mardi 4 juillet 2023

Martinésisme, Willermozisme, Martinisme et Franc-maçonnerie

Martinésisme, Willermozisme, Martinisme et Franc-maçonnerie de Papus. Editions Amici Librorum.

https://www.facebook.com/amici.librorum/?locale=fr_FR

L’édition, en 1899, par Chamuel Editeur du livre de Papus, publiée ici en fac-similé par Amici Librorum, ne passa pas inaperçu dans le microcosme de l’occultisme de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Pour la première fois, un auteur tentait de décrire les caractéristiques du « mouvement illuministe » en France. Papus écrit d’abord pour les membres de l’Ordre Martiniste et des ordres ou associations qui lui sont associés, il répond aussi aux critiques parfois violentes contre son mouvement.

Il commence par distinguer et même opposer « la société d’illuminés », « liée à l’invisible par un ou plusieurs de ses chefs » et « la société des francs-maçons » qui « n’est en rien liée avec l’invisible ». Même si la réalité de la scène ésotérique est sans doute plus complexe, même à l’époque de Papus, cette distinction opère et reste valable en certaines de ses observations.


 

A propos de la Franc-maçonnerie, Papus affirme : « Son Principe d’existence et de durée prend sa source dans ses membres et rien que dans ses membres ; tout son gouvernement se fait de bas en haut avec sélections successives par élection. »

Il poursuit :

« Il suit de là que cette dernière forme de fraternité ne peut produire pour fortifier son existence que les chartes et les papiers administratifs communs à toute société profane : tandis que les ordres d’illuminés se réfèrent toujours au Principe invisible qui les dirige. »

Afin d’introduire le lecteur à l’illuminisme, Papus présente succinctement trois personnages et leurs œuvres : Swendeborg, Martinès de Pasqually et Jean-Baptiste Willermoz. Puis, il développe plus longuement la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin telle qu’il l’appréhendait.

La partie la plus importante de l’ouvrage porte néanmoins sur le Martinisme contemporain et sur sa place sur la scène ésotérique ce qui conduit Papus a accordé de nombreuses pages à la Franc-maçonnerie. Il affirme maintes fois la volonté d’indépendance du Martinisme et sa spécificité initiatique.

Nous pouvons lire dans les propos de Papus ce qui fonde la situation actuelle du courant martiniste au sens le plus large du qualificatif : sa vitalité, son rayonnement, sa complexité, la multiplication des formes, les interpénétrations favorables ou défavorables avec d’autres courants, notamment maçonniques. Le discours de Papus ne manque ni de panache ni de romantisme, ce serait une erreur de le considérer de façon un peu condescendante car il distille des valeurs fondamentales et quelques principes qu’il convient de ne pas oublier.

dimanche 2 juillet 2023

F.-Ch. Barlet. Fragments d’une histoire secrète

F.-Ch. Barlet. Fragments d’une histoire secrète par Gilles Bucherie. Editions Alcor, 1 rue de Ramatuelle, 13007 Marseille.

https://www.alcor-editions.fr/

L’Ordre Martiniste, actuellement sous la grande-maîtrise avisée d’André Gautier, détient un ensemble d’enseignements manuscrits rédigés par F.-Ch. Barlet, de son vrai nom Albert Faucheux (1838-1921), compagnon de route de Papus. Cet enseignement, qui témoigne d’une maîtrise de ce que l’on désignait à son époque par sciences occultes, mérite une édition intégrale que nous appelons de nos vœux.

L’Ordre Martiniste a confié à Gilles Bucherie, déjà bon connaisseur de ce personnage énigmatique et complexe, la tâche, sans doute immense, de mettre en valeur ce que l’on désigne désormais par « Fonds Barlet ». Ce livre est une première introduction à une œuvre d’importance. 

 


 

« Ce fonds, nous dit Gilles Bucherie, comporte de nombreux documents dont les contenus permettent, non seulement, une meilleure analyse de l’importance de l’œuvre de F.-Ch. Barlet, mais aussi du Mouvement occultiste et de ses prolongements dans ce qu’ils ont parfois de déterminant quant à un renouveau de l’hermétisme. »

Charles Barlet s’intéressa au spiritisme, fut proche de la Société Théosophique et membre de l’Hermetic Brotherood of Luxor, H.B. of L., organisation qui eut un rayonnement certain dans le monde initiatique, étant elle-même à la croisée de plusieurs influences.

Gilles Bucherie cherche à inscrire l’œuvre de Barlet dans les contextes historique, culturel et initiatique de l’époque. La pensée originale de Barlet se développe dans le temps spiralaire de l’aïon selon une méthode qui reste à expliciter. A son époque, plusieurs auteurs traditionnels proposent des typologies des cycles, cependant le modèle de Barlet reste singulier, sans doute hérité pour ce qui est du matériau de base de l’H.B. of L. mais aussi des travaux de Saint Yves d’Alveydre auquel Barlet consacra un livre publié chez Durville en 1910.

