jeudi 6 février 2020

Bulletin de la Société Martines de Pasqually


Bulletin de la Société Martines de Pasqually n°29 année 2019.

Cet excellent bulletin traite, dans le n° 29, de plusieurs générations d’Elus Coëns du XVIIIème, XIXème et XXème siècles, nous parlerons à propos de ces derniers de néo-coëns.

André Kervella nous présente Marie-Marguerite de Chevrier qui pourrait être la première femme admise dans l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers. 

Très estimée de Martines, qui paradoxalement est peu favorable aux femmes dans le processus de réintégration, elle demeure cependant inconnue. André Kervella a recherché les informations disponibles et retrace son parcours dans une période agitée.

Jean-Louis Boutin nous présente un autre inconnu, Adrien Gaspard Bonnet du Louvat de Champollon, reçu dans l’ordre par Martines. André Kervella revient brièvement sur Jacques Cazotte tandis que Philippe Guéniot met en évidence la complexité de la figure de Joseph de Maistre :

« L’intelligence, l’esprit, le génie de Joseph de Maistre débordent les limites trop étroites entre lesquelles la plupart de ses admirateurs entendent le contenir. Les mises en tension de vérités en apparence contradictoires ne le rebutent pas, au contraire, il y puise l’énergie à aller plus avant dans le décryptage des hiéroglyphes à travers lesquels l’ordre ultra mondain se donne à lire. Nul doute que de Maistre ait trouvé dans les enseignements issus de Martines de Pasqually les clefs de compréhension de cet immense cryptogramme qu’est notre monde. »

Serge Caillet présente longuement et en détail la résurgence des Elus Coëns de 1942 – 1946, résurgence dite de désir, autour de Robert Ambelain et Robert Amadou notamment. Il éclaire cette période sombre et le projet de ces « néo-coëns », projet qui perdure aujourd’hui de différentes manières. Il rectifie les erreurs courantes, souvent portées de bonne foi, et identifie les nombreux éléments de confusion qui ont caractérisé cette période.

Côté opératif, ce numéro offre plusieurs contributions importantes : Georges Courts nous propose le Catéchisme des Elus Cohens selon le Chevalier Molinier et Thierry Lamy publie plusieurs pièces annexées au Livre Vert ou Manuscrit d’Alger dont la Prière aux trois feux et trois catéchismes de l’ordre. Il présente aussi une nouvelle traduction de De circulo e ejus compositiones qu’il met en parallèle avec un texte de Pierre Aban.

Enfin, Christian Marsenne évoque un Ordre de Mac Benac, présent dans le port de Blaye en 1763.

Cet ensemble tout à fait passionnant intéressera non seulement les membres de l’ordre des Elus Coëns mais tous ceux qui s’intéressent au martinisme en général et à la Franc-maçonnerie.

Pour tout renseignement et commande, s’adresser à la présidente, Michelle Nahon (06 65 66 97 01, m.nahon@wanadoo.fr) ou à l’adresse courriel de la Société, SMDP.Bx33@gmail.com

samedi 1 février 2020

Le Miroir d'Isis n°26. Emmanuel d'Hooghvorst


Le Miroir d’isis. Ecriture et Tradition n°26, hiver 2019. Editeur responsable : Clément Rosereau 54 bis rue d’Angleterre, 59870 Marchiennes – France.
Adresse mail : miroirisis@gmail.com

A l’occasion de la commémoration des vingt ans de la disparition d’Emmanuel d’Hooghvorst, à qui nous devons tant et notamment l’accès au Message Retrouvé de Louis Cattiaux, ses amis et collaborateurs nous offrent, une fois de plus, des textes d’une grande profondeur et du plus haut intérêt.

Sommaire : après l’éditorial de Catherine de Laveleye et un premier hommage à la l’œuvre d’Emmanuel d’Hooghvorst, le lecteur trouvera une série de contributions : Les litanies de la Mère par Didier Rabosée – Lettres à un Ami de Roland van Rijckevorsel – Le cycle des saisons de Catherine de Laveleye – Heureux le serviteur qui veille par Eléonore d’Hooghvorst – Soucis ancillaires chez Abram par Dominique van de Werve – L’origine du monde selon les Mayas par Ysaure Lohest – La Parole de Clément Rosereau – Métaphysique de la lumière par A.A. – Parler sans ambages de Philippe Petit – Sur les traces de Job de Pauline de Merode – etc.

