samedi 25 avril 2015

Camille Savoire



Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie de Camille Savoire, présentation de Jean-Marc Vivenza, collection Archives et documents maçonniques, La Pierre Philosophale Editions.
Camille Savoire (1869-1951) est une personnalité essentielle du Régime Ecossais Rectifié au XXème siècle. Quelque peu oublié, il méritait cette réédition très commentée alors que nous fêtons le 80ème anniversaire du « réveil » du R.E.R. en France qui s’opéra en mars 1935 par la constitution du Grand Directoire des Gaules, après un premier « réveil » avorté en 1911 dans le cadre du Grand Orient de France.



Dans une préface très étayée, Jean-Marc Vivenza retrace la carrière étonnante de Camille Savoire et rappelle la complexité des contextes, historique et maçonnique qui, tantôt empêchèrent tantôt favorisèrent le réveil français du R.E.R.. Ce sont plusieurs décennies de la dynamique de la scène initiatique et ésotérique française mais aussi européenne que synthétise Jean-Marc Vivenza. L’analyse qu’il en fait permet de comprendre pourquoi le Régime Ecossais Rectifié est incompatible avec le régime obédientiel comme le démontrent les difficultés récurrentes rencontrées par le R.E.R. quand il s’inscrit dans une obédience comme un rite parmi les autres.
Outre les mouvements maçonniques, le lecteur croisera dans ces pages les mouvements martinistes, rosicruciens, la résurgence de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, le développement du magnétisme ou de la parapsychologie et des organisations moins connues et aux activités plus souterraines comme l’Alpha Galates. Si certains personnages de cette longue et foisonnante période nous sont connus, d’autres comme Georges Monti ou le Père Emile Hoffet restent ignorés alors que leurs influences respectives furent déterminantes.
Jean-Marc Vivenza voit dans le livre de Camille Savoire, qui n’avait jamais été réédité depuis 1935, « un ouvrage d’actualité initiatique ». En effet si certains textes sont marqués par leur époque et par l’évolution de l’auteur vers un spiritualisme de plus en plus marqué, d’autres portent sur les fondements de la démarche maçonnique avec en particulier un essai de définition de « l’esprit maçonnique » qui anticipe le développement d’une véritable doctrine initiatique maçonnique telle qu’elle s’incarne au sein du Régime Ecossais Rectifié. En quête d’un « Criterium de Vérité dans les divers domaines de la Pensée », Camille Savoire en appelle à une remise en cause permanente de nos certitudes pour atteindre une sagesse nourrie de toutes les traditions et de tous les enseignements des initiés passés. Camille Savoire pose aussi les principes d’une éthique maçonnique qu’il veut sans faille et qui fait grandement défaut à notre époque par exemple quand il rappelle ce qu’est la vraie laïcité telle que la définissait Ernest Lavisse.
A travers ses propos, qu’ils soient de nature sociétale ou initiatique, Camille Savoire défend invariablement la liberté.
« L’Esprit Maçonnique, rappelle Camille Savoire, fait de celui qu’il anime le fervent admirateur et le prosélyte du culte d’un idéal consistant à n’admettre d’autre contrôle de ses pensées, de ses actions et de ses sensations, que celui qu’exercent simultanément dans un juste équilibre raison, intelligence et cœur. »
Editions La Pierre Philosophale, C3 Les Acacias, 17 avenue Eisenhower, 83400 Hyères, France.
www.lapierrephilosophale.com




jeudi 5 mars 2015

Historia Occultae n°6



Historia Occultae n°6, Editions L’œil du Sphinx.
Voici la sixième livraison de la revue consacrée aux microcosmes de l’ésotérisme, de l’occultisme et de l’hermétisme. La revue en profite pour faire peau neuve avec une couverture plus légère, moins « historique » et plus « mystérique », fruit du talent d’Emmanuel Thibault.



Le sommaire, varié et riche, investit les différents domaines de la tradition. Des études de symbolisme (le miroir, le Graal, le calendrier…) côtoient des contributions à caractère plus historique (Franz Hartmann, Armand Toussaint…) conformément à la ligne éditoriale énoncée à la fondation de la revue.



