dimanche 16 août 2015

Imaginaire et Franc-maçonnerie



A Rennes-le Château, le 1er août 2015, s’est déroulée avec succès une manifestation organisée par l’association l’Œil du Sphinx, à la salle municipale de la Capitelle, autour du thème de l’imaginaire et de la Franc-maçonnerie, rencontre très réussie tant la multiplication des colloques institutionnels à caractère historique, certes intéressants du point de vue de chronos, finit par assécher la recherche initiatique qui, nécessairement, s’affranchit de l’histoire qu’elle soit personnelle ou collective.



En redonnant à l’imaginaire la place qui lui convient dans la démarche initiatique, ce colloque veut revivifier une Franc-maçonnerie faussement vivante. Les deux axes de travail retenus étaient La maçonnerie dans l’imaginaire populaire et Les écrivains de l’Imaginaire qui sont « frères ». Quels sont leurs genres ? Leur appartenance se manifeste-elle dans leurs écrits ?
Après une introduction de Lauric Guillaud et Philippe Marlin, les intervenants se sont succédé :

Laurent Buchholtzer : « Un exemple de prophétie auto réalisatrice : le complot maçonnique contre le Trône et l’Autel ». Laurent Buchholtzer a voulu mesurer et analyser l’influence, réelle ou supposée des accusations de complot adressées à l’institution maçonnique à l’issue de la révolution française, accusations qui furent souvent revendiquées par les francs-maçons eux même un siècle plus tard.

Bernard Fontaine : « de Léo Taxil aux Illuminati. Le Diable au sein de la conspiration ». Bernard Fontaine a présenté l'affaire Léo Taxil comme la source la plus importante impliquant la figure de Satan au sein de la notion de conspiration et son évolution depuis l'abbé Barruel. Cette présence du Diable n'était pas nouvelle, mais elle a pris une ampleur particulière avec l'œuvre populaire de Léo Taxil influençant le mythe illuminati et ses élites diaboliques.

Georges Bertin : « Imaginaire chevaleresque etFranc-maçonnerie ». La franc-maçonnerie en ses diverses approches se recommande volontiers de la tradition chevaleresque,  les deux autres traditions convoquées étant le compagnonnage et la Bible. A la fin du 19e et depuis, les Avaloniens et l'Ordre international des chevaliers et dames de la Table Ronde mentionnent à l'inverse leurs racines maçonniques. Georges Bertin, chercheur en sociologie, socio-anthropologue, docteur en sciences de l'éducation, auteur de nombreux essais, a tenté de mettre en évidence ces croisements d'influence et leurs réceptions. 

Patrizia d’Andrea : « La franc-maçonnerie au féminin : aperçus romanesques ». Les romans de franc-maçonnerie, publiés à foison aujourd’hui, prennent naissance dans les mêmes paradigmes du XIXe siècle entre polar historique et intrigue romanesque. Patricia d’Andrea, docteur en Littératures comparées de l’Université Paris IV-Sorbonne, relève les variantes, les enjeux, les motifs autour des femmes dans le traitement du thème. Quelle est La Franc-maçonnerie des femmes décrite par les hommes, comme la désigne le titre du roman de Charles Monselet (1856) ? Et aussi, est-ce que les romans écrits par des femmes, maçonnes, s’en distinguent et comment ?

Richard Lescure : « Voyages initiatique dans l’œuvre de Jules Verne ». Richard Lescure, docteur en linguistique et phonétique - Enseignant-chercheur en sciences du langage, s’est proposé d’analyser, dans quelques ouvrages de Jules Verne, la question de la démarche initiatique telle qu’elle apparaît à différents niveaux : passage de l’enfance/adolescence à l’âge adulte, initiation symbolique, rituélique, voyages compagnonniques etc. L’œuvre de Jules Verne fut examinée sous l’angle  du scénario du voyage vers l’inconnu, la confrontation à la mort, où les héros sont exposés à des séries d’épreuves qui vont transformer radicalement l’homme « profane » et lui permettre de « renaître ».

