samedi 2 janvier 2016

Ecce Homo



Ecce Homo de Claude Guérillot, Editions Vega.

Les écrits de Claude Guérillot sont toujours une opportunité d’approfondir sa démarche spirituelle. Cet essai est placé sous le signe d’un symbole formé d’une croix de trois points disposés en triangle équilatéral et de la lettre h, abréviation d’allélouia, écrite en estrangelo, la plus ancienne version de l’alphabet syriaque. Ce symbole qui scelle chaque fin de chapitre du livre affirme, nous dit Claude Guérillot « la foi complète de l’église », de la « Grande Eglise », chrétienne, trinitaire, qui « travaille à la gloire du Dieu Un et honore les Trois Hypostases coéternelles, consubstantielles et inséparables, le Père, le Fils et l’Esprit Saint. ».
Cet essai, dense, rigoureux, profond, comme le sont habituellement les travaux de Claude Guérillot, traite de l’Incarnation, de la Passion et de la Résurrection, événements centraux dans notre histoire, clés prophétiques de la mutation de nos esprits. Dans cet essai, parmi deux nombreux thèmes d’importance, nous retrouvons la question des deux natures si chère à Jean-Baptiste Willermoz. Ce sont aussi les grands archétypes à l’œuvre à travers les individualités comme les mouvements collectifs que cherche à identifier et comprendre, en leurs actions et influences, Claude Guérillot, archétypes sombres ou archétypes lumineux, de séparation ou de réintégration.



Le livre commence avec la Dernière Cène pour suivre les événements du drame à la fois humain et cosmique : arrestation et procès, crucifixion et dormition, résurrection et apparitions, constitutifs à la fois d’une histoire et d’une prophétie dont Claude Guérillot rappelle la fonction :
« Mais qu’est-ce donc qu’une prophétie si les hommes demeurent libres de leurs propres choix ? Elle ne nous dit pas ce qui arrivera nécessairement mais nous avertit des conséquences de certains actes ou de certains comportements. Les événements qui viennent d’être rappelés sont fondateurs de l’avenir de l’humanité. Les protagonistes, quels qu’ils aient été, ont eu et auront des continuateurs, des épigones, des émules. De leurs choix et de leurs actions dépendront nos avenirs. Le comprendre pourra éclairer nos propres choix. »
Il y a donc une actualisation permanente du drame christique à la fois en nous, dans l’interne et dans l’externe, au sein du monde. Claude Guérillot nous propose de nous saisir des fonctions archétypales de la vie du Christ et de les retrouver à l’œuvre dans la temporalité historique. Il commence par les « antagonistes du Christ » : Judas ou l’espérance déçue, Hanne ou l’intolérance au pouvoir, Caïphe ou les intrigants au pouvoir, Pilate ou la cruauté des politiques, Celse ou l’audace des calomniateurs, toujours opérants, au quotidien, sous nos yeux.
La Dormition du Christ apparaît dès lors dans un tout autre regard :
« A notre sens les évolutions constatées depuis plus de trois siècles sont prophétiquement annoncées par la Dormition du Christ, c’est-à-dire un temps pendant lequel Dieu ne nous parle plus. Rappelons que les trois derniers siècles ont été ceux pendant lesquels, par la conjonction du développement technologique et de l’effacement des valeurs morales, les plus abominables génocides ont été perpétrés tandis que les ravages des drogues de toutes espèces s’étendaient extraordinairement. »
La Résurrection prophétique est portée par ceux qui accompagnèrent Jésus, antidotes archétypaux aux antagonistes du Christ : Marie de Magdala ou l’Apôtre des apôtres, Nicodème et Joseph d’Arimathie ou les Justes, Saint Thomas ou la recherche de la vérité, Saint Pierre ou les faiblesses humaines, Saint Jean ou le chantre de l’agapé divine. Il est beaucoup plus difficile de reconnaître ces archétypes lumineux à l’œuvre dans notre monde.
Claude Guérillot réinvestit les archétypes présents dans l’Ascension, la Résurrection, l’Incarnation et le Salut en conciliant la puissance intuitive et poétique du symbole avec les ouvertures logiques et scientifiques du millénaire dans lequel nous sommes désormais engagés. In fine, il nous invite à revenir à Job et sa leçon :
« Le Livre et la raison logique s’accordent sur cette idée : Dieu est agapé et Il nous a fait libres et intelligents. Un mort ne peut pas revivre mais Dieu peut nous Le faire voir, L’entendre et Le toucher car Il a voulu qu’Il puisse nous parler, Se montrer à nous, Se laisser toucher par nous. Nos morts revivent, purifiés, dans Sa Mémoire, et y sont capables d’aimer et d’intercéder pour nous.
Job nous enseigne l’humilité et la confiance. Certes le Livre de Job est un récit allégorique et symbolique. Mais il nous enseigne aussi l’espérance, même lorsque notre condition humaine nous a relégué sur un tas de fumier, Dieu ne nous abandonne pas. »
Cet ouvrage que Claude Guérillot présente comme probablement son dernier est un testament spirituel d’une grande profondeur par lequel la lucidité et la foi font accord. Illustré magnifiquement par le peintre Joseph Matar, ce dernier cadeau de l’esprit que nous offre un vieux compagnon de route doit être accueilli avec respect et gratitude.
Editions Véga, 19 rue Saint-Séverin, 75005 Paris, France.