En ce qui concerne les centres d'intérêt directs du CIREM, nous signalons l'article de Dominique Dubois consacré à Franz Hartmann et l'article augmenté de Rémy Boyer consacré à Armand Toussaint, hommage autrefois publié dans L'Esprit des Choses. Armand Toussaint fut une figure majeure du mouvement martiniste et gnostique de la seconde partie du XXème siècle, fondateur de l'Ordre Martiniste des Chevaliers du Christ et de l'Eglise Rosicrucienne Apostolique, deux organisations qui perdurent aujourd'hui en Europe, Amérique du Sud et Afrique. Armand Toussaint, grand humaniste, fut un hermétiste et un alchimiste rigoureux mais aussi un excellent orientaliste. Oecuméniste, pragmatique et de formation scientifique, il ne cessa de chercher une synthèse universelle et efficace.
Les Editions L’œil du Sphinx, 36-42 rue de la Villette, 75019 Paris, France.

jeudi 26 février 2015

Le Miroir d'Isis



Le Miroir d’Isis n°21, Hiver 2014-2015.
Dans cette revue de haut niveau qui allie Ecriture et Tradition, le sommaire est toujours particulièrement riche, c’est encore le cas avec ce numéro.
Eléonore d’Hooghvorst reprend la publication des lettres échangées entre les deux grandes figures de l’hermétisme que furent Emmanuel d’Hooghvorst et Louis Cattiaux. Les extraits soigneusement choisis sont présentés sous la forme d’une conversation à bâtons rompus.
On y relève cette remarque lucide de Louis Cattiaux :
« L’ennui des sociétés fermées, c’est qu’elles reçoivent des profanes qui le demeurent avec l’idée qu’ils sont initiés, tandis que l’Ecriture recrute les prédestinés sans barrière partout où ils sont et où elle est. »
Mais le grand intérêt de ces échanges sont de nature alchimique, soit qu’ils abordent certains aspects ou temps de l’œuvre soit qu’ils démontrent un rapport alchimique permanent à la vie dans leur quotidien. S’exprime aussi le sentiment d’impuissance face à un monde en décomposition.
Claude Froidebise revient sur l’étude de la Torah pour mettre en garde contre l’érudition qui assèche et appeler à une instruction vivante quand nous devenons capables, suivant en cela le Zohar, de « s’occuper de la Torah jour et nuit ». Claude Froidebise propose au lecteur des extraits du Zohar commentés par Emmanuel d’Hooghvorst dont cet extrait :
« Lorsque les commentateurs ne sont plus véritablement des connaisseurs, qu’ils n’ont plus accès aux voies de la cabale, et qu’ils commentent selon leurs propres pensées, vient la décadence des religions. Cela est opposé à ceux qui tirent de la Torah de nouveaux trésors, c’est-à-dire qui commentent en connaissance de cause. Rappelons-nous toujours la signification du mot enseigner en hébreu : c’est répéter, présenter toujours la même vérité sous d’autres voiles. »
Nous retrouvons avec bonheur dans cette livraison Mohammed Taleb qui explore « quelques résonances néo-platoniciennes et hermético-alchimiques dans l’écologie contemporaine ». Il repère deux modes de présence du néoplatonisme et de la tradition hermético-alchimique dans l’écologie, le romantisme et l’humanisme cosmique : « La première est une influence directe, la seconde est une influence par médiation. Et c’est la seconde qui domine largement. » Le romantisme, qui fut aussi « un art, une science, un agir politique, une éthique, une architecture, une théologie, une médecine » devient alors un médiateur, « un formidable courant civilisationnel d’opposition à ce que le sociologue Maw Weber a nommé « le désenchantement du monde » et la « modernité capitaliste ».
Après avoir fait l’éloge de l’âme du monde dont l’abandon par nos sociétés de la consommation s’avère porteur de désastres, Mohammed Taleb nous invite à rétablir une alliance entre Psyché et Gaia.
Claude Van Gallebaert s’intéresse à la vie et à l’œuvre du philosophe néo-pythagoricien et thaumaturge Apollonius de Tyane.
Au sommaire de ce numéro illustré de peintures et dessins de Louis Cattiaux, nous trouvons encore : le rayon lumineux de C.R. – Un texte de P. Nommès sur le Guématrie de A.A. – Aperçu sur le taoïsme de Catherine de Laveleye – isis selon Dom Pernety ou Isis alchymique de C.R. – E de Delphes par André Charpentier – Histoire d’un arbre pas comme les autres de Ghislaine Steenseels et toujours les poèmes, contes, légendes, prières et chroniques.
Contact : Clément Rosereau, 54 bis rue d’Angleterre, F-59870 Marchiennes, France.

mercredi 25 février 2015

Maître Philippe



Lueurs spirituelles. Notes de mystique pratique par un disciple de Maître Philippe de Lyon de Jules-Antonin Ravier, collection Autour de Maître Philippe, Editions Le Mercure Dauphinois.

