jeudi 8 juillet 2021

Liber n°6

 

Liber n°6, printemps 2021

Editions Alcor, 1 rue de Ramatuelle, 13007 Marseille – www.alcor-editions.fr

La sixième livraison de la très belle revue-livre Liber tient toutes ses promesses avec un hommage à Francis Laget qui nous a quittés en mars 2021. Cet homme, érudit et d’une grande sagesse, exerça une profonde influence dans de nombreux milieux.

Jérôme Rousse-Lacordaire introduit le très beau texte de Francis Laget consacré à l’olivier et à l’huile :

« « Homme du pourtour » comme il aime à se qualifier, Francis Laget n’en est pas moins un homme du centre, ce pourquoi il peut vagabonder à l’entour tout en nous reconduisant, presque insensiblement, toujours au centre. Homme des plantes aussi, ainsi que ce voyageur s’est décrit, il n’est pas étonnant que notre méditerranéen de Marseille s’intéresse de près à l’olivier et à son huile et les accompagne dans leurs pérégrinations. Ainsi d’Athéna aux compagnons, de Delphes à Jérusalem, de l’hébreu au grec, son trajet méditerranéen nous conduit-il jusqu’à la « couronne » (l’expression est de lui et n’est probablement pas accidentelle chez l’amateur de kabbale qui sait bien ce que la couronne désigne) : le symbolisme chrétien de l’olivier et, plus encore, de son huile, tel qu’il découle de ses antécédents grecs et juifs. »

 

 


 

Michel Michel observe qu’« Il est de la nature de la Tradition de se transmettre aux différentes cultures et aux différentes situations historiques ». Cependant, ajoute-t-il, « Intégrer les principes de la modernité, ce n’est pas incarner le corps du Christ dans une nouvelle culture, c’est pactiser avec les germes de la corruption, c’est se trahir. ». Progressisme, modernisme, individualisme, confusion entre le psychologique et le spirituel ont conduit à un morcellement tel que nous tournons le dos à la connaissance.

Jean Viride propose plusieurs entrées dans les mystères du « Quatre de chiffes » dont on sait l’importance dans le Compagnonnage.

Baptiste Rappin nous intéresse à la pensée de Jean-François Mattéi, philosophe trop méconnu, spécialiste de Platon, voit dans l’analogie une permanence traditionnelle salutaire dans le mythe comme dans la raison.

Sommaire : Michel Michel, La modernité comme quête dévoyée et impatiente de la Jérusalem Céleste – Baptiste Rappin, La fidélité de la pensée de Jean-François Mattéi à la tradition de l’Analogie – Jean Viride Harmoniques du « Quatre de Chiffre » – Rémi Boyer, Lima de Freitas, Le peintre, l’éveilleur – Francis Laget, L’Olivier Symbolique.

mardi 6 avril 2021

L’épopée des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et de leur Profession

 

L’épopée des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte et de leur Profession par Dominique Vergnolle. Editions de La Tarente, Mas Irisia, Chemin des Ravau, 13400 Aubagne.

https://latarente.fr/

L’ouvrage rigoureux de Dominique Vergnolle présente une synthèse augmentée et particulièrement argumentée de ce que nous savons sur la genèse et l’histoire du Régime Ecossais Rectifié et plus particulièrement sur sa classe chevaleresque et sa classe secrète.

L’auteur s’inscrit dans la continuité des recherches historiques importantes livrées depuis trois décennies par des spécialistes de la Franc-maçonnerie ou du RER en particulier. S’il ne bouleverse pas les connaissances sur le sujet, il précise ou confirme nombre de points grâce à l’apport exceptionnel du Fonds maçonnique Charles de Hesse conservé par la Grande Loge du Danemark et mis à la disposition de Dominique Vergnolle.

La correspondance entre Charles de Hesse et Jean-Baptiste Willermoz apporte de nombreuses informations sur les événements qui conduisirent à l’établissement du RER.



D’une manière plus générale, nous assistons à la naissance d’un ordre initiatique, à sa lente construction qui prend en compte des forces convergentes, d’autres divergentes et des contextes historiques et sociétaux mouvants. C’est une opportunité pour le lecteur de démystifier les ordres initiatiques, créations humaines complexes, plus ou moins inspirées, plus ou moins abouties, tout en reconnaissant leur fonction, leur intérêt, et le service qu’ils proposent.

En ce qui concerne spécifiquement le RER et l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, les difficultés rencontrées par Jean-Baptiste Willermoz pour mener à bien son projet initiatique de rectification ne font que mettre en évidence la réussite de ce projet caractérisé par une rare cohérence rituelle et doctrinale. Cette « nouvelle histoire » du RER soutient fortement la spécificité et l’intérêt du régime ou du rite.

Dominique Vergnolle met bien en évidence la double matrice du RER, la matrice templariste avec sa composante templière insistante et celle de la doctrine de la Réintégration de Martines de Pasqually et de son Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers. Jean-Baptiste Willermoz, membre éminent de l’Ordre fondé par Martines de Pasqually, fit de son régime un conservatoire de la doctrine de la Réintégration dans une perspective plus trinitaire et un cadre chevaleresque et maçonnique presque classique.