Gilles Menegaldo : Esotérisme, occultisme et fantastique dans l’œuvre de HP Lovecraft. Gilles Menegaldo, professeur émérite de littérature américaine et cinéma, s’est attaqué a nombre de préjugés et présupposés concernant Lovecraft qui a longtemps été entouré d'un certain mystère. Son œuvre a suscité des interprétations qui se sont effondrées à la fin des années soixante avec la publication de sa volumineuse correspondance. Serge Hutin et Jacques Bergier, notamment, ont contribué à répandre l’idée d'une création lovecraftienne ésotérique, alors que l'auteur l'a voulue purement fictionnelle. Il est cependant évident que la notion de secret tient une grande place chez Lovecraft, mais elle est liée à des intentions de fiction fantastique liée à l'interdit et au savoir transgressif. Ces secrets seraient cachés au cœur des choses et pourraient être déchiffrés. Ils ne sont connus que des initiés et transmis par la tradition. Certains grimoires ou ouvrages contiendraient aussi des secrets (d’où l’importance de la « bibliothèque imaginaire » dans l’œuvre). Les héros lovecraftiens doivent décoder des signes qui mettent en cause leurs certitudes ou leur identité dans des histoires qui adoptent souvent une structure de récits initiatique.

Lauric Guillaud : « Le parcours ésotérique de Conan Doyle : de la franc-maçonnerie au spiritisme ». Lauric Guillaud, professeur émérite de littérature et de civilisation américaines à l’Université d’Angers, s’est intéressé à Conan Doyle, spiritualiste et franc-maçon, qui, à l’instar de ses contemporains (Kipling, Haggard), était loin d’être insensible à l’appel de l’occulte. Familier des sociétés discrètes ou secrètes, il en utilisa les ressorts dramatiques pour plusieurs histoires de Sherlock Holmes. Doyle entretint un rapport complexe avec ce monde occulte, entre croyance et méfiance (conspirationnisme dans La Vallée de la peur, 1915), avant de sacrifier son œuvre au spiritisme (Au pays des brumes, 1926).

samedi 1 août 2015

La Kabbale dévoilée



Les figures kabbalistiques de la Kabbala Denudata de Christian Knorr von Rosenroth, selon la Kabbalah de Rabbi Isaac Louria, traduites et commentées par Fred MacParthy, Sesheta Editions.


La Kabbala denudata ou Kabbale dévoilée est un texte majeur de la Kabbale judaïque. Compendium de textes érudits, la Kabbale dévoilée demeure difficile d’accès.




Le baron Christian Knorr von Rosenroth (1636 – 1689) qui voulait rétablir un Christianisme primitif en écartant les influences helléniques pour retrouver la singularité d’un Jésus-Christ, juif révolutionnaire. Il se tourne donc vers la Kabbale pour développer un enseignement proche de celui de l’abbé Isaac Louria (1534 – 1572) :

« Tout comme Henry C. Agrippa, nous dit Fred MacParthy, et bien d’autres auteurs, comme Jacob Boëhme dont il se sent proche, il développe à travers la Kabbale, tout un système lié à la Création et aux Mondes qui le compose, à travers ses intelligences supérieures, les âmes, les planètes, l’univers, le Macrocosme et le Microcosme, l’homme, les éléments et les métaux, plantes, etc.

Toute l’attention de la Kabbala denudata réside dans cet apport qu’il souhaite léguer au monde chrétien. »

Il étudia l’alchimie ce qui paraît très nettement dans ses écrits. Il publia d’ailleurs des traités d’alchimie. Sa doctrine s’organise autour de quatre concepts fondamentaux, le Tsimtsoum, rétractation de Dieu laissant un espace vide destiné à la création des mondes, la Chevirat ha-Kélim, brisure des vases et libération de la lumière divine en étincelles qui engendrèrent les mondes, le Thiroun, la réparation par l’homme des vases brisés et le rassemblement des étincelles pour les ramener aux plans supérieurs, le Gilgoul, principe kabbalistique de la réincarnation.

