dimanche 4 septembre 2022

Jean-François Var : La Franc-maçonnerie à la lumière du Verbe

 

La Franc-maçonnerie à la lumière du Verbe tome 3.

Le Régime Ecossais Rectifié et ses origines : Martines de Pasqually, Karl von Hund…

Jean-François Var

Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France – http://www.dervy-medicis.fr/

Avec ce troisième tome, Jean-François Var clôt son cycle de recherches sur le Régime Ecossais Rectifié. Les deux premiers volumes abordaient la doctrine et les spécificités de l’enseignement véhiculé par le RER, cette fois il s’intéresse à son histoire, sa construction et ses sources, ce qui n’empêche pas des apports doctrinaux. Il mêle considérations personnelles, nées d’une vie consacrée au RER, au martinisme en général, au christianisme et apports historiques documentés.

Le plus important peut-être réside dans l’identification des sources : le martinézisme, source première du RER et le templarisme de la Stricte Obervance Templière, une double matrice dont la réalité historique est établie mais que certains rejettent encore.


 

Jean-François Var développe longuement la présentation de ces deux sources en s’appuyant sur des documents, lettres, rituels, ou autres. Ces développements permettent de mieux saisir et la nature et la finalité du Régime Ecossais Rectifié tel que Jean-Baptiste Willermoz a pu l’envisager et le penser peu à peu. Deux grandes difficultés se présentent à nous : un risque de projection de nos croyances, critères, valeurs, interprétations du monde et idiosyncrasies sur une période, le XVIIIème siècle, que nous croyons familière mais qui nous reste en grande partie étrangère malgré les nombreuses études réalisées et, a contrario, un risque de fixation du processus initiatique du RER dans son histoire, réelle ou supposée.

Jean-François Var veut nous parler d’un RER vivant à travers les sources historiques qui l’ont dessiné et l’ont conduit jusqu’à ce début de millénaire. Cette aventure exceptionnelle dépasse le simple cadre maçonnique pour approcher l’essentiel de l’initiation. En rappelant à plusieurs reprises et de diverses manières, la place et l’importance de la Profession et de la Grande Profession pour saisir toute la profondeur et l’orientation du RER, il démontre que la réintégration en est l’unique objet.

Dans un épilogue, Jean-François Var dit quel est selon lui l’essentiel avec un retour à Saint-Martin et à travers lui, par la prière et l’amour, au Christ comme principe. Il rappelle l’importance des mystères qu’il oppose à une métaphysique qu’il ne voit que conceptuelle, ce qui est une erreur.

Les très nombreux documents rassemblés dans ce livre, certains jusqu’alors peu accessibles, et les commentaires de l’auteur, contribuent une fois encore à la compréhension du RER, rite maçonnique chrétien qui tient une place essentielle, et en même temps à part, sur la scène ésotérique européenne. En contribuant à la saisie de sa nature et de son objet, Jean-François Var participe à l’assurance de son futur.

mardi 26 juillet 2022

L’Esprit Rectifié

 

L’Esprit Rectifié de Patrick Rodner. La Pierre Philosophale Editions, Les Acacias, 17 avenue Eisenhower, 83400 Hyères.

www.lapierrephilosophale.com

Avec Patrick Rodner, nous entrons dans la belle philosophie chrétienne telle que le Rite Ecossais Rectifié peut la transmettre et la révéler. Il s’agit bien de Beauté, cette Beauté qui rend les traditions vivantes et les empêche de se dessécher dans quelque intellectualité ou radicalité. Une Beauté souvent synonyme de Liberté.

Il remarque, avec l’étymologie, que le « lieu » est aussi la « lumière » faisant ainsi de la loge « un tracé de lumière » et souligne les sens du mot « trace », empreinte, guide, limite…

« C’est pourquoi il n’y a pas de Loge, ni rien de sacré dans aucun « local » tant que la Lumière n’a pas été invoquée et qu’elle n’a pas matérialisé, sur sa limite, le tracé du sacré et du profane. »

Patrick Rodner part des mots, des symboles, des signes et des mouvements propres au Régime ou Rite Ecossais Rectifié pour nous conduire vers les principes chrétiens et les choix doctrinaux (non dogmatiques) que le rite véhicule à travers une progressivité remarquable. C’est une véritable métaphysique qui se déploie au fil des grades avec une rare cohérence qui mérite toujours d’être retracée et mise en évidence. Ce qu’il fait à travers les thèmes abordés : le temps maçonnique, le travail maçonnique au RER, les maximes, Jakin et Phaleg, la symbolique de l’épée, la fraternité, la mort, la rectification, la libération, car le RER est bien une voie de libération de l’être nous est-il justement rappelé.


