mercredi 12 janvier 2011

Joséphin Péladan

Joséphin Péladan et la Rose+Croix. Etude historique sur les courants initiatiques rosicruciens de la Belle Epoque autour du Sâr Péladan par Arnaud de l’Estoile, Editions Arqa.
La personnalité de Joséphin Péladan (1858-1918) est difficile à cerner et continuera de nous échapper. Cependant, ce livre dresse un beau portrait de l’homme, de l’artiste, de l’initié dans une époque particulièrement riche pour l’occultisme et l’initiation.
Arnaud de l’Estoile rend compte des relations difficiles du Sâr avec ses pairs, on pense bien sûr à Stanislas de Guaita et la célèbre « guerre des deux roses » et met en évidence une influence certaine, culturelle mais aussi initiatique, qui lui a heureusement survécu.
Nous retrouvons dans ces pages cette Rose-Croix de Toulouse dont on sait si peu. Son frère, Adrien, en détenait la filiation et il initia Joséphin. C’est cette initiation que revendiqua Péladan pour constituer son Ordre de la Rose-Croix Catholique du Temple et du Graal. Quelques filiations hermétistes rosicruciennes se sont maintenues confidentiellement dans des cercles familiaux élargis. Il est possible que les Péladan se soient inscrits dans l’un de ces courants. Joséphin Péladan, catholique peu catholique et hermétiste peu hermétiste, n’en a pas moins laissé dans ses écrits des indices très intéressants sur la connaissance des arcanes.
L’auteur pose la question « de savoir si le Sâr fut un réel initié Rose-Croix ou s’il a mis ses acquis en occultisme uniquement au service de son épopée romanesque et de sa propre gloire. ». C’est évidemment un faux problème, nul ne saurait juger de ce qu’il en est et il faut rappeler qu’à toutes les époques, certains initiés choisissent le tapage pour mieux se cacher. Nous ne suivrons pas non plus l’auteur quand il affirme que « c’est actuellement l’AMORC qui perpétue de façon la plus visible l’héritage de Péladan ». Si l’AMORC a, par opportunisme, relancé des Salons de la Rose-Croix qui n’ont que peu à voir avec l’esprit magnifiquement quichottesque qui animait le Sâr, on ne saurait trouver dans l’AMORC une continuité traditionnelle avec la Rose-Croix de Péladan comme d’ailleurs avec tout autre courant rosicrucien traditionnel. Rappelons que l’AMORC fut une création ex nihilo de Spencer Lewis sans lien avec les courants hermétistes Rose-Croix.
Toutefois, ce livre est intéressant par la synthèse qu’il propose sur un personnage clef de l’occultisme européen et par les documents, notamment l’iconographie, qu’il met à notre disposition dans une belle présentation.
Editions Arqa 29 bd Lise, 13012 Marseille, France.
www.editions-arqa.com/

