Ordre du T. de la manière la plus convenable & la plus propre à favoriser les progrès des Maçons dans leur but scientifique, sans donner aucune inquiétude raisonnable aux Gouvernements politiques.


VI – Je prie le Convent Général, au nom du Grand Chapitre Provincial d’Auvergne, de me donner acte de mes conclusions sur les trois susdites questions. »


 Concernant les survivances éventuelles, elles sont évidemment possibles sous des formes diverses.

Le templarisme portugais est en cela exemplaire, le Portugal ayant accueilli de nombreux templiers en fuite, comme il l’avait déjà fait pour les cathares. L’Ordre du Christ, tout d’abord, a intégré de nombreux Chevaliers de l’Ordre du Temple mais en dehors de cette survivance très officielle, il y a eu quelques transmissions familiales, Fernando Pessoa y fait allusion et une tradition templière pastorale. Des chevaliers auraient renoncé à l’épée et se seraient transformés en simples bergers. On retrouve des traces de cette tradition au moins jusqu’à la fin du XIXème siècle selon Manuel Gandra, spécialiste portugais du templarisme. Au-delà de la symbolique, très belle, de ce passage de l’épée au bâton de berger, nous serons intéressés par la permanence d’un idéal sous des formes diverses.


Le Temple fascine et continue de nourrir nombre de fantasmes et d’illusions. Les « réveils » de l’Ordre du Temple, revendiquant plus ou moins ouvertement une filiation historique se sont multipliés depuis deux siècles, certains très fantaisistes, d’autres ne manquant pas d’intérêt. Ils ont nourri le néo-templarisme qui forme aujourd’hui un univers complexe et agité, parfois générateur de drames terribles comme dans le cas de l’Ordre du temple solaire. Il convient d’être lucide face à ce milieu riche de déviances en tout genre et pauvre en initiation. 


A l’approche du 18 mars 2014, nous avons noté la préparation d’au moins seize « réveils » de l’Ordre du Temple à l’occasion de cet anniversaire, en France et sur tous les continents, jusqu’au Japon. Puissance du rêve. Certains sont des jeux de rôles présentés comme tels. D’autres revendiquent une authenticité en réalité factice.



La position de Jean-Baptiste Willermoz reste donc totalement d’actualité et doit être rappelée pour éviter de nouvelles errances, de nouveaux drames et ne pas se dessaisir de l’essentiel.



Citons, pour conclure, Robert Amadou :



Or, tout est temple, pourvu qu’un esprit y réside et tout esprit procède de l’Esprit – se fût-il rebellé, eût-il été créé par un émané _ quitte à le réintégrer, et d’abord à s’en fortifier par l’approche. Cette Présence installe la présence réelle, Gloire de Dieu, selon l’Ecriture, Shekhina, selon la tradition, qui entre dans le temple par la porte orientale, et le dédicace. Le temple de Salomon est l’archétype du Temple, et les rapports numériques de tout temple sont analogues aux siens.

C’est pourquoi les maçons doivent en priorité étudier le temple de Salomon, comme y exhorte Jean-Baptiste Willermoz ; le temple est emblème universel pour les francs-maçons, de même que pour les esséniens et les templiers. Il l’était pour les coëns extra-lucides. Il l’est en analogie, et en continuité – de quelle sorte ?, mais pour une meilleure intelligence dans le Régime Ecossais Rectifié.