jeudi 11 novembre 2021

Miroir d'Isis n° 29

 

Le Miroir d’Isis n° 29, automne 2021.

www.miroirisis.com

Dans ce très beau numéro du Miroir d’Isis, nous retrouvons, grâce à Eléonore d’Hooghvorst, la riche correspondance entre Emmanuel d’Hooghvorst et Serge Lebal. Evidemment, Louis Cattiaux et le Message Retrouvé sont à l’arrière-plan de ces échanges.

E.H. le 13-21953 :

« Cattiaux est admirable de patience et d’humilité ; il continue, sans se lasser, à courir après tous ces ânes qui n’ont pas soif, pour essayer de leur donner à boire. Bien sûr, nous ne devons pas nous enorgueillir comme le pharisien de l’Evangile, car si nous avons rencontré Cattiaux, c’est par grâce et sans mérite de notre part. »

Mais les échanges abordent aussi la pratique alchimique à travers le commentaire d’auteurs, certains avisés, d’autres moins, au regard du travail au laboratoire, et témoignent de toutes les dimensions de la queste, technique et interne.

Sommaire : Une religion immuable par A.A. – La quête de l’Un par Clément Rosereau – Peines éternelles ou disparition définitive par Didier Rabosée – Un chemin constellé d’étoiles de Catherine de Laveleye – Lettre à un ami par Roland van Rijckevorsel – La crise de cœur de Mohammed Rustom – Israël et la Bible de Claude Van Gallebaert – Brève présentation de l’ennéagramme de Sully Faïk – Heureux le serviteur qui veille par Eléonore d’Hooghvorst…

Catherine de Laveleye revient sur Dante à l’occasion du 700ème anniversaire de sa disparition. L’œuvre de Dante a souvent été abordée dans la revue tant son importance est considérable tant en mystique qu’en hermétisme car, nous dit-elle, « Dante parle en disciple d’Hermès ».

A propos du cœur, thème central de ce numéro 29, Mohammed Rustom évoque la figure de 'Ayn al-Quzhât Hamadânî, martyr soufi du XIIème siècle, l’un de ces merveilleux fous de Dieu :

« Pour citer à nouveau'Ayn al-Quzhât : « Le cœur sait ce qu’est le cœur. » Qu’est-ce que le cœur ? 'Ayn al-Quzhât nous dit qu’il n’est rien d’autre que l’endroit où Dieu regarde : « Le cœur est l’objet du Regard divin, et il en est digne ». Le cœur est par conséquent suffisamment digne pour que Dieu l’explore du regard. Ceci fournit l’occasion à notre auteur de citer le fameux hadith : « Dieu ne regarde ni vos formes ni vos actions, mais Il regarde vos cœurs. » Dieu veut manifestement Se voir Lui-Même lorsqu’il regarde dans le cœur. »

Chaque article est l’occasion de nécessaires approfondissements et de méditations fructueuses. Jamais, la finalité de l’œuvre n’est perdue de vue :

« Celui qui s’attache à trois choses, alors que deux suffisent et qu’une seule est vraiment nécessaire, prépare pour tous le désordre et la ruine. » nous dit Louis Cattiaux dans le Message Retrouvé.

jeudi 21 octobre 2021

Le temple symbolique des Francs-maçons

 Le temple symbolique des Francs-maçons par Dominique Jardin. Collection Renaissance Traditionnelle. Editions Dervy, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

http://www.dervy-medicis.fr/

Le templarisme est au cœur de la symbolique et de l’initiation maçonnique. Cependant, l’archétype du Temple et son déplacement à travers les traditions et les époques reste le plus souvent mal compris. Ce livre, très complet, sur la fonction du temple comme mythème central de la Franc-maçonnerie en la plupart de ses rites, nous permet d’avancer dans la compréhension des fondements de l’initiation maçonnique.


 

C’est par l’image que Dominique Jardin veut justement explorer le jeu de miroirs des mythèmes du Temple. Grâce à une iconographie aussi riche que soignée, il nous propose de « visiter les images » et de renouer non pas seulement avec l’interprétation mais bien avec une nécessaire herméneutique.

En permanence, l’initiation maçonnique met en jeu, voire en œuvre, plusieurs rapports au temple :

« Le temple des Francs-maçons, nous dit l’auteur, est d’abord le temple maçonnique, lieu réel où les frères s’assemblent régulièrement en « tenues », nom donné à leurs réunions de travail. Mais c’est aussi un idéal projeté sur le modèle du temple de Salomon, pour mieux construire le futur temple de la cité idéale. Ainsi, les Francs-maçons construisent eux-mêmes la structure qui les accueille, puisqu’ils se réunissent dans une loge pour y construire un temple. Enfin, pour chaque Franc-maçon, le temple est aussi un temple individuel, celui de l’initié qui vient en loge « honorer la vertu et creuser des cachots pour les vices » et y recueillir la lumière dont il devient fils ».