vendredi 31 décembre 2010

Chevalerie

Templiers et Hospitaliers en Quercy. Commanderies et Prieurés sur le chemin de Notre-Dame de Rocamadour de Jacques Juillet, Editions Le Mercure Dauphinois.
Ce travail, d’une grande rigueur historique, intéresse, voire passionne, par bien des aspects. Le lecteur bénéficie tout d’abord de la précision, du discernement et du sens de la concision de l’auteur qui ne se perd pas en vaines suppositions comme c’est si souvent le cas avec le sujet de la Chevalerie.
Il commence par nous présenter, de manière très synthétique ce que furent les Hospitaliers et les Templiers, l’Ordre de l’Hôpital et l’Ordre du Temple, dont les deux histoires, les deux tragédies, se mêlent intimement. Il en éclaire la mission, les idéaux, identifie les contradictions entre une spiritualité affirmée et la réalité politique.
Mais c’est en Quercy que Jacques Juillet nous démontre la nature même de la Chevalerie. Aujourd’hui, où les chevaliers de pacotille sont légions, où la mondanité et la lâcheté l’emportent sur l’éthique et le courage, le portrait au quotidien que dresse l’auteur d’un simple chevalier anonyme, soucieux des principes fondateurs de la Chevalerie, inspiré des sept œuvres de Miséricorde, est puissant. Au fil des pages, c’est la conception chevaleresque de la vie que Jacques Juillet nous propose. A travers l’histoire, et surtout l’histoire locale, éloignée des intrigues des « grands » de l’époque, c’est de spiritualité que nous entretient l’auteur.
Il conduit le lecteur dans les commanderies du Haut Quercy, la commanderie du Bastit de Causse, celle de Sainte-Marie de Cahors, celle de la Tronquière, celle d’Espédaillac. Il n’oublie pas non plus les petits Prieurés qu’il fait revivre pour nous.
Mais la partie de l’ouvrage la plus intéressante est celle consacrée aux oubliées de l’histoire officielle, les Dames de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, les « Dames maltaises » et notamment ces Grandes Prieures, de Themines, de Castelnau, de Gourdon-genouillac-Vaillac, grandes figures de la spiritualité et de la bienfaisance, intransigeantes avec elles-mêmes, toutes entières à leur mission, bienveillantes avec autrui, incorruptibles devant la concupiscence des hommes d’Eglise ou d’Etat. Leurs vies sont une leçon d’éthique, d’hospitalité, et de spiritualité chrétienne.
Ce livre laisse une impression étrange et inattendue à sa lecture. Il se présente comme un ouvrage historique mais constitue un puissant rappel à soi-même, à son identité spirituelle, face à un monde qui n’est pas même décadent, ce qui laisserait entendre une créativité vivante, mais seulement au summum de la médiocrité.
Jacques Juillet, par ce livre, nous appelle au pèlerinage, tant géographique qu’intérieur :
« Les touristes du XXème siècle oublient, pour la plupart, qu’un pèlerinage se fait à pied ; la marche, la durée du trajet et ses péripéties, les gîtes d’étape, les chemins indiqués sont l’accompagnement nécessaire à l’exigence de l’âme.
Historiquement l’Ordre religieux et militaire des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem fut la première institution humanitaire internationale et durant huit siècles la seule, bien avant la Croix-Rouge, les Médecins sans frontières ou les Médecins du monde…
Il n’était pas un Etat et néanmoins était souverain,
Il n’’était pas une Eglise et néanmoins relevait du pape,
Il n’était pas une institution Française et néanmoins fut poursuivi et dépouillé par les assemblées de la révolution de 1792-1793, au mépris du droit international envers une puissance étrangère souveraine.
Il était l’ami de la France par des traités, par son rôle de protection des convois français en Méditerranée, par les deux tiers de chevaliers français qui y servaient et il fut interdit de séjour en France.
Pendant neuf cent ans, ses chevaliers donnèrent l’exemple de la vaillance et de l’abnégation, en éducation, en agriculture, en médecine, dans les hôpitaux, en art militaire et sur mer. Ils formèrent nombre d’agriculteurs dans leurs commanderies et sur leurs bateaux la plupart des grands marins de notre ancien régime. L’empereur Napoléon s’en était rendu compte pour avoir dit : « Si mes amiraux avaient été formés à Malte, j’aurais pu vaincre l’Angleterre. »
Il est l’unique ordre de chevalerie du XIIème siècle à avoir survécu et à continuer sa mission originelle de soigner les pauvres, les malades, les blessés des catastrophes et des guerres à travers le monde.
Protéger, secourir, sans souci des risques, des blessures, d’avantages personnels, simplement pour satisfaire à un besoin d’absolu, et savoir mourir ou s’élever avec humilité, « non pas pour soi » (selon l’humble devise des chevaliers du Temple), « mais au service de Dieu et pour les autres », tel fut le devoir des moines-soldats qui ont laissé sur terre un sillon de courage et de conscience où quelques êtres trouveront leur chemin. »
Editions Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris 38000 Grenoble, France.