Emmanuel d’Hooghvorst a insisté sur l’aspect prophétique du Message Retrouvé et sur sa permanente actualité. Rappelons-nous qu’une prophétie est traditionnellement un plan divin à suivre et non une prédiction.
«  Les mystères du prophétisme ne sont autres, nous dit-il, comme le mot l’indique d’ailleurs, que ceux de la parole, cette parole qui fut communiquée à Moïse dans le buisson ardent. Mais la parole de Dieu ne revient pas à lui sans avoir germé et végété : la parole ne revient pas à moi sans effet, mais elle exécute ce que j’ai voulu et accomplit ce pour quoi je l’ai envoyée. »

Didier Rabosée attire notre attention sur les litanies de la Mère :
« Les litanies qui clôturent le Message Retrouvé comptent parmi les passages les plus surprenants et les plus attirants de cette œuvre. Elles nous incitent irrésistiblement à en pénétrer le sens profond. Leur concision même invite à la recherche. Son auteur en ce monde, Louis Cattiaux, écrivait à Emmanuel d’Hooghvorst à leur égard : Il m’est venu à l’idée (…) de composer les litanies alchimiques de la Vierge, ce qui serait intéressant pour beaucoup de chercheurs de pureté et d’immortalité. Qu’en pensez-vous ? Et çà une autre occasion : Ne vous inquiétez pas, toute réflexion faite, pour ces litanies qui ne seront retenues que par ceux que la chose intéresse (…) et je suis un peu comme le serviteur de Dieu qui parcourait la ville et criait sur les places publiques pour inviter au banquet divin négligé par les gens de la famille.
Ici, comme ailleurs, la Mater Dei nous est décrite sous des angles différents, comme si celui qui en parlait « tournait autour du pot ». Ceci n’est pas de nature à étonner le lecteur s’il se remémore ce verset bien à l’unisson de ces listes étranges :
Les hommes saints désignent la chose sous une multitude de noms et de figures, mais la chose est unique et elle demeure égale à elle-même dans sa virginité ou dans sa maternité, et elle manifeste son centre très saint et très secret, qui est le Seigneur de vie. »

Si ce numéro évoque bien évidemment souvent le Message Retrouvé, dont on ne dira jamais assez l’importance, le sommaire est riche d’autres explorations, d’autres ouvertures, autant de regards à soutenir et de portes à pousser.

Liber n°3


Liber. Connaissance – Amour - Action n°3. Alcor Editions 1, rue de Ramatuelle, 13007 Marseille – France.

Cette très belle revue, à la présentation sobre et élégante, poursuit son chemin avec un troisième numéro au sommaire fort riche : 

Jean-Pierre Laurant, Milosz/Guénon, un rendez-vous manqué - Gauthier Pierozak, Lumières sur le mystère Fulcanelli à travers la correspondance de René Guénon - Myriam Jacquemier, Tout commence à Babel… et le «visage» de l’autre - Michel Michel, Art et transcendance ou la malédiction des «artistes maudits» - Eric Unger, Conception traditionnelle de l’art - René-Maria Burlet, Le sens de la fresque. Réflexions sur la pratique de la peinture «à fresque» - Dario Banaudi, Les statuts des maçons de Nice de 1643 et Les Scholae de Milan et de Venise -
Marie Carré, La nèpsis chez Hesychius de Batos.




Cette revue, ambitieuse à juste raison, propose des contributions variées, histoire, art, métaphysique, initiation…, mais qui pointent toutes vers l’essentiel.

« Nous n’avons pas d’autre ambition pour notre revue Liber, précise le Comité de Rédaction, que de tenter d’ouvrir des portes de l’extérieur vers l’intérieur et de l’intérieur vers l’extérieur, avec un peu cette vocation particulière des Gardiens de la Terre Sainte. Nous assumons pleinement une périphérie fluorescente. »

Les trois voies, de connaissance, d’amour et d’action, sont aussi les trois orientations retenues par l’équipe de la revue.
Le livre retrouve ici sa fonction sacrée de transmission. Au milieu du bruit et des accidents de vitesse, Liber se veut un « refuge pour l’homme libre », un lieu de méditation, de silence et de présence. 

Liber est une revue de Tradition à soutenir sans retenue.

mercredi 18 décembre 2019

Illuminisme et Franc-maçonnerie


Illuminisme et Franc-maçonnerie. Actes du Colloque de Chambéry, 4 & 5 mai 1979. La Pierre Philosophale Editions, C3 Les Acacias, 17 avenue Eisenhower, 83400 Hyères, France.