 

Le chemin proposé se garde des compromis avec les formes pour tendre invariablement vers la source.

« Dans le projet rectifié, il est plutôt question d’un ressourcement dans un au-delà des formes établies, qui ne dessine plus de contours trop précis, et qui laisse place à la pure illumination de l’essence christique du Logos. C’est ce qui fait qu’à l’homme de désir, qui se met en chemin sur la voie rectifiée, il sera seulement exigé sa fidélité au Christ, mais à aucun christianisme en particulier. »

A travers ce qu’offre le Rite Ecossais Rectifié comme matières, outils et orientations, il n’est finalement question que de l’œuvre de l’Esprit, de Grâce et de Liberté.

Cette Liberté « n’est rien de moins que la promesse-même de la voie rectifiée, la promesse d’opérer en nous la réintégration à venir de la forme primitive dans laquelle nous avons tous été conçus, et cet état primitif est un état de liberté duquel nous avons déchu pour nous retrouver esclaves de notre corps, et d’autant plus esclaves d’ailleurs que nous prenons faussement la spontanéité de nos désirs pour la liberté même. »

Tout en conservant le langage de la fin du XVIIIème siècle qui a vu la naissance du RER et qui d’une certaine façon perdure, Patrick Rodner nous montre l’actualité et la permanence de la voie initiatique qui est inscrite dans les formes nécessaires du rite.

Patrick Rodner ne cesse, au fil des pages, de nous rendre attentif à la « douzième heure », à l’intervalle de non-temps où nous pouvons saisir la Lumière ou être saisi par elle :

« La douzième heure, c’est l’heure oubliée, doublement perdue à la mémoire des hommes. Elle est cette lueur, que j’évoquais précédemment, nécessaire à la visualisation des ténèbres car nos ténèbres ont ceci de vertigineux qu’elles ne s’aperçoivent pas comme telles. L’enténèbrement des ténèbres, c’est l’indice de l’infinie distance de l’homme à Dieu. Leur anamnèse, en revanche, est un recouvrement de la mémoire des origines, et si la Lumière ne se fait pas encore pleinement, elle nous est révélée dans cette lueur en demi-teinte du ressouvenir. »

Rectification, réintégration, ressouvenir… nous sommes bien en ce que d’autres nomment voie d’éveil, soit la Reconnaissance de nous-mêmes comme étant le Seigneur.

mardi 5 juillet 2022

Lettres aux Amis de l’Esprit

  

Lettres aux Amis de l’Esprit. Regards martinistes et autres de Sylvie Camax-Boyer et Rémi Boyer. Editions La Tarente, Mas Irisia, Chemin des Ravau, 13400 Aubagne.

https://latarente.fr/

Les Lettres aux Amis de l’Esprit furent envoyées sous forme de Brèves, de manière hebdomadaire, pendant les périodes de restriction des libertés de 2021, aux membres d’organisations initiatiques, maçonniques, martinistes, gnostiques, pythagoriciennes, rose-croix, swedenborgiennes ou autres afin de soutenir les pratiques. Elles sont regroupées pour publication presque simultanée en quatre langues : anglais, espagnol, français, italien. La première parution est italienne et date du mois d’avril, l’édition française est parue en juin, ainsi que l’édition espagnole et l’édition anglaise.


 

Il s’agit d’une déambulation dans le monde traditionnel dont l’unique fil d’or est la non-dualité. Une déambulation dans un labyrinthe de portes.

La Grande Porte est la porte de la non-dualité, toujours ouverte et si vaste que, d’instant en instant, nous passons devant sans la voir.