mercredi 22 décembre 2010

L'Esprit des Choses italien

L’Esprit des Choses, Nouvelle Série, en langue italienne, n°4.
L’Esprit des Choses est de nouveau disponible en langue italienne dans une formule totalement nouvelle, sous la direction de Giancarlo Tumiati et Ennio Junior Pedrini.
Sommaire du n°4 : Ce numéro est tout entier consacré à L'Homme-Dieu : Traité des deux natures, suivi de "Le Mystère de la Trinité" selon Louis-Claude de Saint-Martin de Jean-Baptiste Willermoz. Vous y trouverez la traduction intégrale du texte en italien, accompagné d’une présentation par le comité de rédaction.
Ass. Esprit des Choses, via Vittorio Emanuele 69, 11020 Bard (Ao) Italia.
Espritdeschoses@gmail.com

samedi 23 octobre 2010

Spiritualité Syriaque

Isaac de Ninive, Connaissance des Pères de l’Eglise, n°119, trimestriel septembre 2010, revue publiée avec le concours du Centre National du Livre, Nouvelle Cité Editions.
Sommaire : Editorial de Marie-Anne Vannier – Isaac de Ninive par Sebastian Brock – Solitude, humilité et souvenir de la mort. Quelques éléments de la doctrine ascétique d’Isaac de Ninive par Hilarion Alfeyev – L’importance du corps dans la prière selon l’enseignement d’Isaac de Ninive par Sabino Chialà – La dette d’Isaac de Ninive envers Evagre le Pontique par Paul Géhin – Le couvent de Rabban Shapour et le renouveau monastique en Perse de Florence Jullien.
Isaac de Ninive tient une place importante non seulement dans la spiritualité syriaque, si chère à Robert Amadou, ou plus largement dans l’Eglise d’Orient, mais dans le christianisme en général. Son enseignement s’appuie sur la tradition évagrienne et sur la tradition macarienne. Il concilie ainsi une approche intellectuelle et une approche existentielle.
Mgr Hilarion Alfeyev, métropolite de Volokolamsk, met en évidence la place de l’humilité dans la pensée et la vie d’Issac, ascète qui ne rejetait pas le monde. Il rappelle que « L’humilité chrétienne est d’abord la confiance en Dieu, la défiance de soi, le sentiment d’être indigne et sans défense, ainsi que celui de la présence du Saint-Esprit caché dans les profondeurs du cœur. » Il cite Isaac :
« Un homme humble ne se précipite jamais, il n’est pas pressé ni troublé, il ne s’échauffe pas ni ne s’abandonne à des pensées emballées, mais il demeure toujours calme. Même si le ciel devait tomber sur terre, l’homme humble n’en serait pas ému. Tous les gens paisibles ne sont pas humbles, mais tous les gens humbles sont paisibles,… car un homme humble est toujours au repos, et rien ne peut agiter ou secouer son esprit. Comme personne ne peut faire peur à une montagne, ainsi personne ne peut faire peur à l’esprit de quelqu’un qui est humble. »
L’auteur de l’article insiste également sur le thème ascétique classique du souvenir de la mort et sur le sens de la vie terrestre : « L’idée majeure de la doctrine du salut d’Isaac, souligne-t-il, consiste en ceci : l’issue de l’histoire humaine doit correspondre à la grandeur de la Trinité, le sort ultime de l’homme doit être digne de la miséricorde de Dieu. ». Il cite de nouveau Isaac : « … je pense que le Glorieux créateur a l’intention de montrer l’aboutissement et l’action admirable de sa grande et inexplicable miséricorde, en ce qui concerne les lourds tourments établis par lui, afin que, grâce à eux, la richesse de son amour, sa puissance et sa sagesse, soient encore davantage révélées, ainsi que la vigueur foudroyante des effluves de sa bonté. ». Solitude, humilité, souvenir de la mort, grâce, davantage que quelques jalons ou valeurs, constituent bien une opérativité pour l’ascète.
Sabino Chialà s’intéresse au corps chez Isaac, notamment dans son rapport, métaphorique et opératif, à la cellule monastique :
« Qu’est donc le corps ? Qu’est donc la cellule ? Rien que des lieux, nous l’avons dit à plusieurs reprises. Des lieux pour contenir l’homme intérieur. Mais nous voyons maintenant qu’il y a plus que cela : ce sont aussi des lieux de l’Esprit et de la rencontre de celui-ci avec l’être créé. C’est l’homme, justement, un des endroits privilégiés de cette rencontre. La prostration, avec le mouvement même qu’elle dessine, confesse cette vérité. En se pliant sur soi et en direction de la terre, l’homme semble se souvenir et affirmer une des idées les plus chères à Isaac, à savoir que c’est à l’intérieur même de l’être que celui-ci trouvera la lumière qu’il cherche. En parlant de la nécessité que l’homme soit sensible à ses péchés, Isaac dit qu’un tel homme « au temps de la ténèbre, trouvera la lumière en lui-même ». Une lumière qui vient d’ailleurs, qui vient de Dieu, mais qui se manifeste dans son homme intérieur. Le geste de la prostration rappelle, même physiquement, ce mouvement « vers soi-même ». »
Ce numéro consacré à Isaac de Ninive peut être l’occasion de découvrir ou redécouvrir toute la profondeur et l’actualité de la spiritualité syriaque, si proche des philosophies de l’éveil. Comme le remarque avec justesse Sabino Chialà : « une des richesses les plus appréciées de la spiritualité syriaque est sa réflexion sur ce qu’on pourrait appeler la dimension intérieure de l’être humain. L’abondance et la variété du vocabulaire qui s’y rapporte en sont le premier témoignage. Dans les écrits des grands mystiques syro-orientaux, en particulier, des mots comme « cœur » - leba’, « intellect » - hawna’, « entendement » - mad’a’, « intelligence » - tar’ita’, et puis encore « âme » - nafsha’, « esprit » - ruha’ et « conscience » - ti’rta’ sont très fréquents et renvoient, de différentes manières, à une sorte de « géographie intérieure » de l’être humain. ».
C’est bien d’une voie du Corps de Gloire qu’il s’agit.
Editions Nouvelle Cité, domaine d’Arny, 91680 Bruyères-le-Châtel, France.