Dominique Jardin repose la question de l’ésotérisme maçonnique ou de l’ésotérisme en Franc-maçonnerie, question, rappelle-t-il, qui clive encore le champ maçonnique. En résumant ce qui caractérise l’ésotérisme dans sa définition universitaire, il montre comment l’ésotérisme imprègne la symbolique maçonnique et plus encore, la justifie. En contextualisant ses apports et ses influences, nous pouvons déterminer la part d’ésotérisme et son intérêt dans les différents rites, ainsi de l’hermétisme, de la doctrine trinitaire, du noachisme, de la doctrine de la réintégration…

Trois grandes thématiques, associées au Temple maçonnique, sont identifiées dans ce livre, celle de la quête de l’Origine, « la construction d’une cosmogonie, voire d’une cosmologie initiatique » et celle de « la construction et surtout reconstruction du temple ».

C’est en puisant notamment dans l’iconographie et les rituels de trois rites que Dominique Jardin développe son analyse et pénètre les sens possibles des symboles assemblés, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, le Rite Français et le Rite Ecossais Rectifié. Il examine tout d’abord « le temple dans tous ses états », l’évolution des représentations du temple dans l’histoire et la manière dont la Franc-maçonnerie s’est appropriée, dans ses discours et dans ses symboles, ce mythème fondamental. Puis, il développe les trois thématiques de l’Origne, de la cosmogonie initiatique du Temple et de sa reconstruction.

Il existe un « enchâssement » des significations des symboles du Temple et de ses éléments qui constituent la matière même du processus initiatique maçonnique, particulièrement Ecossais. Le travail, tout à fait remarquable de Dominique Jardin, permet non seulement au lecteur attentif une compréhension accrue de ce qui est là, au fondement des rites, mais d’atteindre une opérativité qui ne se donne pas d’emblée. Il met en garde contre l’illusion de la filiation templière qui écarte du véritable objet de la quête, la construction du temple et du Temple en soi, forme et archétype vivants.

Alors que bien souvent, l’histoire, science profane, éteint la dimension initiatique, elle est ici à son service. Sans jamais se départir de la rigueur exigée par l’approche historique, Dominique Jardin ne perd jamais de vue la finalité initiatique et de ce qui la nourrit, religions, philosophies, ésotérismes… Il pose des jalons, indiquent les nombreuses portes que le lecteur est invité à pousser, et parfois même, en laisse volontairement la clef bien visible.

mardi 12 octobre 2021

La tradition martinésiste

 

La tradition martinésiste de Serge Caillet. Editions Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.

www.lemercuredauphinois.fr

L’ouvrage va permettre à tous ceux qui s’inscrivent dans la tradition martiniste et illuministe de s’approprier les fondements de ce courant, c’est-à-dire les membres des expressions actuelles de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, du Rite Ecossais Rectifié, et des divers ordres martinistes issus de Papus et des Compagnons de la Hiérophanie mais aussi bien sûr les étudiants de la théosophie de Louis-Claude de Saint-Martin. Tous ces courants traditionnels puisent dans la tradition martinésiste.

 


 

C’est avec la même rigueur et le même souci pédagogique rencontrés dans les cours de l’Institut Eléazar que Serge Caillet a rédigé ce livre, fruit de ses nombreuses recherches mais aussi des interactions avec tous ceux qui ont participé à ses séminaires sur le martinésisme.

Serge Caillet rappelle tout d’abord la genèse de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers. Il distingue trois dépôts. Le premier est maçonnique, stuardiste. Le deuxième résiderait dans une tradition familiale et une lignée paternelle. Le troisième puise dans la tradition de magie salomonienne. Le quatrième, d’importance, naît de la pratique elle-même :

« Martinès de Pasqually a vécu en initié, il a beaucoup pratiqué la théurgie cérémonielle, au point d’enrichir lui-même son propre héritage, y compris, dit-il, de l’enseignement que la Sagesse divine elle-même lui dicta. »

 L’Ordre des Elus Coëns, avant de se formaliser dans la dualité du monde, préexiste de manière spirituelle, comme le Haut et Saint Ordre du Régime Ecossais Rectifié. L’ordre en question est indissociable de la chose elle-même qui l’anime et le justifie.

L’objet de la théurgie coën, comme d’ailleurs de la pratique du RER est la réintégration, le retour à la Source et à notre état originel. Serge Caillet présente et détaille la « carte » de ce retour, la fameuse « figure universelle ». Pour la commenter, il fait appel à d’autres figures, d’autres schémas, généralement oubliés ou négligés, qui éclairent ce modèle original.

L’arithmosophie martinésiste, singulière, est étudiée en profondeur. C’est en effet indispensable pour avancer dans la compréhension globale et particulière de la doctrine de la réintégration. Les ternaires, nombreux chez Martinès et les septénaires, clés de cet ensemble, sont analysés. La symbolique du chandelier à sept branches est envisagée selon diverses entrées qui concourent à une compréhension approfondie et opérative.