Par ses multiples dessins et figures, Barlet ouvre une approche visuelle d’un modèle cosmologique ; dans un deuxième temps, il nous conduit à celle d’une compréhension visionnaire de l’humanité future. Une humanité non plus collective, composée d’hommes individuels, mais une humanité synthétisée par les nombres. Il y a un sens ontologique des nombres. Barlet fait allusion à plusieurs reprises, de manière discrète, à une méthode d’astrologie onomantique fondée sur les nombres, correspondant, non seulement aux cycles de la vie universelle, mais aussi aux cycles de la vie individuelle et opérant par affinités avec les formes et fonctions constitutives de la société. »

Nous comprenons aisément dès lors pourquoi ces travaux intéressaient, et intéressent encore, les membres de l’Ordre Martiniste et des organisations initiatiques qui lui étaient affiliées ou simplement proches.

Ce premier livre introductif suscite chez le lecteur le désir d’en connaître davantage et d’étudier le corpus annoncé qui synthétise plusieurs approches traditionnelles portées par les principaux courants initiatiques de l’époque, certains connus, d’autres encore à identifier. De nombreux documents en fac-similé soutiennent le propos de Gilles Bucherie qui bénéficie, dans cette belle édition, du savoir-faire des Editions Alcor.

dimanche 11 juin 2023

Martinès de Pasqually, sa vie, ses pratiques magiques, son œuvre, ses disciples

 

Martinès de Pasqually, sa vie, ses pratiques magiques, son œuvre, ses disciples, suivi des Catéchismes des Elus Coëns de Papus. Editions Amici Librorum.

https://www.facebook.com/amici.librorum/?locale=fr_FR

Suite à sa rencontre avec Henri Delaage (1825-1882) puis, un an plus tard avec Augustin Chaboseau (1868-1946), Papus se retrouve dépositaire d’une transmission initiatique qu’il développe rapidement à travers des groupes martinistes et la revue l’Initiation. Très vite, il s’intéresse aux archives de Jean-Baptiste Willermoz, alors mises en vente. Il tirera trois ouvrages sur l’histoire de l’illuminisme en France au XVIIIe siècle dont celui-ci qui est la première biographie sur Martinès de Pasqually.


 

Cette biographie sera bien sûr critiquée par la suite, jugée insuffisante, partiale, etc. par les donneurs de leçons en tout genre. Il convient toutefois de se replacer dans le contexte d’une découverte et de la nécessité d’étayer rapidement une démarche initiatique nouvelle ou renouvelée. Papus met à disposition ce qu’il a découvert. Simplement.

Dans une première partie du livre, Papus présente ainsi la vie de Martinès de Pasqually à partir de son arrivée à Bordeaux en 1767. Dans la deuxième partie, il s’intéresse à certaines pratiques magiques ou théurgiques des Elus Coëns, parfois avec distance. Il puise dans son érudition pour faire des liens, quelques-uns hasardeux, mais toujours destinés à faire penser. Il cherche à présenter, pour la première fois, la complexe, parfois confuse, doctrine de la Réintégration.

Mais, Papus analyse aussi l’œuvre de Martinès de Pasqually dans le contexte du mouvement général et de la fonction des sociétés secrètes initiatiques. Il voit l’action de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers comme une tentative de restauration des principes fondamentaux de l’initiation et, d’une manière générale, saisit plutôt bien les enjeux des opérations coëns qu’il découvre à travers ces archives.

Pour une excellente présentation du contexte de la naissance de cet ouvrage, nous renvoyons le lecteur intéressé à l’étude de Michelle Nahon, Papus premier biographe de Martinès de Pasqually, présentée en 2016 lors du « Colloque organisé par l’Ordre Martiniste à l’occasion du centième anniversaire de la mort du Dr Gérard Encausse, dit Papus » et publiée dans les Actes du colloque Papus aux Editions de La Tarente.

L’ouvrage se termine par la publication des Catéchismes des Elus Coëns, alors inédits.

Il faut saluer le travail de Papus qui inaugure un long mouvement de recherches sur l’ordre et l’œuvre voulus par Martinès de Pasqually, recherches toujours en cours, toujours interrogées, entre la critique historique et la réalité de la pratique théurgique.

dimanche 4 juin 2023

Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually

Les enseignements secrets de Martinès de Pasqually par Franz von Baader. Editions Amici Librorum

https://www.facebook.com/amici.librorum/?locale=fr_FR

Cette réimpression de l’édition de 1900 publiée par Chacornac inclut une Notice sur le Martinézisme & le Martinisme attribuée à René Philippon.

Franz Xaver von Baader (1765-1841), philosophe, théologien, théosophe, ésotériste, qualifié parfois de « romantique contre-révolutionnaire » mais aussi de « philosophe du futur », s’inscrit par bien des aspects de sa doctrine dans le courant illuministe, dans les pas de Boehme ou Swedenborg. Il étudia particulièrement les écrits de Louis-Claude de Saint-Martin.