vendredi 24 septembre 2010

Les Elus Coëns et le R.E.R.

Les élus coëns et le Régime Ecossais Rectifié. De l’influence de la doctrine de Martinès de Pasqually sur Jean-Baptiste Willermoz par Jean-Marc Vivenza, Editions Le Mercure Dauphinois.
Ce livre vient à point pour développer un point historique et doctrinal très important qui fait malheureusement régulièrement polémique au sein du Régime Ecossais Rectifié, principalement en France et en Italie, deux terres traditionnelles où l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers connaît une vivacité discrète mais certaine.
Jean-Marc Vivenza dont les travaux érudits sont toujours précieux met d’emblée le lecteur en garde contre deux crispations : « l’une consistant à considérer le Régime Ecossais Rectifié comme une simple reproduction, bien que privée de sa partie théurgique, de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, l’autre visant à ne reconnaître aucun lien ni rapport entre le système de Willermoz et les enseignements dispensés par Martinès de Pasqually. »
Jean-Marc Vivenza identifie très clairement la nature sacerdotale du système des Elus Coëns. Ce point est essentiel pour comprendre la subtile résonance entre les Elus Coëns et le R.E.R.. Il est d’ailleurs regrettable de rencontrer aujourd’hui des branches coëns qui, par ignorance ou par paresse, ne retiennent de cette tradition exemplaire que sa forme maçonnique, niant sa réalité sacerdotale et son fondement théurgique.
« Comme nous le voyons, l’originalité profonde de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers, venait précisément de cette vocation sacerdotale qu’il se proposait de conférer à ses membres les plus qualifiés et dignes de confiance. En quelque sorte, plus qu’une maçonnerie détentrice de quelques secrets initiatiques de nature symbolique, l’Ordre institué par Martinès était, positivement, une société religieuse dans laquelle, concrètement, officiaient des authentiques prêtres, du moins pour ceux, c’est-à-dire les Réaux-Croix, appartenant à l’ultime classe du Sanctuaire, capables de célébrer, dans son intégralité, le culte primitif.
On imagine ce qu’il pouvait y avoir d’incomparablement supérieur, du point de vue ésotérique et spirituel, dans cet Ordre certes faible numériquement, mais en possession d’un inestimable savoir touchant aux mystères les plus hauts. Les clefs, permettant de pénétrer à l’intérieur des subtiles énigmes que sont les innombrables questions portant sur les raisons de notre douloureuse et pénible situation en ce monde, ainsi que les moyens effectifs de recouvrer nos droits perdus depuis la Chute, réponses que tous, au XVIIIè siècle comme depuis toujours, mais avec une fièvre et un empressement bien en rapport avec l’état d’esprit dominant dans les périodes troublées et incertaines de l’Histoire, avidement recherchaient dans des voies incomplètes, inexactes, clefs et moyens donc, qui s’offraient apparemment enfin au chercheur sincère et à « l’homme de désir » véritable.»
Avec la même précision, il éclaire le lien indiscutable entre le RER et l’œuvre de Martines de Pasqually :
« Il apparaît ainsi incontestable, que l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est porteur d’une base spirituelle et d’un héritage historique directement issus des enseignements de Martines de Pasqually, et qu’il faut se rendre complètement sourd et passablement fermé, voire autiste, face aux éléments formels que nous recevons par les différentes sources historiques disponibles, mais il est vrai qu’il n’y a pas de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, pour refuser de convenir que ce qui a uni, profondément, le Régime Ecossais Rectifié avec la doctrine martinésienne, participe d’une incontestable et directe filiation dont la Grande Profession, en toute logique, fut détentrice de par les éléments propres qui y seront déposés par Jean-Baptiste Willermoz, lui-même, ne l’oublions pas, détenteur en tant que Réau-Croix, de l’intégralité de la transmission Coën… »