Les nombres structurent le livre comme ils structurent la création et comme ils structurent la voie de réintégration. Le lecteur avance pas à pas à travers les nombres tout comme l’opérant dans la théurgie des élus coëns ou « culte primitif ». Serge Caillet rappelle les fondements d’une telle théurgie :

« En revivant, dans des opérations individuelles ou collectives, un événement passé, à son tour, l’élu coën le réactualise à son profit ou au profit de la classe qui fait l’objet de la cérémonie. Accomplir les rites signifie alors participer aux événements qu’ils remémorent. Certes, les actes des Prophètes, des Apôtres, du Christ même, ont été réalisés une fois pour toutes et, en tant que tels, ils ne peuvent être réitérés. Mais il s’agit moins de les répéter que de s’y associer, après avoir pris conscience que ceux-ci ont été accomplis pour que chaque célébrant y participe à son tour et en son temps. En rendant présentes, pour l’impétrant d’une réception ou l’officiant d’une opération, des actions passées uniques, les rites coëns participent eux aussi de ce renouvellement personnel des épisodes clefs de l’Ecriture. »

Ce que Serge Caillet suggère c’est que l’opération théurgique est une célébration qui actualise le « déjà et pas encore ». Nous ne sommes pas dans un vain « faire » pour « avoir » mais bien dans la célébration de ce qui est. Ce sens réel de toute théurgie, ou de tout mythe traditionnel, et, plus largement, de tout rite doit être rappelé. Il interroge notre rapport au temps. La théurgie perd son sens dans une vision causale et linéaire du temps. C’est dans la présence en l’instant qu’une « conjonction amoureuse » est possible entre l’opérant et le divin.

En fait, tout au long de ce livre, il n’est question que de l’Esprit, à la fois insaisissable et inévitable. C’est par l’Esprit que la réintégration universelle est possible.

Ce livre, par sa grande cohérence, et aussi ses questions laissées en suspens, rend vivante une tradition que d’aucuns figent dans le passé ou l’approche historique. Il intéressera tous ceux qui sont concernés de près ou de loin par un courant majeur de la spiritualité occidentale.

jeudi 8 juillet 2021

Liber n°6

 

Liber n°6, printemps 2021

Editions Alcor, 1 rue de Ramatuelle, 13007 Marseille – www.alcor-editions.fr

La sixième livraison de la très belle revue-livre Liber tient toutes ses promesses avec un hommage à Francis Laget qui nous a quittés en mars 2021. Cet homme, érudit et d’une grande sagesse, exerça une profonde influence dans de nombreux milieux.

Jérôme Rousse-Lacordaire introduit le très beau texte de Francis Laget consacré à l’olivier et à l’huile :

« « Homme du pourtour » comme il aime à se qualifier, Francis Laget n’en est pas moins un homme du centre, ce pourquoi il peut vagabonder à l’entour tout en nous reconduisant, presque insensiblement, toujours au centre. Homme des plantes aussi, ainsi que ce voyageur s’est décrit, il n’est pas étonnant que notre méditerranéen de Marseille s’intéresse de près à l’olivier et à son huile et les accompagne dans leurs pérégrinations. Ainsi d’Athéna aux compagnons, de Delphes à Jérusalem, de l’hébreu au grec, son trajet méditerranéen nous conduit-il jusqu’à la « couronne » (l’expression est de lui et n’est probablement pas accidentelle chez l’amateur de kabbale qui sait bien ce que la couronne désigne) : le symbolisme chrétien de l’olivier et, plus encore, de son huile, tel qu’il découle de ses antécédents grecs et juifs. »

 

 


 

Michel Michel observe qu’« Il est de la nature de la Tradition de se transmettre aux différentes cultures et aux différentes situations historiques ». Cependant, ajoute-t-il, « Intégrer les principes de la modernité, ce n’est pas incarner le corps du Christ dans une nouvelle culture, c’est pactiser avec les germes de la corruption, c’est se trahir. ». Progressisme, modernisme, individualisme, confusion entre le psychologique et le spirituel ont conduit à un morcellement tel que nous tournons le dos à la connaissance.

Jean Viride propose plusieurs entrées dans les mystères du « Quatre de chiffes » dont on sait l’importance dans le Compagnonnage.

Baptiste Rappin nous intéresse à la pensée de Jean-François Mattéi, philosophe trop méconnu, spécialiste de Platon, voit dans l’analogie une permanence traditionnelle salutaire dans le mythe comme dans la raison.

Sommaire : Michel Michel, La modernité comme quête dévoyée et impatiente de la Jérusalem Céleste – Baptiste Rappin, La fidélité de la pensée de Jean-François Mattéi à la tradition de l’Analogie – Jean Viride Harmoniques du « Quatre de Chiffre » – Rémi Boyer, Lima de Freitas, Le peintre, l’éveilleur – Francis Laget, L’Olivier Symbolique.