Dominique Vergnolle rappelle le contexte maçonnique de l’époque avant de retracer presque pas à pas les étapes qui menèrent à l’instauration du RER depuis les premiers pas de Jean-Baptiste Willermoz en Franc-maçonnerie. Les différents convents qui marquèrent ce processus sont étudiés dans le détail y compris les nombreux mouvements en coulisse. Les nombreuses questions qui entourent la classe secrète de la Grande Profession sont posées : instruction secrète, initiation secrète, positionnement, finalité… Tout comme le rapport délicat et souvent encore incompris au templarisme, entre renoncement à la prétention d’une filiation historique avec l’Ordre du Temple mais maintien de l’alliance avec l’archétype du Temple. La définition de la Bienfaisance initiatique, le sens du « Haut et Saint Ordre », de la « Cité Sainte », le choix des emblèmes de l’Ordre, la rédaction des rituels… rien ne fut simple et il fallut à Jean-Baptiste Willermoz une constance exceptionnelle pour mener à bien ce projet.

« Mais, comme le remarque si bien Pierre Mollier dans sa préface, derrière ces questions méthodologiques, il [le lecteur] pourra surtout découvrir la genèse d’un authentique mouvement d’ésotérisme chrétien. Martines de Pasqually, Willermoz, leurs disciples et leurs successeurs ont cherché, derrière la lettre, la lumière de l’esprit premier du christianisme. Le RER et ses quelques milliers d’adeptes témoignent de l’existence – inattendue et encore largement ignorée – d’un ésotérisme chrétien dans la France d’aujourd’hui. Les pages que l’on va lire sont une belle introduction à sa compréhension. »


 

Ce livre est non seulement bienvenu mais indispensable à qui veut comprendre, et peut-être connaître, le Régime Ecossais Rectifié dans toute ses dimensions spirituelles et sa profondeur initiatique.

 

Entretien avec Dominique Vergnolle :

https://latarente.fr/smartblog/18_lepopee-des-CBCS.html

mardi 12 janvier 2021

Liber. Le Cœur Glorieux

 

Liber. Le Cœur Glorieux, automne 2020 n°5. Editions Alcor, 1 rue de Ramatuelle, 13007 Marseille.

http://www.alcor-editions.fr/

C’est un magnifique numéro que nous propose la belle revue dirigée par Gilbert Bonnet, par le sujet, Le Cœur Glorieux et la qualité des contributeurs rassemblés.

Au sommaire de ce numéro : Mgr Jean-Pierre Ellul, Sœur Anne-Madeleine REMUZAT - Dominique Dendraël, La création du musée du Hiéron sous les auspices du Sacré-Cœur - Gauthier Pierozak, Les «préfigurations» du Sacré-Cœur - Philippe Subrini, Petit parcours sur la représentation du cœur dans l’iconographie - Jacqueline Kelen, La dévotion au Cœur divin dans la mystique chrétienne - Colette Poggi, L’expérience du Cœur dans le Shivaïsme du Cachemire – Vibration originelle et résonance - Muhammad Vâlsan, Le Temple et son cœur - Georges Lahy, Le cœur épique - Serge Caillet, La porte du cœur dans la tradition martiniste - Jean-Pierre Laurant, Cœur et centre chez René Guénon, ou de l’usage des symboles - René Guénon, Le Cœur rayonnant et le Coeur enflammé - Louis Charbonneau-Lassay, L’image du Cœur-Sacré et les Armoiries des Souverains - Eric Unger, L’architecture des cœurs.

 



C’est un sujet essentiel qui transcende les courants traditionnels. Le comité de rédaction introduit ce numéro thématique inhabituel :

« Le symbolisme du cœur occupe une place prépondérante dans toutes les traditions. Revisiter sa richesse et sa profondeur ne nous semble pas vain, d’autant que les contributions n’ont pas tardé à venir des femmes et des hommes de cœur, réunis par et dans le cœur. L’universalité du cœur rend vaine toute tentative visant à une approche exhaustive. Le métaphysicien comme le dévot trouvent par le cœur l’accès à de plus amples et exaltantes réalisations intérieures. (…)

La multiplicité, la dispersion, les forces centrifuges, nous propulsent le plus loin possible de qui nous sommes. Le cœur pourrait être le signe de reconnaissance des êtres mus par les forces centripètes, qui, laissant aller le monde là où il doit aller sont comme aspirés par l’appel du Cœur des cœurs. Non seulement le cœur ouvre sur des perspectives illimitées, mais il est aussi le lieu des pratiques invocatoires opératives, faisant de celui qui possède ces deux dimensions, en les reliant entre elles, un authentique médiateur, un fils du Ciel et de la Terre, pour emprunter une référence d’inspiration taoïste. Ainsi, par exemple, c’est du dhikr du cœur, comme de la prière du cœur, que vient la gloire des hommes spirituels. »

La référence au Cœur, aussi désigné comme Centre, renvoie au Silence, lieu véritable de l’Être, et Temple unique dans lequel les adeptes de toutes les traditions opèrent. Le lecteur pourra s’en convaincre en plaçant en miroir les deux textes de Jacqueline Kelen et Colette Poggi. Si elles se réfèrent à deux traditions différentes, elles évoquent bien, avec leur talent respectif, une unique Réalité.