Jean-Marc Vivenza, par l’étude historique et la comparaison doctrinale, ne fait pas que mettre en évidence les liens entre les deux systèmes initiatiques, il identifie leurs natures respectives et leurs projets, de désir ou réels. Après avoir présenté les éléments coëns au sein du R.E.R. que sont les outils symboliques de la « Réintégration », il traite de quelques points essentiels comme La double nature et son implication spirituelle ou La symbolique de la réédification du temple comme figure de l’image et de la ressemblance.
Il pose alors une question nécessaire. Martinès de Pasqually dénonçait le caractère apocryphe de la Franc-maçonnerie. Qu’en est-il alors de ce régime Ecossais Rectifié héritier de son propre système ?
« la constitution du Régime Ecossais Rectifié a sans doute été, en tous les cas pour Willermoz et les frères les plus proches de lui qui l’assistèrent dans son entreprise (…) une volonté de perfection de l’Ordre des élus coëns. (…) le Régime Ecossais Rectifié corrige les coëns de par la place qu’il fait, notamment au sein de l’Ordre Intérieur, à la Sainte Trinité, qui est l’objet d’une révérence très marquée et insistante. En second lieu, le Régime Ecossais Rectifié dans son enseignement, contrairement à Martinès, possède une christologie exacte, puisqu’il déclare très nettement croire en la double nature du Christ et affirme reconnaître en Jésus le Messie vrai-Homme et vrai-Dieu. »
Jean-Marc Vivenza, s’appuyant à maintes reprises sur les travaux de Robert Amadou, reconnaît au R.E.R. une véritable orthodoxie et, pour lui, il ne fait aucun doute que la qualification d’apocryphe ne peut s’appliquer au Régime voulu par Willermoz.
« L’idée principale de la « Réintégration » se retrouve bien chez Willermoz dans cette vision d’un rétablissement général en sainteté du monde manifesté chuté, y compris, peut-être, et sous certaines conditions, les êtres prisonniers de l’Enfer parce qu’ils furent trompés par les artifices de l’Adversaire de Dieu »
Plus encore, le Régime Ecossais Rectifié « est le conservateur, le gardien et le continuateur du Haut et Saint Ordre. Cette fonction de conservation constitue une charge sacrée d’autant plus impressionnante que sous cette appellation, Willermoz pense à l’Ordre des élus de l’Eternel, c’est-à-dire à la sainte et pieuse société religieuse qui traverse les siècles depuis les origines… »
« le Régime Ecossais Rectifié n’est pas « non apocryphe » parce qu’il serait chrétien même si c’est sa nature spirituelle la plus profonde, mais parce qu’il est détenteur de la doctrine, héritier de la transmission, porteur et dépositaire de la filiation du Haut et Saint Ordre que cultivent, et préservent secrètement, les Grands Profès du Régime. Le Régime Ecossais Rectifié est ainsi placé – le seul au sein du monde maçonnique – sous les auspices d’une initiation qui s’opère par le passage par les trois essences spiritueuses, la symbolique des nombres, le sens des batteries, etc., et dont la source se trouve dans un Ordre qui est l’unique détenteur des sciences et connaissances primitives de l’homme. »
Le régime Ecossais Rectifié de Willermoz n’a donc jamais renoncé à la « Réintégration », sens véritable de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers. Tout au contraire, il perpétue et préserve l’œuvre des Elus Coëns. Cette conclusion est lourde de conséquences éthiques et opératives pour les membres du dit Régime.
Le Mercure Dauphinois, 4 rue de Paris, 38000 Grenoble, France.