Cet ouvrage propose les seize figures kabbalistiques gravées dans le premier tome de la Kabbala denudata, une recherche de leurs origines et un commentaire de chacune basé sur les explications de Rosenroth. Ce travail permet de mieux appréhender les dimensions métaphysiques et mystiques de la Kabbale théosophique dite « moderne » dont le représentant le plus éminent est Isaac Louria.

Sesheta Publications, 5 côte de Brumare, 27350 Brestot - France.

dimanche 24 mai 2015

Enseignements Rose-Croix



Fragments d’enseignements rosicruciens. Noviviat, publiés par Fred MacParthy, Sesheta Publications.
Ce livre propose les enseignements croisés entre la kabbale, l’hermétisme et la théurgie, d’un ancien courant de la Rose-Croix qui sut rester discret au fil des siècles. En introduction, Fred MacParthy relate le procès qui conduisit au renouveau du Collegium Rosae-Crucis, appellation qui désigne extérieurement l’ordre concerné. Cette fraternité est née au milieu du XVIIIème siècle à la croisée de différents ordres rosicruciens de l’époque, constituée par des membres de la Rose-Croix d’Or d’Ancien Système, des Frères de Saint-Jean l’Evangéliste d’Asie et d’Europe mais aussi de la branche française d’une Societas Rosae-Crucis Hermetica presque inconnue. Cette création cosmopolite répondait à une nécessité de recentrage sur l’opérativité réelle que ne permet pas le grand nombre. On croise dans l’histoire de cette Société Hermétique de la Rose-Croix le Comte François de Chazal de la Genesté qui en arrivant à l’Île Maurice laissa une empreinte notable qui influença le poète-mage Malcolm de Chazal.
Ce collège est avant tout un lieu de recherches traditionnelles porté par des valeurs :
« Les trois valeurs essentielles de l’hermétisme sont la lettre (l’étude des textes) permettant d’aborder la valeur (la connaissance des lois de la Nature et de l’Univers) toutes deux animées par le cœur (la recherche de l’amour divin, en soi comme en dehors de soi). »
Comme tout collège à vocation exclusivement interne, le Collegium Rosae-Crucis fut confronté à la question d’une propédeutique efficace permettant d’écarter chez les candidats potentiels les travers de besoins excessifs d’appartenance ou de reconnaissance, les adhérences et identifications diverses, fruits des conditionnements, les ignorances multiples, voire les superstitions, y compris celles inhérentes à la modernité. Les cours du noviciat proposent ainsi un « désapprendre », indispensable pour approcher l’essence de la voie, associé à une réconciliation qui autorise la « tranquillité » sans laquelle aucune œuvre n’est envisageable.
Les neuf cours du noviciat posent ainsi le cadre d’un véritable travail, apportant un certain nombre de rectifications, éclairant des points traditionnels obscurs et pointant toujours l’essentiel qui relève de l’interne.
Ce livre est d’une grande richesse.
Sesheta Publications, 2 bis rue Damiette, 76000 Rouen.

samedi 25 avril 2015

Camille Savoire



Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie de Camille Savoire, présentation de Jean-Marc Vivenza, collection Archives et documents maçonniques, La Pierre Philosophale Editions.
Camille Savoire (1869-1951) est une personnalité essentielle du Régime Ecossais Rectifié au XXème siècle. Quelque peu oublié, il méritait cette réédition très commentée alors que nous fêtons le 80ème anniversaire du « réveil » du R.E.R. en France qui s’opéra en mars 1935 par la constitution du Grand Directoire des Gaules, après un premier « réveil » avorté en 1911 dans le cadre du Grand Orient de France.