Des portes sont entrouvertes, il suffit de les pousser pour découvrir des jardins fleuris de connaissances. D’autres portes sont seulement indiquées, désignées comme autant de repères à ne point oublier et certaines, enfin, sont seulement évoquées car il est inutile de connaître leur emplacement sans les avoir longtemps cherchées.

Plutôt qu’un enseignement, ce qu’il n’est pas, ce livre peut être considéré comme un ensemble de notes de bas de page renvoyant à la connaissance que chacun porte en lui. Chacun est le meilleur expert de sa propre réalisation, c’est juste une question d’attention.

Le reste, ce n’est pas rien, est compagnonnage, amitié spirituelle et regard partagé.

Sommaire :

Préface de Guy Thieux

Première série de Lettres aux Amis : Quelques points sur la prière Des arbres du Jardin d’EdenDe l’Esprit SaintDe la SagesseDes prophétiesDu RhélyDe l’ancien et du nouveauDe l’onction - De la GrâceDe la ChevalerieDe l’épée et de la lanceDe l’armure du ChevalierDe la lettre ShinDe la Méta-initiationDe la DameDe la ShekinahDu 515 De l’ApocalypseDe la croix essénienneDe l’AllianceDe la lettre ADe la lettre K.

Petit Traité de Christification des Êtres. Ce traité de voie directe en tradition chrétienne échappe à la tension inscrite dans les Evangiles entre pôle judéo-chrétien et pôle pagano-chrétien pour approcher l’essentiel, quand les formes culturelles et historiques sont traversées, laissant libre la place pour l’Esprit.

Deuxième série de Lettres aux Amis : De la Grammaire secrète De l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers Des sacrements De la voie du pain et du vin Du baptême d’Esprit De la transmission De la doctrine cryptique De sainte Paraschiva De sainte Isabella Du Crocodile D’une Chevalerie de l’Esprit De la Voie d’Elias Artista De la Géométrie Supérieure des Constructeurs Du point et du trait De l’alchimie et de l’initiation Des Arcanes Célestes et de Swedenborg De la Femme, muse et initiatrice Des Vierges noires Des Arcana Arcanorum De la Mort, une vieille amie De la Joie Des gens de lettres aux gens de l’Être.

 


 

Edition italienne : Edizioni Pedrini.

https://www.edizionipedrini.com/

 

Edition française : Editions La Tarente.

https://latarente.fr/

 

Edition espagnole : Editorial Delfos.

https://editorialdelfos.com/

 

Edition américaine : Rose Circle Publications.

https://rosecirclebooks.com/

dimanche 26 juin 2022

Ecrits Saint-Martinistes

 

Ecrits Saint-Martinistes de Jean-Marc Vivenza. La Pierre Philosophale Editions, Les Acacias, 17 avenue Eisenhower, 83400 Hyères.

www.lapierrephilosophale.com

Ce nouveau volume d’écrits saint-martinistes rassemble deux textes de l’auteur, publiés en 2007 et 2009. Le premier texte, publié chez Arma Artis, était devenu introuvable, il s’agit de l’ouvrage La Prière du Cœur selon Louis-Claude de Saint-Martin.

Nous savons la place essentielle que la prière du cœur tient dans le christianisme et dans le martinisme qui se veut une voie cardiaque. L’étude de Jean-Marc Vivenza éclaire particulièrement le rapport qu’entretenait Saint-Martin avec la prière, fort éloigné de celui du plus grand nombre, qui englue sa prière dans l’avoir et le faire.

« Saint-Martin, à ce stade de son discours, va aller jusqu’à employer une image d’une rare profondeur métaphysique, puisqu’il nous invite à devenir un « véritable rien », et ceci pour nous enjoindre à nous rendre conformes à la volonté de Dieu. L’expression peut surprendre, bien qu’elle soit d’un usage qui se rencontre assez régulièrement dans les écrits des mystiques, mais pourtant elle traduit parfaitement, chez le Philosophe Inconnu, le caractère propre de l’œuvre qui nous incombe, elle exprime, à merveille, l’état auquel nous devons aspirer pour nous permettre de recevoir Dieu en nous, pour lui faire place nette, lui offrir la totalité de l’espace dont nous disposons, pour le recevoir complètement et entièrement, afin qu’il puisse établir son séjour en notre intime et s’unir à nous. »