samedi 5 décembre 2015

Le Régime Ecossais Rectifié



De la Doctrine de la Réintégration à l'Imago Templi. Le Régime Ecossais Rectifié de Rémi Boyer, Editions La Tarente.

Cet ouvrage, placé sous le signe de Sophia, aurait pu tout aussi bien porter le titre de Le Régime Écossais Rectifié comme voie d’éveil, venant ainsi compléter le triptyque des ouvrages de Rémi Boyer sur la voie d’éveil qu’il a écrit sur la Rose-Croix, la Franc-maçonnerie et le Martinisme.





Ces voies initiatiques ont en commun l’Amour et la Connaissance, les deux piliers de la Gnose qui est particulièrement présente dans le Rite Écossais Rectifié. Car, avant tout, Willermoz était un gnostique, comme avant lui Martinès de Pasqually.

Serge Caillet, dans son introduction, nous rappelle que la Gnose c’est la quête du Réel. Mais Rémi Boyer insiste sur le fait que le Réel ne peut pas être traduit par des mots.

Aussi, devrons-nous aller au-delà des mots, au-delà de ce que les rituels du RER peuvent dire pour chercher ce qu’ils veulent dire.

Rémi Boyer nous livre et commente les instructions aux Profès et surtout celles des Grand Profès qui donnent une synthèse remarquable de la Doctrine de la Réintégration.

Ce livre s'adresse à tous ceux qui sont concernés par le martinisme en général et la Doctrine de  la Réintégration en particulier, membres de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers, du Régime Ecossais Rectifié ou de l'Ordre Martiniste en leurs diverses expressions.


La Franc-maçonnerie swedenborgienne



La Franc-maçonnerie swedenborgienne de Serge Caillet, Editions La Tarente.
En ce début de XXe siècle, le Dr Gérard Encausse dit Papus, active en France le rite swedenborgien. La patente lui vient de John Yarker, grand hiérophante du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, qui en assume la grande maitrise générale outre-Manche. L’aéropage INRI, dirigé par Papus, va donc travailler au rite primitif et originel, avatar du swedenborgisme.