Jules-Antonin Ravier est le fils d’Herni Ravier (1842-1911) et Jeannette Lilla-Palletaz (1890-1907). C’est en 1870 qu’Henri Ravier fit la connaissance de Maître Philippe qu’il accompagnera jusqu’en 1905, date de la disparition de Philippe. De 1894 à 1903, Henri Ravier prit des notes pendant les célèbres séances organisées par Maître Philippe, avec l’autorisation de ce dernier.

Jules-Antoine Ravier fut baigné depuis l’enfance par la spiritualité de Maître Philippe. Il passa par l’Ecole pratique de magnétisme et de massage de Lyon avant de rejoindre les Amitiés Spirituelles de Sédir.

Les réflexions rassemblées dans ce livre rendent compte de ce que Jules-Antoine Ravier a saisi de l’enseignement de Maître Philippe ou de ses actes. Il souhaite aussi « exposer les principes de la Religion du Verbe » avec distance et modestie.




La première partie s’intitule « Notes de mystique appliquée ». Elle évoque les composants d’un enseignement chrétien dégagé des complications humaines, simple, direct, radical comme l’entendait Maître Philippe.

«  La science du Christ, dit Jules-Antonin Ravier, n’a pas pour but de faire des savants discuteurs de formules abstraites, ou des ambitieux qui n’hésitent pas à bousculer tout le monde pour s’élever et obtenir les meilleurs places. C’est, au contraire, l’Initiation du Cœur. Son objet est de rendre l’être meilleur, de le faire aider ses frères, pour que la Vie qui est en eux puisse se développer, afin qu’elle atteigne ce plein épanouissement en  vue duquel ils ont été créés.

En étant serviteur de l’Amour, on sert la Vie. »

Au cœur de ce procès spirituel exigeant se trouve le don, le don sans réserve qui accompagne un total détachement. L’attention aux « petites choses » ouvre aux « grandes choses ». C’est un christianisme du quotidien qu’a laissé Maître Philippe, de l’ajustement permanent aux choses de Dieu, petites et grandes, attention qui conduit à la connaissance de soi-même, à l’accueil de l’autre et se constitue en véritable initiation spirituelle. Il s’agit bien de se dépouiller du vieil homme pour laisser toute la place au Christ.

La seconde partie traite des « Notes de mystique pratique ». Elle étudie les principes d’une alchimie des énergies à l’œuvre dans la vie quotidienne et dessine une métaphysique du quotidien. Un exemple avec ce que l’auteur intitule « formule magistrale » :

« Si tu veux produire un grand mouvement, une grande chose, sache réunir les éléments, les forces, les idées les plus disparates… et mets-les en opposition !

Exemple : Si tu mets du feu avec du feu, tout continue à briller.

Mais si tu mets du feu avec de l’eau, tu produits l’ébullition, le feu et l’eau se changeront en vapeur, etc.

Oppose l’air au feu, tu produiras la flamme.

Oppose le feu à la terre, tu libéreras les principes vitaux qui amèneront des désordres psychiques. Oppose l’eau à la terre, tu obtiendras l’activité des principes qu’elle renferme, etc.

Mais que tout ceci soit fait en parties égales et en proportion de forces.

Conclusions : Si tu veux produire un mouvement, ne crains pas l’opposition franche, car l’opposition simulée n’est que charlatanisme.

Un adversaire sincère et franc est un ami. »

Ce livre, profond et rigoureux, permet de comprendre comment l’enseignement de Maître Philippe a pu bouleverser les martinistes rassemblés autour de Papus. Bien des aspects déclinés dans ces pages font écho à la théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin telle qu’elle était entendue à la Belle Epoque.

Editions Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.