 


 

Jean-Marc Vivenza met en évidence la spécificité de la voie cardiaque, purifications préalables, présence, vide et « sublime abandon » :

« L’œuvre de prière pour Saint-Martin, comme nous le découvrons, est donc préalablement une voie d’anéantissement, car elle est, en son étonnante perspective, un chemin au bout duquel Dieu vient prier lui-même en nous, nous faisant passer de l’assujettissement face à la mort aux promesses de la résurrection. Accepter de se faire un « véritable rien », selon l’expression du Philosophe Inconnu, c’est permettre l’éclosion divine, c’est assister en soi à la transformation des éléments mortels en une substance d’immortalité. Voilà le véritable abandon, nous révèle Saint-Martin, voilà cet état où notre être est continuellement et secrètement amené de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, et si on ose dire, du néant à l’être ; passage qui nous emplit d’admiration, non seulement par sa douceur, mais bien plus encore parce que cette œuvre reste dans la main divine qui l’opère, et qu’heureusement pour nous, elle nous est incompréhensible, comme toutes les générations dans toutes les classes le sont aux êtres qui en sont les agents et les organes… ». »

Etude indispensable, le travail de Jean-Marc Vivenza, à travers le rapport à la fois traditionnel et original que Louis-Claude de Saint-Martin entretient avec l’art de la prière, affirme la spécificité et la force du véritable martinisme, voie d’éveil occidentale qui se peut vivre dans la même intensité et la même nudité que les grandes voies orientales.

Le second texte, intitulé La « Sophia » et ses divins mystères aborde un sujet cher au Philosophe Inconnu, qu’il développera dans son dernier livre, Le Ministère de l’Homme-Esprit mais, la notion est déjà présente dans des écrits précédents, discrètement. Jean-Marc Vivenza note que « Saint-Martin n’a pas découvert la figure de la Sophia, de la « Divine SOPHIE » à la seule lecture de Jacob Boehme, puisque son premier maître, Martinès de Pasqually lui avait déjà largement transmis les clés spirituelles nécessaires et suffisantes afin d’approcher cette sainte et mystérieuse notion. »

Jean-Marc Vivenza aborde la notion de Sophia, qui demeure insaisissable par nature, à travers divers prismes avant d’approcher le rapport profond que Saint-Martin entretient avec cette Divine Sagesse. Quels que soient les écrits laissés par le Philosophe d’Amboise, il est bien entendu impossible de connaître réellement son expérience sophianique, toutefois il est possible de reconnaître l’infusion de la Sophia dans son œuvre et sa vie. Jean-Marc Vivenza s’intéresse tout d’abord à la présence de la Sophia dans certains courants kabbalistes chrétiens de la Renaissance puis chez Jacob Boehme, avant de s’attacher à sa fonction au cœur de la Sainte Trinité. Il remarque le lien, établi par Saint-Martin entre la Sagesse et la prière du Nouvel Homme.

Cet ouvrage de commentaire met l’érudition de l’auteur au service de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin. De nombreux extraits d’écrits du Philosophe Inconnu s’articulent avec des citations d’autres auteurs pour faire cheminer le lecteur vers l’essentiel.

En annexe, nous trouvons en appui de la thèse de l’auteur, des extraits de la « Correspondance inédite de Louis-Claude de Saint-Martin dit le Philosophe Inconnu, et Kirchberger baron de Liebisdorf », un texte de Louis-Claude de Saint-Martin : « Le juste Elie, dont le nom embrasse toutes les classes d’Êtres supérieurs à la matière », des extraits d’écrits en lien avec le sujet de Madame Guyon : « IIIe Livre des Rois, ch. XIX, versets 8 à 14 Avec les Explications & Réflexions qui regardent la vie intérieure » et le texte de Louis-Claude de Saint-Martin : « Le véritable christianisme » publié dans Le Ministère de l’Homme-Esprit.

Un bel ouvrage pour les martinistes au sens le plus large et les saints-martiniens.