Dans une préface très étayée, Jean-Marc Vivenza retrace la carrière étonnante de Camille Savoire et rappelle la complexité des contextes, historique et maçonnique qui, tantôt empêchèrent tantôt favorisèrent le réveil français du R.E.R.. Ce sont plusieurs décennies de la dynamique de la scène initiatique et ésotérique française mais aussi européenne que synthétise Jean-Marc Vivenza. L’analyse qu’il en fait permet de comprendre pourquoi le Régime Ecossais Rectifié est incompatible avec le régime obédientiel comme le démontrent les difficultés récurrentes rencontrées par le R.E.R. quand il s’inscrit dans une obédience comme un rite parmi les autres.
Outre les mouvements maçonniques, le lecteur croisera dans ces pages les mouvements martinistes, rosicruciens, la résurgence de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, le développement du magnétisme ou de la parapsychologie et des organisations moins connues et aux activités plus souterraines comme l’Alpha Galates. Si certains personnages de cette longue et foisonnante période nous sont connus, d’autres comme Georges Monti ou le Père Emile Hoffet restent ignorés alors que leurs influences respectives furent déterminantes.
Jean-Marc Vivenza voit dans le livre de Camille Savoire, qui n’avait jamais été réédité depuis 1935, « un ouvrage d’actualité initiatique ». En effet si certains textes sont marqués par leur époque et par l’évolution de l’auteur vers un spiritualisme de plus en plus marqué, d’autres portent sur les fondements de la démarche maçonnique avec en particulier un essai de définition de « l’esprit maçonnique » qui anticipe le développement d’une véritable doctrine initiatique maçonnique telle qu’elle s’incarne au sein du Régime Ecossais Rectifié. En quête d’un « Criterium de Vérité dans les divers domaines de la Pensée », Camille Savoire en appelle à une remise en cause permanente de nos certitudes pour atteindre une sagesse nourrie de toutes les traditions et de tous les enseignements des initiés passés. Camille Savoire pose aussi les principes d’une éthique maçonnique qu’il veut sans faille et qui fait grandement défaut à notre époque par exemple quand il rappelle ce qu’est la vraie laïcité telle que la définissait Ernest Lavisse.
A travers ses propos, qu’ils soient de nature sociétale ou initiatique, Camille Savoire défend invariablement la liberté.
« L’Esprit Maçonnique, rappelle Camille Savoire, fait de celui qu’il anime le fervent admirateur et le prosélyte du culte d’un idéal consistant à n’admettre d’autre contrôle de ses pensées, de ses actions et de ses sensations, que celui qu’exercent simultanément dans un juste équilibre raison, intelligence et cœur. »
Editions La Pierre Philosophale, C3 Les Acacias, 17 avenue Eisenhower, 83400 Hyères, France.
www.lapierrephilosophale.com




jeudi 5 mars 2015

Historia Occultae n°6



Historia Occultae n°6, Editions L’œil du Sphinx.
Voici la sixième livraison de la revue consacrée aux microcosmes de l’ésotérisme, de l’occultisme et de l’hermétisme. La revue en profite pour faire peau neuve avec une couverture plus légère, moins « historique » et plus « mystérique », fruit du talent d’Emmanuel Thibault.



Le sommaire, varié et riche, investit les différents domaines de la tradition. Des études de symbolisme (le miroir, le Graal, le calendrier…) côtoient des contributions à caractère plus historique (Franz Hartmann, Armand Toussaint…) conformément à la ligne éditoriale énoncée à la fondation de la revue.



En ce qui concerne les centres d'intérêt directs du CIREM, nous signalons l'article de Dominique Dubois consacré à Franz Hartmann et l'article augmenté de Rémy Boyer consacré à Armand Toussaint, hommage autrefois publié dans L'Esprit des Choses. Armand Toussaint fut une figure majeure du mouvement martiniste et gnostique de la seconde partie du XXème siècle, fondateur de l'Ordre Martiniste des Chevaliers du Christ et de l'Eglise Rosicrucienne Apostolique, deux organisations qui perdurent aujourd'hui en Europe, Amérique du Sud et Afrique. Armand Toussaint, grand humaniste, fut un hermétiste et un alchimiste rigoureux mais aussi un excellent orientaliste. Oecuméniste, pragmatique et de formation scientifique, il ne cessa de chercher une synthèse universelle et efficace.
Les Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris, France.