lundi 23 août 2010

L'Esprit des Choses italien

L’Esprit des Choses, Nouvelle Série, en langue italienne, n°3.
L’Esprit des Choses est de nouveau disponible en langue italienne dans une formule totalement nouvelle, sous la direction de Giancarlo Tumiati et Ennio Junior Pedrini.
Sommaire du n°3 : Editoriale, Interrogativi diversi - Bard giugno 2010 : Conferenza internazionale di Yesod - L’orto biodinamico di Carla Federici - Il Pantacolo Martinista, a cura di Alexander - h w h y, Il Tetragramma - Il Nome divino Yod - Hé - Vau – Hé - Cabala 144 domande di Ibny Joshai - Consigli editoriali : Dialoghi su luce e tenebra
di Gino Balboni
Ass. Esprit des Choses, via Vittorio Emanuele 69, 11020 Bard (Ao) Italia.
Espritdeschoses@gmail.com

mardi 27 juillet 2010

Régime Ecossais Rectifié

Présence du Rite Ecossais Rectifié. Repères et actualité d’un courant maçonnique par Yves Saez, Editions Dervy.
Nous savons l’importance du Régime Ecossais Rectifié dans la Franc-maçonnerie, sans doute le plus cohérent des rites maçonniques, par construction et par enseignement. Rares sont les travaux pertinents sur le R.E.R.. En effet, nombre de loges du R.E.R. ignorent, ou veulent ignorer, les fondements doctrinaux de ce régime qui puise dans les enseignements de Martines de Pasqually, fondateur de l’Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l’Univers et du théosophe Louis-Claude de Saint-Martin. Ce livre, non seulement n’élude pas ce point essentiel mais le développe longuement offrant au lecteur la possibilité de saisir l’esprit qui anime ce fleuron maçonnique.
L’auteur pose tout d’abord longuement le cadre, ce qu’il désigne comme une matrice, en exposant la constitution de la Franc-maçonnerie depuis « Le dit légendaire des Anciens Devoirs » jusqu’aux Constitutions d’Anderson. Une éclosion lente, expérimentale, riche et confuse, tendant vers l’organisation.
Il s’intéresse ensuite à trois personnalités d’exception, « Les véhicules d’Hiram », Le chevalier André Michael de Ramsay, le marquis de La Tierce, et Martines de Pasqually, « l’éveilleur ». Trois œuvres, trois bouleversements, nous dit-il. Et son propos est de première importance car il illustre le caractère initiatique que pourrait, que devrait, présenter le Franc-maçonnerie, en tout lieu, en tout temps.
Ramsay d’abord. Ramsay pressent la nécessité d’un centre, d’une axialité, d’un cœur :
« Cette connaissance par le cœur, c’est le chemin de l’intériorité. C’est l’effort idéal du sujet vers lui-même et le lieu de l’Être (…)
Ramsay transportait dans ses discours cet espace d’origine où il prenait appui. Il faisait de l’Ordre le continuateur d’une collectivité « toute spirituelle » ; il affirmait que les maîtres maçons étaient préparés aux « vertus divines » ; constatait avec la prudence d’un orateur dans une audience ouverte : « Notre institut renferme toute la philosophie des sentiments et toute la Théosophie du Cœur. » En distinguant le lieu du cœur, il désignait le siège d’une connaissance immédiate. Directe. Et proposait à la cosmogonie organisatrice de la loge maçonnique, un axe qui éloigne tous symboles et dispense de toute liturgie. Le siège d’un chaos personnel. Un tehom individuel avec son Incréé veillant. Le Verbe présent aussi. »