Ce colloque, qui se déroula à l’Université de Savoie, fut consacré largement à l’œuvre et l’influence de Joseph de Maistre. Il fit date dans les études maistriennes. Les actes, publiés en 1980 aux Belles Lettres, étaient indisponibles. Cette nouvelle édition est donc bienvenue et vient rappeler l’actualité et la permanence de la pensée de Joseph de Maistre, auteur surtout connu pour les Soirées de Saint-Pétersbourg.




Sommaire : L. TERREAUX, Allocution – INTRODUCTION : L. TRENARD, Lumières et maçonnerie dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Synthèse introductive ; J. NICOLAS, Noblesse, élites et maçonnerie dans la Savoie du XVIIIe siècle ; J.-L. DARCEL, Des pénitents noirs à la franc-maçonnerie, aux sources de la sensibilité maistrienne ; J.-L. SOLTNER, O.S.B., Le christianisme de Joseph de Maistre – II- ILLUMINISME ET FRANC-MACONNERIE : J. MARX, L'idée de palingénésie chez Joseph de Maistre ; A. FAIVRE, Joseph de Maistre et l'illuminisme, rapports avec Willermoz ; J. BRENGUES, De la Grande Loge au Rite Écossais Rectifié ou la mauvaise conscience maçonnique de Joseph de Maistre ; J. REBOTTON, "Josephus a floribus" pendant la Révolution, repères et conjectures ; G. DURAND, Maistre, le mythe romantique et le Rite Écossais Unifié ; F. BIGATTI, Joseph de Maistre et la franc-maçonnerie italienne ; J.-P. LAURANT, Joseph de Maistre inspirateur des occultistes – III- VARIA : R. LEBRUN, L'épistémologie de Joseph de Maistre, rationalité et connaissance transcendante ; V. NGUYEN, Maistre, Vico et le retour des Dieux ; G. DELAPLACE, La tradition, principe d'une politique dans la pensée de Joseph de Maistre ; M.-T. BOUQUET-BOYER, La musique de Cour du roi de Sardaigne à l'époque de Joseph de Maistre – IV- INFLUENCES : M. RIQUET, S.J., Joseph de Maistre et le Père Barruel ; J.-R. DERRE, Ballanche continuateur et contradicteur de Joseph de Maistre ; J. RICHER, Présence de Joseph de Maistre dans l'œuvre de Gérard de Nerval ; P. CAZZOLA, Le symbolisme des nuits blanches de Saint-Pétersbourg, de Joseph de Maistre à Dostoïevski.

Dans ce sommaire d’une grande richesse, nous nous intéresserons plus particulièrement aux interventions qui concernent le Régime Ecossais Rectifié en particulier et le martinisme dans son acception la plus étendue.

Antoine Faivre aborde les relations entre le jeune Franc-maçon Joseph de Maistre et Jean-Baptiste Willermoz au moment de la construction par celui-ci du Régime Ecossais Rectifié. Il évoque les relations à la fois fécondes et complexes qui unissent le fondateur du RER avec ce « disciple incommode ». Malgré quelques erreurs sur la Profession et la Grande Profession, courantes dans les années 70, le travail d’Antoine Faivre intéresse par la synthèse qu’il propose de ces relations en distinguant les relations personnelles, la dimension psychologique, la politique maçonnique et le plan doctrinal.

Jacques Brengues aborde le parcours maçonnique complexe, fait de ruptures et de questionnements de Joseph de Maistre. Il note que « la rencontre avec Saint-Martin en 1787 n’est pas immédiatement déterminante sur son esprit ».

Gilbert Durand identifie cinq mythèmes à l’œuvre dans le système de Jean-Baptiste Willermoz et dans la doctrine de la Réintégration de Martinès de Pasqually mais à l’œuvre aussi dans l’épopée romantique, héritage des étapes initiatiques des traditions chrétiennes comme préchrétiennes. Il analyse dans le détail l’inscription et le mouvement de ces mythèmes, particulièrement celui de la « chute », dans les différents grades du Régime Ecossais Rectifié.

Jean Pierre Laurant voit en Joseph de Maistre un inspirateur des occultistes. Il s’intéresse à la perception qu’eurent de l’œuvre de Joseph de Maistre des personnalités aussi différentes que René Guénon, Victor Emile Michelet ou encore le Cardinal Pitra.