L’étude liminaire de Serge Caillet à la publication des rituels des 3 degrés de ce rite nous fait voyager d’Emanuel Swedenborg aux Compagnons de la Hiérophanie, en passant par Dom Pernéty, le Marquis de Thomé ou encore Martines de Pasqually. Voyage dans le temps et dans l’espace, où l’on voit ce rite passer d’Europe aux Amériques et retour.
Robert Amadou avait mandaté Serge Caillet pour l’édition de ces rituels. C’est aujourd’hui chose faite dans la 2e partie de cet ouvrage.
Les 3 grades, en réalité des «hauts grades» puisque il faut être maître maçon pour prétendre les pratiquer, ont pour noms Illuminé franc-maçon ou Frère vert, Sublime franc-maçon ou frère bleu et Parfait franc-maçon ou Frère rouge. Des rituels riches en détails symboliques jusqu’ici tenus dans l’oubli.

 

mercredi 2 décembre 2015

Saint Michel Archange



Saint Michel Archange de François Eiximenis, Editions de la Merci.
Francesc Eiximenis (1330 – 1409) est un franciscain catalan qui laissa une œuvre considérable et influente. La pièce maîtresse de cette œuvre est un ensemble de treize livres, Lo Crestià, resté inachevé.
Son Llibre dels àngels connut un vrai succès et fut largement traduite et publiée aux XVème et XVI XVIème siècles. C’est un traité d’angéologie très développé auquel se mêlent des considérations plus politiques. Francesc Eiximenis participe au développement du culte des anges protecteurs des cités. Il va ainsi inventer le culte de l’Ange custode de Valence. C’est à partir de soixante ans qu’il laisse de côté une vie plutôt aventureuse et politique pour renouer avec la religiosité et la contemplation. Le Livre des Anges et la Vie du Christ, ouvrage considéré comme exceptionnel, malheureusement indisponible en français, sont le fruit de cette période d’intimité spirituelle.
Le Livre des Anges s’appuie sur plusieurs sources dont la Hiérarchie céleste de saint Denys l’Aéropagite et le De divinis nomiunibus du pseudo-Denys mais cet érudit a étudié les œuvres puissantes de nombreux auteurs de saint Augustin à Origène en passant par Aristote. Cependant, son écriture est très vivante par l’intégration d’anecdotes, témoignages, légendes, miracles. A la fois garant d’une angéologie classique et novateur dans son expression, son travail, se trouve à la croisée de la tradition populaire et de l’érudition sans qu’il défende les thèses de telle ou telle école.
Le Saint Michel Archange se présente comme le cinquième traité du Livre des Anges. Outre certains passages de la Bible, comme la révélation faite au prophète Daniel, le glissement de certains mythèmes des traditions non chrétiennes vers l’action de saint Michel vont favoriser le développement du culte de saint Michel qui au fil des siècles va s’étendre et se renforcer avec des ancrages particulièrement puissants comme la création du Mont saint Michel au VIIIème siècle ou la fondation au XIIème siècle par Alphonse 1er de Portugal de l’Ordre des chevaliers de l’Aile de saint Michel pour célébrer la victoire d’Alcobaça en 1171 qui fait écho à une autre victoire du roi : Alphonse 1er fut le fondateur du royaume de Portugal par la célèbre bataille d’Ourique en 1139.
Cependant, Eiximenis traite surtout des fonctions de l’archange dans son traité : médiateur et conseiller des gouvernants, adversaire permanent de Lucifer, maître des miracles, facilitateur de la compréhension du dessein divin, artisan de sa création, organisateur de la fin du monde, etc.

Nous remarquerons le chapitre consacré aux prophéties concernant les royaumes d’Europe qui s’inscrivent dans l’attention générale que portent les franciscains aux prophéties, particulièrement dans la péninsule ibérique.

Plusieurs chapitres de fin d’ouvrage traitent de la prière à saint Michel et de son efficacité. Comme le note Patrick Gifreu dans sa belle et riche présentation de l’ouvrage, « en définitive, il s’agit de l’ange protecteur de chaque âme sur lequel le XVème siècle s’est interrogé avec une curiosité particulière. ».
Cette édition, particulièrement soignée, d’un texte important du grand auteur que fut et demeure Francesc Eiximenis a été publiée avec l’appui de l’Institut Ramon Llull de Barcelone.
Editions de la Merci, 9 avenue Cap Béar, 66100 Perpignan, France.