Le marquis de La Tierce fut le passeur de l’idée-force véhiculée par Ramsay. En « internationalisant » les Constitutions et le Discours de Ramsay, il donne au projet maçonnique son rayonnement à partir de l’intention première dans un processus d’idéation particulièrement favorable :
« On voit le mouvement de culture qui a porté de La Tierce en brouillant les frontières. Le milieu disponible et lettré où il évoluait, entre la France, l’Allemagne et l’Angleterre, était œcuménique et généreux ; se définissait dans un idéal de tolérance et de spiritualité. »
Enfin, Yves Saez reconnaît à Martines de Pasqually la place, si essentielle, qu’il mérite :
« Certains trésors affleurent parfois à la surface du sol et s’offrent à qui sait les rencontrer. On dit que si personne alors ne les invente, ils disparaissent de nouveau pour le temps qu’ils choisissent. Ou pour la durée que souhaite le sol. N’importe d’où viennent ces étonnants témoins, et n’importe qu’ils disparaissent, si une seule pensée est changée par leur visite.
Le Traité de la réintégration des êtres est un écrit qui ne cesse de surprendre, il encombre ou séduit ; il trouble toujours. La naissance et les circonstances de la vie de Martines de Pasqually restent énigmatiques, mais n’importe. Ce qui compte c’est que la rareté du Traité et la personnalité de son auteur ont eu une portée déterminante sur un courant majeur de la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle. Ce qui importe c’est la résonance, fût-elle non consciente, de cette écriture dans toute la maçonnerie continentale, parce qu’elle se lève devant l’assurance absolue de la science ; parce qu’elle s’insurge de l’autorité des formules, et glisse dans la prétention mathématique la délicate ondulation du légendaire. »
Remarquons qu’André breton a lancé à la face de la Sorbonne une idée semblable à celle que développe ici Yves Saez.
La dernière partie de l’ouvrage est consacrée à « L’offre de réalisation du R.E.R. », offre de « déliement », offre de liberté chère tant à Willermoz qu’à Saint-Martin.
Mêlant avec justesse repères historiques, fondements théoriques, références littéraires, analyse du rituel, Yves Saez dresse un tableau audacieux de cette offre et de cette réalisation. Et l’audace justement, l’audace élégante, caractérise ce courant par lequel la poésie initiatique l’emporte sur les lourdeurs formelles.
Il conclut :
« Tout rite préserve son énonciation, ses rythmes – sa poétique – et isolément embellit une part du modèle originel : le phrasé d’un rituel retient ici, l’éclat dialogique d’une instruction là ; ailleurs, la densité d’une formule. Mais ce qui par-dessus tout attache, par-dessus chaque interprétation, par-dessus la flexibilité de toute figure et de toutes histoires, c’est le lien que les récits, que tous les récits de la franc-maçonnerie entretiennent – lien d’écriture entre des textes épars, lien ténu et à peine deviné parfois, mais tissé ligne à ligne, mot à mot, et fort de cette tentative toute simple de réduire un peu le désordre. »
Ne manquez pas ce livre, véritablement un livre de tisserand, qui, tant sur le fond que sur la forme - belle écriture de l’auteur -, restitue à ce courant majeur qu’est le R.E.R. une part de son rayonnement.
Editions Dervy, 22 rue Huyghens, F-75014 Paris.