Cependant les actes permettent d’aborder d’autres aspects de la formidable pensée maistrienne et notamment sa dimension sociale.  Si Joseph de Maistre est souvent rangé parmi les penseurs réactionnaires, il n’est pas anodin qu’il intéressa aussi bien Denis de Rougemont, le grand théoricien du fédéralisme intégral, Herbert Marcuse, Albert Camus ou Roland Barthes. Le plus important chez Joseph de Maistre est la lucidité de sa pensée qui éclaire curieusement les temps troublés et troublants de ce début de millénaire.

vendredi 18 octobre 2019

Stanislas de Guaita, précurseur de l'occultisme


Stanislas de Guaita, précurseur de l’occultisme sous la direction de Steeve Fayadas. Editions Cosmogone 6, rue Salomon Reinach, 69007 Lyon.

Le 14 octobre 2017 à Paris, Steeve Fayadas organisait un colloque consacré à la personnalité et l’œuvre de Stanislas de Guaita à l’occasion des 120 ans de la disparition de ce Compagnon de la Hiérophanie que certains considéraient comme le plus brillant du groupe. Stanislas de Guaita (1861-1897), poète et ésotériste de talent, fut l’un des principaux animateurs de la scène occultiste de la fin du XIXème siècle. Son influence perdure.



Les intervenants, universitaires et spécialistes, se sont succédé sur des sujets divers dans une perspective historico-critique : Gilles Bucherie, Serge Caillet, Steeve Fayadas, Daniel Guéguen, Jean-Pierre Laurant, Alain Marchiset, Rémi Boyer. Les Actes  de ce colloque très réussi sont désormais disponibles dans une belle présentation avec illustrations et documents inédits.

« Le premier texte de Steeve Fayadas présente cet acteur majeur de l'occultisme à la Belle Époque, au centre des compagnons de la hiérophanie au travers de documents inédits. Jean-Pierre Laurant, pour sa part, retrace le contexte historique indispensable à la compréhension des événements qui se déroulèrent dans cette fin du XIXe siècle. À sa suite, Gilles Bucherie établit le parallèle entre Stanislas de Guaita et F. Ch. Barlet dans une perspective commune de renouvellement de l'Occultisme. Daniel Guéguen analyse pour nous, sous un jour nouveau, la rupture entre Joséphin Péladan et Stanislas de Guaita, rupture amicale mais également esthétique. Le mage d'Alteville a constitué une des plus importantes bibliothèques d'ouvrages ésotériques que connut l'Europe en ce XIXe siècle. Le catalogue dressé par Oswald Wirth contenait 2227 ouvrages et manuscrits. En spécialiste et historien du livre, Alain Marchiset nous révèle Guaita en véritable érudit, bibliophile de l'occulte. Serge Caillet présente un historique détaillé de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, véritable Collège de France de l'ésotérisme, de Stanislas de Guaita à Robert Ambelain. Enfin, Rémi Boyer à sa suite, communique sur la restauration de l'OKRC de 1997. À travers de nombreux documents et témoignages inédits, ces contributions révèlent des aspects ignorés de ce précurseur de l'occultisme moderne. »

Serge Caillet rappelle quel fut le projet de Stanislas de Guaita avec l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix :
« Au cœur de l’Ordre martiniste qui l’occulte aux yeux des profanes, l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix (OKRC), qui en constitue alors le noyau, brille de la Belle Epoque, comme un phare de l’illuminisme restauré. Or, si l’on connaît bien l’épisode de « la guerre des deux roses », selon l’expression popularisée par Georges Vitoux dans Les coulisses de l’au-delà, ou encore celui de l’affaire Boullan, qui n’en sont que des manifestations périphériques provoquées par les accidents de l’histoire, paradoxalement, la nature même et l’histoire de l’OKRC restent assez méconnues.
Au vrai, cette résurgence concrétise, sans la forme assez typique de la grande restauration française de l’occultisme de la fin du XIXème siècle, les réalisations et les espoirs des rose-croix des temps modernes, sous la forme d’un ordre initiatique, discret et fraternel. Mais celui-ci n’hésitera pas, au besoin, de sortir de sa réserve pour s’engager dans la défense des hautes sciences, en même temps que des langues sacrées, l’hébreu au premier chef. »

Cet ensemble de textes permet de mieux cerner à la fois le projet de Stanislas de Guaita, son articulation avec d’autres instances du mouvement occultiste et, plus généralement, la richesse du mouvement occultiste de l’époque.