 


 

Il tenta dans son œuvre très riche de rétablir l’alliance entre science et religion, entre philosophie et théologie, entre raison et foi. Il fut un grand lecteur de Maître Eckhart qu’il contribua à faire connaître en le sortant de l’oubli.

Très proche de la pensée de Jacob Boehme, il insiste toutefois davantage sur certaines dimensions comme celle de la Sophia. Tout comme Martinès de Pasqually, il prend en compte le thème des chutes successives et envisage particulièrement le ternaire eau – feu – terre.

Sa vaste érudition et sa pertinence de pensée rendent son témoignage sur les enseignements de Martinès de Pasqually toujours intéressant malgré les nombreuses études publiées sur le sujet depuis lors et l’accès facilité aux archives d’époque. La proximité temporelle lui fait partager et comprendre le modèle du monde martinésiste et sa complexité. Il porte un regard à la fois impliqué et distancié sur la scène ésotérique de l’époque et sur l’appropriation de ses mouvements par la société.

Très proche de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin, Franz von Baader contribua à son rayonnement en Allemagne. Son œuvre globale déconcerte qui n’est pas familier de la culture ésotérique des XVIIIe et XIXe siècles, le rendant parfois suspect pour l’université, ce qui ne l’a pas empêché de développer une authentique et rigoureuse pensée philosophique. Il se disait lui-même « marchand de semences ».

dimanche 21 mai 2023

Le Maître Ecossais de Saint-André

Le Maître Ecossais de Saint-André par Jean Ursin. Editions Ivoire-Clair, BP 24, 85270 Saint-Hilaire-de-Riez.

www.ivoire-clair.fr

Jean Ursin a consacré trois ouvrages aux trois premiers grades du Rite Ecossais Rectifié. Il poursuit son travail avec le quatrième grade, Maître Ecossais de Saint-André, trop peu investi alors qu’il est fondamental et central dans l’architecture du rite.


 

La première partie est historique. Jean Ursin revient succinctement sur l’histoire du Rite Ecossais Rectifié et sa genèse, mais aussi sur la naissance du judaïsme et de l’islam. Cette partie s’achève par un questionnement des propos de l’auteur dans un dialogue « Verse et controverse ». Il s’agit pour l’auteur de comprendre ce qui rassemble et ce qui sépare le judaïsme et l’islam du christianisme.

La seconde partie aborde plus spécifiquement le grade de Maître Ecossais de Saint-André, l’influence ou l’héritage de la Stricte Observance Templière, la synthèse de Jean-Baptiste Willermoz, la construction du grade, sa finalité, ses symboles…

Jean Ursin accorde un chapitre à l’Apocalypse de Jean, un autre à Saint-André ou encore aux trois cités de Babylone, Rome et Jérusalem.

S’il n’aborde pas directement la question fondamentale et opérative de la Réintégration et de la Reconstruction du Temple comme Corps de Gloire, l’apport culturel, traditionnel et symbolique de ce livre à la compréhension du grade est certain. En multipliant les entrées possibles dans la richesse immense du quatrième grade du RER, Jean Ursin permet à tous ceux qui sont concernés de trouver un chemin dans une matière symbolique prolifique.

..........................p.17 EAN 9782956478768

mardi 16 mai 2023

Brevi note storiche dell’Ordine Martinista e qualche personale considerazione

 

Brevi note storiche dell’Ordine Martinista e qualche personale considerazione par Renato Romeo Pietro Salvadeo. Edizioni Sì – Collana esoterica Amaranthus Libris.

www.edizionisi.com

Renato Salvadeo fa it le point sur l’histoire passée et actuelle de l’Ordre Martiniste italien, dont il est l’actuel responsable. Cet ordre est l’une des expressions les plus intéressantes du courant martiniste depuis des décennies. Son histoire ne peut être séparée de celle du Rite de Misraïm et Memphis en Italie. Les deux parcours sont complexes, agités comme toujours dès que nous traitons d’organisations initiatiques.

 


 

 

Renato Salavadeo fait le point sur les références, les influences, les personnalités qui ont animé l’ordre en Italie. Il rend compte aussi des crises, des scissions, anciennes ou récentes et met en évidence une ligne traditionnelle très spécifique à l’Italie, un berceau majeur de l’hermétisme. Il évoque aussi les relations avec d’autres ordres martinistes, notamment italiens et montre ainsi combien ce courant est vivant sur un territoire dont on sait la richesse traditionnelle exceptionnelle, héritée des grands courants initiatiques principalement méditerranéens.

Enfin Renato Salvadeo propose une réflexion plus personnelle sur le travail initiatique dans le cadre martiniste, ses enjeux, ses orientations à venir et les défis à relever.

De nombreux documents soutiennent le propos et illustrent certains moments importants de l’histoire du martinisme italien toujours rayonnant.